Eglises d'Asie

Coronavirus : les ouvriers des plantations de thé bangladaises en grève pour demander davantage de protection

Publié le 02/04/2020




Plusieurs milliers d’ouvriers des plantations de thé bangladaises se sont mis en grève pour demander aux autorités une suspension de travail, afin d’éviter les risques de contagion. Près de 34 000 ouvriers permanents ou temporaires travaillant dans les 46 plantations de thé des districts de Sylhet et d’Habiganj ont arrêté le travail depuis trois jours, selon les médias locaux. « Depuis quelques jours, nous demandons en vain aux responsables de garantir la sécurité des travailleurs. Le gouvernement a déclaré des congés pour tout le pays en prévention contre la contagion, mais les propriétaires des plantations restent négligents », explique Pankaj Kanda, vice-président du syndicat Bangladesh Tea Workers Union.

Des ouvriers d’une plantation de thé du district de Moulvibazar, le 31 mars, en grève pour demander une suspension de travail contre les risques de contagion.

Pankaj Kanda, un catholique de l’ethnie Kanda, estime que puisque les ouvriers ont déclaré la grève, les propriétaires risquent de saisir l’opportunité de baisser leurs salaires déjà précaires. « Ils gagnent trop peu et vivent dans des conditions insalubres dans des logements surpeuplés. Si le virus les atteint, ce serait désastreux pour toute la communauté », ajoute-t-il. À ce jour, le Bangladesh a enregistré 54 infections au Covid-19 et six décès, selon les chiffres annoncés par le gouvernement. Tous les établissements éducatifs ont été fermés jusqu’au 9 avril, et la population est en confinement au moins jusqu’au 5 avril. Après plusieurs jours d’absence, certains ouvriers sont retournés travailler de peur de subir une diminution sur leur salaire, explique Sumon Kumar Kanti, hindou et chef d’équipe dans une plantation de Rajghat, dans le district de Moulvibazar. « Il n’y a eu aucune mesure de la part des autorités pour assurer la sécurité des travailleurs – aucun masque, ni gel ni savon. Les ouvriers n’ont pas de quoi s’acheter tout cela, et ils ne peuvent pas se permettre de subir une baisse de salaire à cause de leur absence », soutient-il. Cette situation dans une période pareille est frustrante pour Mgr Bejoy D’Cruze, évêque de diocèse de Sylhet, qui couvre les plantations des districts de Sylhet, d’Habiganj et de Moulvibazar.

« Presque toutes les organisations publiques et privées sont mises à l’arrêt, et les ouvriers des plantations de thé ne doivent pas être oubliés », a-t-il demandé. Selon l’évêque, certaines plantations ont restreint certains déplacements, mais cela reste insuffisant pour assurer la sécurité des ouvriers. L’Église a distribué des masques et du savon sur certaines plantations, et organisé des campagnes de sensibilisation. « Si nous avions plus de temps, nous pourrions les aider davantage », souligne Mgr D’Cruze. Le Bangladesh compte environ 98 000 ouvriers permanents et 30 000 temporaires travaillant sur 166 plantations à travers le pays. Le secteur dans son ensemble, en comptant les familles, compte près de 700 000 personnes. Ce sont en majorité des hindous de caste inférieure et des communautés indigènes dont les ancêtres ont migré au Bangladesh dans les années 1850, quand les anglais ont lancé des productions de thé durant le régime colonial britannique. Un ouvrier permanent reçoit en moyenne 102 takas (1,10 euro) par jour, ainsi que 3 kg de ration alimentaire par semaine. Ils vivent dans des logements en terre et au toit de chaume, dans des conditions insalubres et surpeuplées. Leur faible salaire et leur situation en fait l’une des communautés les plus marginalisées du pays.

(Avec Ucanews, Dacca)


CRÉDITS

Mintu Deshwara