Eglises d'Asie

Face à la crise, les chrétiens thaïlandais viennent en aide aux plus pauvres et annoncent l’Évangile

Publié le 19/09/2020




Alors que le recul subi par l’économie thaïlandaise face au Covid-19 continue d’appauvrir des populations déjà vulnérables, de nombreux groupes chrétiens thaïlandais, catholiques et protestants, lancent des initiatives auprès des plus démunis. Au cours des derniers mois, les catholiques thaïlandais se sont engagés de différentes manières, en distribuant des repas et des produits d’hygiène, mais aussi en parlant aux bouddhistes et aux plus démunis du ministère de Jésus auprès des pauvres. Une action sans prosélytisme, alors que de nombreuses missions catholiques choisissent plutôt de vivre le message de l’Évangile en venant en aide aux plus pauvres, quelles que soient les convictions religieuses.

Les conséquences économiques de la crise sanitaire conduisent de nombreux chrétiens thaïlandais à s’engager auprès des plus démunis.

Malgré les conséquences économiques majeures de la crise sanitaire en Thaïlande, de nombreux groupes chrétiens locaux ont contribué à soulager les souffrances de beaucoup de personnes démunies face à la crise. Au cours des derniers mois, les chrétiens thaïlandais se sont engagés de différentes manières auprès de leurs compatriotes les plus démunis, alors que le recul subi par l’économie thaïlandaise appauvrit les populations les plus vulnérables. Dans la ville de Chiang Mai, dans le nord du pays, où vit une importante communauté chrétienne, des équipes catholiques et protestantes ont distribué des colis alimentaires et des produits d’hygiène dans des quartiers pauvres. Des chrétiens ont également visité des bouddhistes, en leur parlant du message des Évangiles et du ministère de Jésus auprès des pauvres. Ils ont pu mener cette mission d’évangélisation librement, dans un pays connu pour sa tolérance envers les différentes confessions religieuses. À Bangkok et dans les grands centres urbains à travers la Thaïlande, les communautés religieuses vivent souvent pacifiquement les unes à côté des autres. « Nous sommes libres de partager l’Évangile, en particulier à Chiang Mai, qui est un centre pastoral majeur dans la région », confie Helen Williams, qui travaille avec World Missionary Press, un groupe chrétien interconfessionnel qui distribue des publications et des brochures sur les Écritures dans le monde entier. « Ils impriment et distribuent beaucoup de littérature chrétienne, mais ce n’est pas évident d’essayer d’atteindre les bouddhistes », ajoute-t-elle.

« Être Thaïlandais, c’est être bouddhiste »

Bien que le christianisme ait été introduit en Thaïlande par les missionnaires portugais au XVIe siècle, la foi chrétienne n’a que peu attiré les Thaïlandais, majoritairement bouddhistes. Les chrétiens thaïlandais, catholiques et protestants, représentent un peu plus d’1 % de la population sur 69 millions d’habitants, contre 4 % pour la minorité musulmane thaïlandaise – qui est concentrée dans le sud du pays. Les premiers missionnaires chrétiens, dont la majorité étaient catholiques, ont pu construire des églises à Bangkok et ailleurs durant des siècles. Pourtant, ils ne sont pas parvenus à convertir beaucoup de Thaïlandais, en dehors des minorités ethniques animistes vivant dans les régions montagneuses reculées du nord, où se trouve Chiang Mai. Les bouddhistes thaïlandais ont été moins réceptifs au message chrétien, en partie à cause de leur attachement au bouddhisme, mais aussi en raison d’une certaine stigmatisation sociale attachée au fait de devenir chrétien. Les Thaïlandais qui se convertissent au christianisme sont souvent accusés d’abandonner leurs coutumes, ce qui dissuade beaucoup d’entre eux d’embrasser une religion vue comme étrangère. « Être Thaïlandais, c’est être bouddhiste, et ceux qui se tournent vers le Christ sont accusés d’abandonner leurs coutumes ancestrales et d’adopter des traditions étrangères. Bien que les violences soient rares, il y a une véritable pression subie par ceux qui deviennent chrétiens, et qui sont fortement invités à ‘revenir au bercail’ », explique William Kenneth Nelson, un chrétien qui vit depuis longtemps en Thaïlande.

Mission sans prosélytisme

Cette tendance n’a pas empêché plusieurs missions catholiques d’agir, sans prosélytisme, mais en choisissant plutôt de vivre le message de l’Évangile en venant en aide aux plus démunis, quelles que soient les convictions religieuses. À Klong Toey, un bidonville en périphérie de la capitale, Mercy Center, une organisation caritative catholique locale, contribue ainsi à l’éducation des enfants défavorisés depuis près d’un demi-siècle. Le groupe gère également des orphelinats, prend en charge les jeunes abandonnés et organise plusieurs autres projets, notamment auprès des mères célibataires et des femmes âgées. Les locaux du Mercy Center, construits sur le site d’un ancien temple bouddhiste, sont actifs depuis la fondation du groupe en 1972 par le père Joseph Maier, un prêtre rédemptoriste américain, et par sœur Maria Chantavarodom, une religieuse thaïlandaise de la congrégation des Filles de la Royauté de Marie Immaculée. Les deux fondateurs ont débuté avec une baraque qu’ils ont transformée en petite école, destinée à accueillir les enfants dont les parents n’ont pas les moyens de payer les frais de scolarité des écoles publiques.

Avec les années, le père Maier et sœur Maria ont développé l’œuvre caritative, qui est venue en aide à plusieurs milliers de bouddhistes, de musulmans et de chrétiens au fil des années. Malgré les ravages du Covid-19 sur l’économie thaïlandaise, le Mercy Center a maintenu son activité. Ainsi, au début du mois de septembre, plusieurs centaines d’enfants sont revenus dans les écoles maternelles créées par le groupe, en respectant les normes sanitaires. « Les enfants vont bien. Tout le monde est en bonne santé. Ils portent des masques la plupart du temps, ils se lavent les mains correctement, et ils sont aussi joyeux et turbulents que peuvent l’être des enfants de cinq ou six ans », confient les membres de l’association. « Nous nous efforçons de faire respecter la distanciation physique, autant qu’il est possible dans une école maternelle. » Des initiatives individuelles existent également parmi les catholiques thaïlandais. Ainsi, Chantel Vachirakul, une catholique thaïlandaise qui dirige un petit commerce à Bangkok, achète de la nourriture en conserve et des produits de toilette, entre autres, afin de les placer dans un local vitré dans un coin de rue du centre de Bangkok, pour permettre aux personnes dans le besoin de se servir. « Notre foi nous apprend à prendre soin des pauvres, et je contribue comme je le peux », confie-t-elle.

(Avec Ucanews, Bangkok)


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