Eglises d'Asie

En campagne, les candidats à la présidentielle sri-lankaise exploitent les attentats

Publié le 19/10/2019




De profondes divisions ethniques et religieuses, une faible croissance économique et une corruption généralisée sont parmi les principaux enjeux politiques actuels au Sri Lanka. Pourtant, la campagne électorale actuelle, à l’approche des élections présidentielles du 16 novembre, se concentre essentiellement sur la question de la sécurité nationale, certains partis et candidats n’hésitant pas à exploiter les attentats du dimanche de Pâques dans leur course à la victoire. Sur Facebook, certains militants ont également utilisé l’image du cardinal Malcolm Ranjith, archevêque de Colombo, affichant sa préférence présumée pour leur candidat favori.

Ruwan Darmasiri, militant pour les droits de l’homme au Sri Lanka, affirme que les dirigeants et responsables religieux du pays utilisent les attentats du dimanche de Pâques pour soutenir leurs candidats favoris à l’approche des élections présidentielles, prévues le 16 novembre. Selon Ruwan Darmasiri, tous les candidats à la présidentielle ont exploité les attaques dans leur course la victoire, dans une tentative de concentrer le vote sur la sécurité nationale en évitant d’autres problèmes majeurs. Il accuse ainsi le SLPP, le parti du Front populaire sri-lankais (Podujana Peramuna) d’avoir utilisé les tueries pour promouvoir leur candidat, l’ancien lieutenant-colonel Gotabaya Rajapakse, afin de convaincre la population qu’il est la réponse aux problèmes de sécurité. La campagne électorale s’est concentrée sur le thème de la sécurité nationale après les attaques du 21 avril 2019 contre trois églises et trois hôtels de luxe, qui ont entraîné 259 morts et au moins 500 blessés. Le SLPP, conduit par l’ancien président Mahinda Rajapakse, a choisi Gotabaya Rajapakse (70 ans), frère de Mahinda et ancien ministre de la Défense durant la guerre et la décennie au pouvoir de son frère. Gotabaya Rajapakse, bouddhiste cingalais, est soupçonné de crimes de guerre et accusé d’être directement impliqué dans les massacres du printemps 2009 – il est également soutenu par l’actuel président Maithripala Sirisena, son ancien rival. La famille Rajapake fait également face à plusieurs accusations et controverses, notamment pour corruption. « Les attaques du dimanche de Pâques ont entraîné la mort de beaucoup d’innocents ; elles ont causé de nombreux blessés et beaucoup de destructions », rappelle Ruwan Darmasiri. « Ces attaques ont eu lieu à cause de la négligence des autorités, pourtant les candidats affirment dans leurs campagnes qu’ils sont la réponse à l’insécurité dans le pays », dénonce-t-il. En tout, 35 candidats (un record) se sont présentés aux élections du 16 novembre, dont Sajith Premadasa (52 ans), principal candidat face à Gotabaya Rajapakse. Sajith Premadasa, candidat de l’UNP (Parti national uni) est soutenu par le Premier ministre Ranil Wickremesinghe (actuellement en cohabitation conflictuelle avec le président Sirisena).

L’image du cardinal Ranjith également manipulée

Le cardinal Malcolm Ranjith, archevêque de Colombo, a demandé aux partisans des partis politiques d’éviter d’utiliser son nom et son image quand ils soutiennent leurs candidats sur les réseaux sociaux. Son nom et sa photo ont été utilisés par des militants sur Facebook, et plusieurs internautes ont affiché le soutien présumé du cardinal pour leur candidat favori. En juillet, le cardinal Ranjith a annoncé qu’il refuserait de rencontrer les candidats, quels qu’ils soient, tant que les rapports d’enquête sur les attentats du 21 avril n’auront pas été publiés. Il a également dénoncé une tentative manifeste de cacher la vérité, tous les responsables impliqués n’ayant pas encore été poursuivis en justice. L’archevêque de Colombo a précisé qu’il ne pointait pas du doigt le gouvernement – il a ajouté que l’opposition non plus n’avait montré de véritable intérêt sur la question. Tharuka Jayaneththi, étudiant, confie sa colère devant l’incapacité du gouvernement à empêcher les attentats. « Les gens veulent voir quelqu’un de fort au pouvoir, qui peut garantir leur sécurité », explique-t-il. Tharuka ajoute que le cardinal Ranjith ne s’est jamais prononcé en faveur d’un candidat ou d’un parti en particulier. Le candidat du SLPP, Gotabaya Rajapaksa, s’est engagé à nommer une commission indépendante sous sa direction afin de rendre justice aux victimes des attentats. Il a déclaré qu’il comprenait pleinement la gravité de la situation, et qu’il promettait de faire tout le nécessaire pour empêcher que cela se reproduise. Le groupe CaFFE (Campagne pour des élections libres et justes), une organisation sri-lankaise chargée de contrôler et surveiller le bon déroulement des élections, a déjà reçu 131 plaintes dénonçant des irrégularités depuis le début de la campagne électorale.

(Avec Ucanews, Colombo)


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