Eglises d'Asie

Éducation : des éducateurs pakistanais s’opposent à l’islamisation du programme scolaire national

Publié le 12/02/2022




Le 9 février à Lahore, le Centre pour la Justice Sociale (CSJ) et le Groupe de travail pour une éducation inclusive ont organisé un séminaire sur les dernières révisions du Programme national unique (SNC), publiées en ligne la semaine dernière par le gouvernement pakistanais. Durant la rencontre, des éducateurs ont critiqué les dernières réformes en affirmant que leurs recommandations n’ont pas été entendues et que « le programme imposé ne reconnaît pas la diversité religieuse et culturelle du Pakistan ».

Des éducateurs pakistanais ont pris part à un séminaire sur le programme scolaire national, le 9 février à Lahore.

De nombreux militants et éducateurs pakistanais, y compris catholiques, ont critiqué une version révisée du Programme national unique (Single National Curriculum – SNC) du Pakistan pour son contenu très nettement pro-islamique. Lors d’un séminaire organisé le 9 février sur « les évolutions du programme scolaire », des intervenants ont affirmé que le gouvernement pakistanais a ignoré la plupart des changements suggérés par les experts concernant les manuels scolaires.

« Le programme imposé, pour le domaine de l’histoire, ne reconnaît pas la diversité religieuse et culturelle du Pakistan, ce qui donne l’impression que les minorités culturelles, religieuses et ethniques sont divisées et désengagées », a déclaré la chercheuse Zeeba Hashmi. Elle-même et d’autres experts comme Peter Jacob ont exprimé des inquiétudes similaires durant la rencontre, organisée à Lahore par le Centre pour la Justice Sociale (CSJ) et le Groupe de travail pour une éducation inclusive.

Il y a deux mois, le Conseil national des programmes (National curriculum council) a sollicité des recommandations de la part de la société civile, et le nouveau programme a été publié en ligne la semaine dernière. Zeeba Hashmi et les autres experts ont réagi en estimant que leur pays, majoritairement musulman, a tendance à perdre le caractère multireligieux défendu par Muhammad Ali Jinnah, connu comme le fondateur de la nation formée il y a sept décennies. « La façon indifférente dont certains sujets comme la partition de l’Inde ont été traités pourrait attiser la haine contre les minorités religieuses », ont-ils ajouté.

« Il n’y a aucune information sur la diversité religieuse et culturelle »

Après la partition de l’Inde et du Pakistan en 1947, les régions majoritairement musulmanes ont rejoint le Pakistan et les régions majoritairement hindoues sont restées en Inde ; cependant, cette décision a causé des émeutes violentes entre hindous et musulmans, avec au moins 200 000 morts selon certains rapports. La minorité hindoue restée au Pakistan a continué de subir les violences et les discriminations de la majorité musulmane, tandis que les minorités musulmanes restées en Inde subissent le même sort.

Selon Zeeba Hashmi, « il n’y a aucune place accordée à des héros représentatifs des minorités ». « En géographie, il n’y a aucune information sur la diversité religieuse et culturelle à l’échelle globale », déplore-t-elle. « Concernant l’étude de l’anglais, le fait d’inclure des contenus islamiques, sous différents thèmes comme la tolérance et la justice, risque d’aliéner les étudiants issus des minorités. »

« Les élèves des minorités doivent pouvoir étudier leur propre religion »

Le Premier ministre Imran Khan a introduit un système éducatif uniformisé – le SNC, qui a été critiqué pour ses contenus excessivement islamiques dans les matières obligatoires. Les éducateurs craignent que la préférence affichée d’Imran Khan envers les madrasas (les écoles coraniques) n’entraîne une perte de la capacité des élèves à raisonner indépendamment de toute influence de la part des diktats de la pensée islamique.

« Le gouvernement du Pendjab, qui continue d’ignorer les pertes éducatives causées par le contexte pandémique, transforme les écoles en séminaires islamiques en réduisant les programmes en science, en mathématiques et en sciences sociales », a dénoncé Peter Jacob, catholique et directeur du CSJ. Ce dernier appelle le gouvernement à concevoir un programme basé sur des dispositions constitutionnelles du pays comme la liberté de religion, l’égalité de protection devant la loi, entre autres garanties accordées aux institutions éducative concernant la pratique religieuse.

« Les élèves des minorités ne doivent pas être forcés d’étudier l’Islamiat [études religieuses islamiques] sous quelque prétexte que ce soit, et des enseignants doivent être embauchés pour que les élèves issus des minorités puissent étudier leur propre religion, comme une alternative au SNC », a ajouté Peter Jacob, qui s’oppose aux pratiques centrées sur la religion au sein de l’éducation publique. Le mois dernier, le ministre de l’Éducation du Pendjab a ainsi demandé une récitation obligatoire du Durood Shareef (une salutation au prophète Mohammed) et du coran avant l’hymne national, durant les assemblées matinales dans toutes les écoles publiques et privées.

(Avec Ucanews)


CRÉDITS

Umaima Ahmed / Ucanews