Eglises d'Asie

Des millions de filles privées d’accès à l’enseignement

Publié le 20/11/2018




Un rapport alarmant publié ce mois-ci par Human Rights Watch met en lumière les obstacles à la scolarisation des filles pakistanaises. Le manque d’établissements publics, le coût de la scolarité et la discrimination sont autant de facteurs qui continuent à empêcher les petites pakistanaises de franchir les portes des écoles. L’organisation appelle ainsi les autorités pakistanaises, qui ont promis de réformer le système scolaire, à prendre des mesures le plus rapidement possible.

Dans son dernier rapport sur les carences du système éducatif pakistanais, l’organisation Human Rights Watch accuse le gouvernement de manquer à son devoir. Ce rapport de 111 pages s’intitule « Shall I feed my daughter, or educate her?: Barriers to girls’ education in Pakistan » (« Dois-je nourrir ma fille, ou bien la mettre à l’école ? : Obstacles à la scolarisation des filles au Pakistan »). L’étude avance que de nombreuses filles n’ont pas accès à l’enseignement, notamment en raison d’un déficit d’établissements publics. Dans un pays de plus de 200 millions d’habitants, 22,5 millions d’enfants pakistanais sont déscolarisés ; 33 % des filles et 21 % des garçons ne vont pas à l’école primaire. Et en fin de parcours scolaire, les Pakistanaises sont de moins en moins nombreuses, avec seulement 13 % d’entre elles encore scolarisées au niveau du lycée. En marge de l’école, certains facteurs sociaux et économiques contribuent à façonner la réticence des familles à scolariser leurs filles : travail des enfants, mariage des adolescentes (21 % des filles se marient avant l’âge de 18 ans), discrimination de genre, harcèlement sexuel ou insécurité.

Mais le rapport de Human Rights Watch pointe en premier lieu la faiblesse de l’investissement des autorités à améliorer des conditions scolaires précaires. L’organisation liste ainsi l’incapacité du gouvernement à rendre la scolarité obligatoire, le manque d’établissements, les frais de scolarités et annexes inabordables, et les punitions corporelles. L’un des problèmes principaux est le manque d’écoles publiques, et en particulier les écoles pour filles, ce qui contribue notamment à allonger les trajets et à décourager les enfants. « Pour 10 écoles de garçons, on trouve 5 écoles de filles », a constaté un expert en éducation de la province du Khyber Pakhtunkhwa, cité dans le rapport. Le manque criant d’établissements touche les campagnes, naturellement plus isolées, mais aussi les grandes villes, et se complique plus encore avec les établissements secondaires. À cela s’ajoute la pauvreté de la qualité de l’enseignement scolaire, doublé de l’absentéisme des enseignants et du poids de la corruption, selon un constat qui se généralise à l’échelle du sous-continent.

Moins de 2,8 % du PIB dans l’éducation

Face aux faiblesses du système public, le marché des écoles privées pratiquant des tarifs abordables a explosé. Les frais restent néanmoins trop élevés pour les plus modestes, et l’absence d’inspection et de réglementation fait stagner le niveau de l’enseignement. « Le gouvernement pakistanais a régulièrement investi dans l’enseignement à des niveaux très inférieurs à ceux que recommandent les normes internationales. Pour 2017, le Pakistan dépensait pour l’éducation moins de 2,8 % de son Produit intérieur brut – loin des 4 à 6 % recommandés –, ce qui fait que le système éducatif public dispose de fonds largement insuffisants », note le communiqué de Human Rights Watch. « L’échec du gouvernement du Pakistan vis-à-vis de l’éducation des enfants a un impact dévastateur sur des millions de filles », a estimé Liesl Gerntholtz, une des responsables de Human Rights Watch« Beaucoup des filles que nous avons interrogées désirent désespérément étudier, pourtant elles grandissent sans l’instruction qui leur permettrait de faire des choix pour leur avenir. »

Imran Khan, le nouveau Premier ministre élu cet été à la tête du Pakistan, a pourtant promis le changement. Il a d’ailleurs mené campagne en avançant une volonté ambitieuse de réformer le système éducatif et de mieux y intégrer les Pakistanaises. Et si le travail de la jeune pakistanaise Malala Yousafzai, lauréate du Prix Nobel de la paix, encourage également à la scolarisation des enfants partout dans le monde, il reste encore tout à faire dans son propre pays. « Même les parents qui ne sont pas instruits eux-mêmes comprennent que l’avenir de leurs filles dépend de leur scolarisation, mais l’État tourne le dos à ces familles, a déclaré Liesl Gerntholtz. L’avenir du Pakistan dépend de sa capacité à apporter une éducation à ses enfants, y compris ses filles. »

(EDA / Vanessa Dougnac)


CRÉDITS

DFID - UK Department for International Development