Eglises d'Asie

De nouvelles directives audiovisuelles affectent l’industrie cinématographique catholique chinoise

Publié le 25/07/2020




Joseph, un réalisateur catholique chinois, déplore les nouvelles directives audiovisuelles décidées par l’Administration nationale de la radio et de la télévision, qui viennent d’être annoncées, et qui portent sur l’interdiction d’une vingtaine de catégories de contenus. Pour le réalisateur, « si on réalise un film sur la vie de Jésus, mais en respectant les interdictions contenues dans les nouvelles directives, on ne ferait que présenter Jésus comme une personne ordinaire ». De son côté, le père Yo, de Shandong, se dit déçu par une des directives, qui exige de « ne pas filmer le côté sombre de la société, mais seulement la ‘vie heureuse des gens normaux’ ». « C’est étrange. Comment les gens peuvent-ils être heureux s’ils n’ont même pas un droit fondamental comme la liberté de religion ? »

Les autorités communistes chinoises ont publié de nouvelles directives concernant la régulation des contenus des programmes audiovisuels. Certains réalisateurs et producteurs catholiques craignent que cela n’affecte encore davantage les programmes chrétiens. L’Administration nationale de la radio et de la télévision a ainsi interdit une vingtaine de catégories de contenus. Les nouvelles directives semblent inoffensives, mais elles risquent pourtant d’affecter gravement la production de programmes audiovisuels chrétiens, assure un réalisateur, qui travaille avec l’Église locale. Il évoque notamment les contenus bibliques, qui parlent de miracles et de guérisons. « Les directives interdisent pratiquement tout ce genre de contenus », déplore Joseph, le réalisateur. « Si on réalise un film sur la vie de Jésus, mais en respectant les interdictions contenues dans les nouvelles directives, on ne ferait que présenter Jésus comme une personne ordinaire, ce qui inacceptable pour les chrétiens. » Le père Yo, de Shandong, estime que ces directives peuvent cependant avoir un côté positif, en invitant à « éviter de ridiculiser les religions et à respecter les cultures des minorités ethniques ». Dans le passé, des œuvres cinématographiques chinoises évoquant la guerre sino-japonaise et l’histoire du Parti communiste chinoise ont présenté les différents groupes religieux présents en Chine – notamment le christianisme et le bouddhisme tibétain – comme des ennemis et des complices du parti taïwanais Kuomintang.

« De tels programmes calomnient les religions et déforment les faits historiques pour amener le public à les craindre et à développer des préjugés contre ces religions », ajoute le prêtre. Une décision gouvernementale qui amène à restreindre de telles productions est une bonne avancée, estime-t-il. Il se dit pourtant déçu par une des directives, qui exige de « ne pas filmer le côté sombre de la société, mais seulement la ‘vie heureuse des gens normaux’ ». « C’est étrange. Comment les gens peuvent-ils être heureux s’ils n’ont même pas un droit fondamental comme la liberté de religion ? Si nous sommes privés des droits de l’homme les plus fondamentaux, comme pouvons-nous être heureux ? » demande-t-il. Le prêtre évoque également une autre directive qui stipule que « les drames historiques doivent être basés sur des faits historiques avérés » plutôt que sur des faits falsifiés ou fabriqués. « Qu’est-ce que la ‘vraie histoire’ ? Est-ce que c’est celle qui est fabriquée par le Parti communiste chinois ? Cela ne mènerait-il pas à d’autres mauvais programmes télévisés dans la ligne du parti, destinés à manipuler les gens ? »

La créativité et la liberté artistique en danger

Wu Daxiong, un producteur de télévision de Shanghai, estime quant à lui que les nouvelles directives sont un coup dur pour le secteur, qui impose des limites à leur travail. Il ajoute cependant qu’avant même de décider de ces nouvelles directives, les autorités ont rejeté de nombreux scénarios et imposé de multiples corrections. Il évoque le cas d’un film basé sur un roman, dont « le scénario a été changé plus de vingt fois ». « L’histoire n’était plus du tout la même que le roman d’origine. C’était une autre histoire », déplore-t-il. Le réalisateur ajoute que de telles pratiques entraînent de lourdes pertes économiques pour le secteur. Par exemple, dans son cas, la société de production avait déjà payé les droits d’auteur pour le roman adapté ainsi qu’un premier scénariste. « Malheureusement, les nouvelles directives ont l’air encore plus strictes », craint-il. Liu Ming, un scénariste qui travaille actuellement sur un drame historique, se sent démuni. « J’ai enfreint plusieurs des nouvelles directives, et j’ai l’impression que je vais devoir tout réécrire », déplore-t-il, en ajoutant que son scénario porte sur l’histoire de la Chine depuis la révolution Xinhai de 1911 à aujourd’hui. Liu Ming, qui est scénariste depuis plus de dix ans, affirme lui aussi que ces directives sont « un vrai coup dur pour l’industrie télévisuelle et cinématographique ». « Il y a bien trop de restrictions. Cela veut dire que même les scénarios les plus basiques ne peuvent pas être construits. Comment peut-on parler de rédiger des scénarios et de filmer dans de telles conditions ? » dénonce-t-il. Liu Ming craint que l’acharnement idéologique du Parti communiste chinois ne détruise la liberté et la créativité artistique. « Ils n’ont pas besoin d’art, seulement de propagande politique », regrette-t-il.

(Avec Ucanews, Hong-Kong)


CRÉDITS

David Leo Veksler