Eglises d'Asie

Élections générales : les riziculteurs à nouveau au cœur des débats

Publié le 12/03/2019




Alors que les élections générales du 24 mars approchent, le Conseil constitutionnel a ordonné la dissolution du parti Thai Raksa Chart, pour avoir présenté la princesse Ubolratana, sœur du roi, comme candidate au poste de Premier ministre. Les membres dirigeants du parti ont également été interdits de s’engager en politique pour une durée de dix ans. Le parti était connu pour être proche de Thaksin Shinawtra et sa sœur Yingluck, tous deux anciens ministres et victimes de coups d’État. Pour les spécialistes, l’un des enjeux de leurs réussites électorales reposait notamment sur le soutien des populations rurales du nord-est. Aujourd’hui, les riziculteurs thaïlandais sont toujours influents dans les débats politiques.

Les fermiers thaïlandais sont à nouveau au cœur des débats politiques dans le pays. Suite à leur opposition à un projet de loi controversé sur la riziculture, le gouvernement l’a reporté jusqu’à nouvel ordre. Les riziculteurs sont de fait l’un des groupes les plus influents en Thaïlande, ce que les candidats aux prochaines élections générales du 24 mars risquent d’exploiter. Des élections qui se feront pourtant sans le parti Thai Raksa Chart, qui vient d’être dissous sur l’ordre du Conseil constitutionnel, pour avoir présenté la sœur du roi, la princesse Ubolratana Rajakanya Sirivadhana Barnavadi, comme candidate au poste de Premier ministre. Les cadres dirigeants du parti ont été interdits d’activités politiques pour dix ans, et la princesse a décrit le verdict comme « triste et déprimant ». Le parti était connu pour être proche de la famille Shinawatra, toujours influente dans la politique thaïlandaise depuis des années. L’ancienne Première ministre Yingluck Shinawatre a été renversée il y a presque cinq ans par le coup d’État militaire de 2014. Trois ans plus tard, la Cour Suprême l’a condamnée par contumace à cinq ans de prison pour « négligences » dans un programme controversé de subventions accordées aux riziculteurs. Malgré la décision de la Cour, Yingluck a toujours clamé son innocence, en affirmant qu’elle était victime des tentatives de la Junte au pouvoir d’empêcher sa famille d’accéder à nouveau au pouvoir. Son frère, Thaksin Shinawatra, également ancien Premier ministre, a été renversé par un coup d’État en 2006. Il a également été condamné par contumace à deux ans de prison suite à des accusations de conflit d’intérêt dans le cadre d’une transaction immobilière au profit de son épouse.

Le soutien des populations du nord-est de la Thaïlande était l’un des enjeux majeurs du succès électoral des Shinawatra, grâce notamment aux subventions envers la production rizicole. Le projet de loi qui a été repoussé, proposé par la junte au pouvoir, aurait établi un comité contrôlé par le gouvernement et chargé de superviser l’industrie rizicole. L’État aurait ainsi l’exclusivité sur l’autorisation des diverses variétés de riz ouvertes à la vente. La loi avait déjà obtenu le vote de l’Assemblée nationale législative (NLA) en première lecture, en janvier, mais elle a été reportée la semaine dernière face à l’opposition massive des riziculteurs qui affirment que cela bénéficierait exclusivement aux grands producteurs, en interdisant la vente des variétés de riz non approuvées par le nouveau comité. La loi devrait être à nouveau présentée après les élections du 24 mars. Selon certains observateurs, les oppositions au projet de loi peuvent nuire au Premier ministre Prayuth Chan-ocha, qui sera le candidat du parti pro junte Palang Pracharat. Le général Prayuth Chan-ocha était à la tête du coup d’État de mai 2014. Ces dernières tensions à propos de la production rizicole pourraient représenter une opportunité pour le parti Thai Pheu, le principal parti d’opposition, fondé par Thaksin Shinawatra.

(Avec Asianews, Bangkok)


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