Eglises d'Asie

Des jeunes poursuivis pour lèse-majesté pour avoir participé aux manifestations prodémocratie

Publié le 29/05/2021




Le 24 mai, un étudiant de Bangkok, Thanakorn Phiraban, a été accusé d’avoir violé l’article 112 du Code pénal (la loi draconienne sur la diffamation royale) dans le cadre d’une manifestation prodémocratie en décembre 2020. La Commission des droits de l’homme des Nations unies a dénoncé l’usage de cette loi pour réprimer toute dissidence politique parmi les jeunes : « Nous sommes consternés par la décision des autorités de poursuivre 35 manifestants au cours des dernières semaines, dont un lycéen de 16 ans. »

Le 16 août 2020, des jeunes militants thaïlandais manifestent devant le Monument de la Démocratie de Bangkok.

Thanakorn Phiraban, un étudiant de 17 ans de Bangkok, risque 15 ans de prison pour insulte à la monarchie thaïlandaise. Selon une accusation prononcée le 24 mai, Thanakorn aurait violé l’article 112 du Code pénal (la loi thaïlandaise sur le crime de lèse-majesté) lors d’un discours prononcé durant une manifestation prodémocratie organisée en décembre dernier dans la capitale. Plusieurs autres manifestants sont intervenus durant cette manifestation pour appeler à des réformes démocratiques, y compris de nouvelles limites constitutionnelles à l’influence de la monarchie thaïlandaise. Ainsi, récemment, cinq autres thaïlandais de moins de 18 ans ont été accusés de lèse-majesté ou de diffamation royale, ainsi que plusieurs dizaines d’autres personnes dont de nombreux étudiants âgés de moins de 25 ans. Le 27 mai, dans un communiqué, l’organisation Human Rights Watch a appelé le gouvernement thaïlandais à cesser de poursuivre en justice les jeunes pour diffamation royale – un crime passible de trois à quinze ans de prison. « Les autorités doivent renoncer immédiatement et sans condition aux poursuites pour insulte à la monarchie et autres accusations d’ordre politique contre des jeunes qui expriment leurs opinions pacifiquement », a souligné l’ONG.

Une majorité de lycéens et d’étudiants parmi les manifestants

Le pays d’Asie du Sud-Est est dirigé par un gouvernement conservateur dominé par l’armée thaïlandaise. « En condamnant des jeunes pour lèse-majesté, les autorités thaïlandaises cherchent à faire taire des critiques exprimées pacifiquement, en montrant qu’ils seront sévèrement punis quel que soit leur âge », a déploré Brad Adams, directeur d’Human Rights Watch pour l’Asie. « Ces accusations insensées et abusives contre Thanakorn et contre tous les autres jeunes qui s’expriment pacifiquement doivent être abandonnées immédiatement. » En tout, au moins 82 Thaïlandais risquent les mêmes sanctions, en plus des accusations de sédition pour avoir participé aux mouvements étudiants prodémocratie l’an dernier ou pour avoir exprimé leurs opinions sur les réseaux sociaux. Au moins 41 mineurs ont subi diverses condamnations pour avoir pris la parole durant des manifestations étudiantes durant la dernière moitié de l’année 2020. La majeure partie des participants étaient des lycéens et des étudiants universitaires, qui ont également appelé à la démission du Premier ministre Prayut Chan-o-cha, un ancien général militaire qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’État en mai 2014.

Appels à abandonner les poursuites

Pour de nombreuses organisations humanitaires, les procédures judiciaires en cours et autres formes d’intimidation contre les jeunes thaïlandais, pour avoir simplement exprimé leurs opinions en public sur la situation politique du pays, constituent une grave violation de leurs droits, notamment de leurs libertés d’expression, de rassemblement et de conscience. « Les actions du gouvernement violent les obligations du pays dans le cadre de la Convention internationale des droits de l’enfant, qui assure leurs droits à participer à des manifestations pacifiques et à exprimer leurs opinions », a ajouté Brad Adams. « Les autorités thaïlandaises ne devraient pas réprimer les voix des plus jeunes quand ils demandent des réformes démocratiques. Elles devraient plutôt les écouter et protéger leurs droits à s’exprimer sans crainte. » En décembre dernier, après la condamnation d’un adolescent pour lèse-majesté, la Commission des droits de l’homme des Nations unies a également exprimé sa préoccupation. La Commission a dénoncé l’usage, par les autorités thaïlandaises, de la loi draconienne sur la diffamation royale pour réprimer toute dissidence politique parmi les jeunes. « Nous sommes profondément consternés par la décision des autorités thaïlandaises de poursuivre au moins 35 manifestants au cours des dernières semaines, dont un lycéen de 16 ans », a poursuivi l’organisation.

(Avec Ucanews)


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