Eglises d'Asie

Corruption et contrebande : une ONG dénonce le commerce illégal de teck birman

Publié le 22/02/2019




L’ONG britannique Environmental Investigation Agency (l’Agence d’information sur l’environnement – EIA) a annoncé un nouveau rapport, le 20 février à Bangkok, sur le commerce illégal de teck birman. L’organisation a mené une enquête sur le terrain durant deux ans afin de dénoncer un réseau international clandestin de contrebande illégale de teck de Birmanie, l’un des plus précieux au monde et particulièrement demandé sur le marché du luxe. L’EIA estime ainsi que depuis les années 1990, le pays a perdu près d’un cinquième de ses forêts et dénonce le risque d’une quasi-extinction d’une des ressources naturelles les plus précieuses du pays.

De grandes quantités de teck de Birmanie, un bois précieux, sont vendues illégalement en Chine par des réseaux de contrebande, dans le cadre d’une corruption généralisée jusqu’aux plus hauts niveaux des autorités des pays du sud-est asiatique, selon l’Agence d’information sur l’environnement (Environmental Investigation Agency – EIA). L’ONG britannique a fait ce constat après deux années d’enquête incognito pour dévoiler un réseau international clandestin, particulièrement complexe, caché derrière le commerce illégal du teck birman. Le bois exotique, protégé, est considéré comme l’un des tecks les plus précieux au monde, il est donc très demandé malgré sa rareté. « Il y a une corruption d’État des deux côtés de la frontière sino-birmane », a déclaré Jago Wadley, de l’EIA, lors d’une conférence de presse organisée le 20 février à Bangkok. « La Chine a joué son rôle dans ce marché, tout comme la Birmanie où les autorités militaires sont impliquées. » Dans son nouveau rapport, l’EIA rapporte un partenariat de près de trente ans entre une poignée d’obscurs négociants chinois et de chefs militaires birmans pour exporter illégalement du teck de haute qualité, violant au passage les lois locales et internationales. « Ce rapport expose une corruption généralisée jusqu’aux plus hauts niveaux en Birmanie », a confié Faith Doherty, de l’EIA, lors du lancement du rapport à Bangkok.

« En Birmanie, il y a de bonnes personnes, très courageuses, qui essaient de faire de leur mieux pour protéger les forêts du pays, mais c’est très difficile face à une corruption généralisée comme celle-ci. La Birmanie ne peut pas régler seule ses problèmes. Pékin doit soutenir les actions de ceux qui essaient d’intervenir contre le commerce du teck entre les deux pays. Mais les volontés chinoises semblent limitées et il est temps que Pékin s’engage réellement pour régler ce problème. » De son côté, la Birmanie a voté une interdiction de la déforestation dans les régions protégées et pénalise les exportations illégales de teck. Pourtant, des chargements de teck continuent d’entrer dans la province du Yunnan, qui borde l’État Kachin. Le gouvernement birman a dénoncé les groupes ethniques rebelles à de nombreuses reprises, mais selon les chercheurs de l’EIA, « c’est un mythe, une fable. La plupart des envois illégaux de teck viennent de régions contrôlées par le gouvernement et passent plusieurs postes de contrôle avant d’atteindre la Chine. De son côté, la Chine a joué un grand rôle dans l’expropriation illégale du teck birman ainsi que d’autres bois précieux ». La vente du « teck birman via des voies officielles est toute aussi corrompue et illégale », ajoute le rapport. « Autoriser la quasi-extinction d’une ressource naturelle comme le teck, particulièrement important dans la culture birmane et pour les habitants, ce serait un véritable crime. » Alors qu’elles recouvraient autrefois une grande partie du pays, aujourd’hui, les forêts de teck sont cantonnées à quelques régions dans le nord du pays.

546 000 hectares en cinq ans

Mais ce ne sont pas que les forêts de teck qui sont en danger dans le pays. Entre 2010 et 2015, le pays a perdu 546 000 hectares de forêts, soit le troisième taux de déforestation le plus élevé au monde sur cette période. Depuis 1990, le pays a perdu un cinquième de ses forêts. La perte massive de bois précieux a eu un impact conséquent sur la biodiversité. De nombreux animaux exotiques, des éléphants sauvages aux calaos, sont davantage exposés à l’extinction avec la diminution des forêts. Durant leur enquête, qui a couvert plusieurs régions de la frontière sino-birmane jusqu’à Singapour et Hong-Kong, les chercheurs de l’ONG britannique ont pu identifier un négociant chinois qui a dirigé presque à lui seul le réseau durant une période. Basé à Hong-Kong, Cheng Pui Chee, dit Chetta Apipatana, après avoir monté plusieurs sociétés commerciales en Thaïlande, a acquis plusieurs concessions d’exploitation forestière en Birmanie à partir de la fin des années 1980. Les chercheurs de l’EIA affirment que l’homme d’affaires chinois a passé un accord avec plusieurs officiers militaires birmans afin d’acheter du bois de teck de qualité à prix réduits, en le classant comme du bois de basse qualité. Cheng et ses associés faisaient ensuite de larges profits, une fois le bois précieux vendu aux taux appropriés sur le marché international. « Il a pu obtenir le meilleur teck à prix réduit », ajoute Jago Wadley. Malgré la mort de Cheng Pui Chee, le réseau continue de prospérer. Du teck est ainsi vendu illégalement en Chine, en Europe et aux États-Unis, entre autres. Selon Jago Wadley, la Chine doit appliquer fermement l’interdiction des importations du teck depuis la Birmanie. « Ce n’est pas qu’une question de lois », souligne Faith Doherty. « S’il y a une interdiction, il faut l’appliquer. »

(Avec Ucanews, Bangkok)


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