Eglises d'Asie

Hong-Kong : qui sont les jeunes manifestants derrière le mouvement de contestation ?

Publié le 11/09/2019




Le mouvement de contestation hongkongais se poursuit, malgré la décision de Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif, de retirer le projet de loi sur l’extradition. Face à la résistance inflexible des jeunes manifestants, beaucoup se sont demandé qui était derrière la campagne, accusant parfois les contestataires d’être manipulés par des puissances étrangères opposées à la Chine. Pourtant, ce 8 septembre, les manifestants qui ont défilé avec des drapeaux américains devant le consulat des États-Unis à Hong-Kong l’ont fait pour appeler la communauté internationale à faire pression sur Pékin. Sans compter que beaucoup de gouvernements tiennent à protéger leurs intérêts commerciaux en restants partenaires avec la Chine, aux dépens des Hongkongais.

Au cours des trois derniers mois, des millions de Hongkongais, en majorité des jeunes, ont manifesté dans différentes parties du territoire. Ils ont fait plusieurs demandes, dont le retrait du projet de loi sur l’extradition et une démocratie à part entière. Les manifestations, qui se sont déroulées pacifiquement pour la plupart, sont cependant devenues plus violentes, entre les actions des plus radicaux et la réaction disproportionnée de la police, qui n’a pas hésité à utiliser du gaz lacrymogène et des canons à eaux. Il y a eu des blessés et des milliers de manifestants ont été arrêtés, dont des adolescents de douze ans et de simples passants. Les manifestants ont également appelé à mener une enquête indépendante sur les violences policières, la police hongkongaise ayant été accusée d’être conseillée, dirigée et soutenue par la police chinoise. Après presque trois mois de contestation, la cheffe de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, a finalement accepté de retirer le projet de loi, tout en rejetant les autres demandes. Le mouvement reste pourtant insatisfait et continue de militer pour la démocratie hongkongaise. La question du suffrage universel avait déjà été soulevée en 2014 lors du mouvement Occupy Central with Love and Peace, sans succès. Depuis trois mois, beaucoup de gens se sont demandé qui était derrière la résistance inflexible des jeunes hongkongais. Certains sceptiques ont par exemple accusé ces jeunes d’être manipulés par une puissance étrangère opposée à la Chine.

60 % de moins de 29 ans parmi les manifestants

Dimanche 8 septembre, après une manifestation organisée à Chater Garden, une centaine de manifestants a défilé avec des drapeaux américains devant le consulat des États-Unis, afin d’appeler la communauté internationale à faire pression sur Pékin. Certains ont réagi en y voyant la preuve que les manifestants sont des pions aux mains des Américains dans le cadre de la guerre commerciale entre Pékin et Washington. Pourtant, c’est parce que personne ne les a vraiment soutenus que ces jeunes ont appelé le soutien de la communauté internationale. Malgré les prises de parole de Donald Trump, d’Angela Merkel et de quelques diplomates britanniques – qui ont appelé la Chine à être prudente –, aucune puissance étrangère, à ce jour, n’a défendu la cause du mouvement anti extradition et pro démocratie. Trop de gouvernements étrangers, comme l’Italie, veulent à tout prix rester les partenaires de la Chine et protéger leurs intérêts commerciaux, même aux dépens des jeunes manifestants hongkongais. Sans compter que les protestations des manifestants, qui accusent les autorités de rester sourdes à leurs demandes, font parfaitement écho à de nombreuses situations similaires à l’étranger, y compris en Occident. Qui donc et qu’est-ce qui est derrière les demandes des jeunes hongkongais, qui continuent de manifester sous le slogan « Libérez Hong-Kong, la révolution de notre temps » ? Il y a notamment le Front civil pour les droits de l’homme, une coalition de 48 groupes pro démocratie, qui a été parmi les groupes les plus actifs depuis le début du mouvement. On compte également plusieurs dizaines d’associations étudiantes et universitaires, sans compter les groupes issus du mouvement Occupy Central. Il faut aussi noter que presque 60 % des manifestants ont moins de 29 ans, et qu’ils restent déçus et en colère depuis le mouvement pro-démocratie Occupy Central et les promesses non tenues concernant la mise en place d’un système électoral démocratique.

Crise du logement et immigration chinoise

Les jeunes manifestants sont également frustrés par l’inaction devant la crise des logements sociaux à Hong-Kong, alors que la construction de logements de luxe est favorisée. Beaucoup de jeunes sont dans l’impossibilité d’acheter et se retrouvent forcés de vivre chez leurs parents, même après leur mariage. De leur côté, de riches Chinois investissent dans des appartements de luxe à Hong-Kong, pour les mettre en location ou comme pied-à-terre. La politique d’immigration imposée par Pékin est un autre problème, avec les diplômés chinois qui viennent travailler à Hong-Kong et qui ont tendance à faire baisser la moyenne des salaires, forçant de nombreux jeunes Hongkongais à émigrer. En tout, des millions de personnes de tous âges et secteurs ont pris part aux manifestations : parents, enseignants, commerçants, avocats, pilotes, cuisiniers, ouvriers, syndicalistes et fonctionnaires… Tous partagent la même inquiétude et craignent de voir leurs libertés de plus en plus réduites, au point que Hong-Kong devienne un jour une simple ville chinoise de second rang, où la justice dépendrait du Parti, où les opposants seraient emprisonnés et où la liberté d’expression serait réprimée. Les manifestants veulent ainsi défendre leurs libertés et faire pression pour appeler à respecter la Constitution, la Loi fondamentale de la région administrative spéciale de Hong-Kong adoptée dans le cadre de l’accord de rétrocession entre Londres et Pékin. Beaucoup d’organisations religieuses, d’ONG, d’associations, d’intellectuels, de retraités et d’agriculteurs partagent les mêmes requêtes envers la Chine.

(Avec Asianews, Hong-Kong)


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