Eglises d'Asie

Économie : la classe moyenne bangladaise peine à s’en sortir face à la hausse des prix

Publié le 19/03/2022




Avant la crise sanitaire, le taux de pauvreté était de 21 % au Bangladesh, contre 41 % aujourd’hui, soit environ 35 millions de nouveaux pauvres. Sans compter l’augmentation des prix des matières premières déclenchée par la guerre en Ukraine, qui affecte même la classe moyenne bangladaise. Face à cette situation, le 15 mars dernier, la Première ministre Sheikh Hasina a rencontré 14 responsables de partis en annonçant des aides spéciales destinées à près de dix millions d’habitants.

Robin Haldar travaille pour une ONG et touche un salaire mensuel de 40 000 takas (421 euros). Près de 15 000 takas sont dépensés en loyer, 6 000 takas sont envoyés à ses parents âgés, qui vivent au village de Khulna. Le reste lui permet de couvrir les frais alimentaires et médicaux, l’éducation de ses enfants, les transports… Autrefois, il parvenait à économiser 2 000 takas (21 euros) par mois, mais plus aujourd’hui ; au contraire, il est forcé d’emprunter de l’argent pour soutenir sa famille. Il achète parfois des produits vendus par une compagnie gouvernementale appelée TCB (Trading Corporation of Bangladesh), qui vend des produits à prix réduits pour les plus démunis.

À cause de l’augmentation des prix des matières premières – déclenchée par la guerre en Ukraine –, même la classe moyenne bangladaise est obligée de rejoindre les queues d’ouvriers à faibles revenus, patientant devant les camions TCB pour pouvoir s’approvisionner. Mais ceci a également attiré des escrocs qui achètent des produits en plusieurs exemplaires pour les revendre plus cher. Ainsi, beaucoup de gens, après avoir fait la queue durant plusieurs heures, sont forcés de repartir les mains vides.

Les responsables de TCB affirment que le nombre de points de distribution a augmenté de 250 % depuis l’an dernier. Selon le Bureau bangladais des statistiques (BBS) et l’Association des consommateurs du Bangladesh (CAB), un kilogramme de riz coûtait 26 takas (26 centimes d’euro) en 2010, contre 51 takas aujourd’hui, soit presque le double. Les prix du sel et du poulet ont aussi suivi des augmentations similaires. Le prix du bœuf est quant à lui passé de 225 takas (2,37 euros) à 600 (6,31 euros) actuellement.

35 millions de nouveaux pauvres après la pandémie

Le pouvoir d’achat du travailleur moyen a diminué, parce que les salaires n’ont pas suivi l’inflation. Beaucoup de gens mangent moins et ne peuvent économiser comme ils en avaient l’habitude. Par conséquent, plusieurs milliers d’habitants ont quitté Dacca et ont rejoint les régions agricoles. Avant la pandémie de Covid-19, le taux de pauvreté du pays était de 21 % ; il a aujourd’hui atteint 41 %, soit environ 35 millions de nouveaux pauvres.

« Les pauvres et les classes moyennes qui vont au marché et qui se sentent démunis doivent élever la voix », demande Golam Rahman, président de la CAB. « À peine quelques jours après la hausse des prix, les fonctionnaires du gouvernement demanderont une augmentation et des primes », assure-t-elle. En revanche, alors que « le gouvernement peut augmenter son salaire, le revenu des gens ordinaires n’augmente pas ». Au contraire, « ce sera plus difficile pour eux ». Pour gérer cette situation, « le gouvernement doit augmenter le nombre de points de vente TCB », ajoute-t-il.

Le mardi 15 mars dernier, Sheikh Hasina, Première ministre du Bangladesh, a rencontré 14 responsables de partis politiques dans sa résidence. Elle a annoncé que plusieurs millions d’habitants recevront une carte spéciale afin d’acheter des produits essentiels à prix réduits, et que son gouvernement adoptera des mesures afin de contrôler la hausse des prix. En soulignant que 3,7 millions d’habitants ont déjà reçu une aide financière durant la pandémie de Covid-19, elle a assuré que le gouvernement « inclura beaucoup d’autres personnes » et que près de dix millions d’habitants pourront en bénéficier.

(Avec Asianews)