Eglises d'Asie

Hong-Kong : un missionnaire signale que le nombre de sans-abri continue d’augmenter face à la crise

Publié le 11/03/2021




Durant la pandémie, le problème des sans-abri hongkongais s’est aggravé avec la fermeture des restaurants après 18 heures (après 22 heures aujourd’hui). Le père John Wotherspoon (OMI), un missionnaire australien de 74 ans, explique qu’avant la crise sanitaire, de nombreux sans-abri surnommés « McSleepers » avaient l’habitude de rester dormir dans les McDonald’s. Aujourd’hui, le missionnaire et son association MercyHK reçoivent de nombreux dons qu’ils utilisent pour loger les plus démunis, qui continuent d’être affectés par les conséquences du Covid-19.

Le père John Wotherspoon (à droite) avec les proches d’un détenu en janvier 2015.

Le père John Wotherspoon, un prêtre australien de 74 ans de la congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée (OMI), travaille comme missionnaire à Hong-Kong et en Chine depuis 1985. Ordonné en 1973, il a servi des écoles et paroisses australiennes jusqu’en 1984. Aujourd’hui, malgré son âge, il continue son apostolat à plein temps auprès des plus démunis de Hong-Kong, et notamment auprès des détenus. Il aime particulièrement les restaurants McDonald’s, non pour la nourriture, mais parce qu’à Hong-Kong, les fast-foods font partie des rares établissements ouverts 24 heures sur 24. Par ailleurs, les McDonald’s hongkongais permettent aux sans-abri de s’y abriter tard le soir et tôt le matin. Cette pratique non officielle a d’ailleurs donné à ces derniers un surnom, les « McSleepers ». « Que Dieu bénisse les McDonald’s pour leur compassion envers les pauvres. C’est le seul lieu où ces personnes pouvaient rester », explique le père Wotherspoon, qui ajoute que la chaîne de restaurants a régulièrement offert des repas aux sans-abri de Hong-Kong.

La fin des « McSleepers » durant la pandémie

Malheureusement, les McDonald’s hongkongais ont fermé soudainement il y a un an, quand la pandémie a commencé à frapper la ville, forçant les autorités à fermer tous les restaurants à partir de 18 heures (aujourd’hui à partir de 22 heures). Depuis, les « McSleepers » ont donc été forcés de chercher d’autres lieux où dormir. « Quand les gens ne pouvaient plus aller dans les McDonald’s les choses ont rapidement empiré pour eux », regrette le missionnaire australien. Selon la sécurité sociale hongkongaise, on comptait environ 1 100 personnes sans-abri à Hong-Kong en 2017, sur une population d’environ 7,5 millions d’habitants. Mais les organisations caritatives et les ONG estiment que les véritables chiffres sont aujourd’hui bien plus élevés. En 2019, le mouvement pro-démocratie hongkongais a notamment affecté l’économie et l’emploi. L’économie locale a été encore plus lourdement affectée par la crise sanitaire. Aujourd’hui, la situation continue de stagner avec les mesures de distanciation physique. Le gouvernement, même s’il tente de renverser la situation, reste réticent à trouver un abri aux SDF dont le nombre continue d’augmenter. « Pour moi, c’est la pire situation que les sans-abri aient jamais connue à Hong-Kong », dénonce le père Wotherspoon.

Une vague de générosité

Cependant, le missionnaire affirme que la providence a bien fait les choses et suscité de nombreuses aides. L’an dernier, un journal cantonais local a évoqué la crise des sans-abri hongkongais en mentionnant le nom du prêtre, entraînant une vague de dons sans précédent. « Depuis, les dons continuent d’arriver. Je n’ai jamais cherché cet argent, il est venu à moi. » Un ami du missionnaire lui a également demandé la permission de publier les références de son compte bancaire sur Facebook, suscitant encore de nouveaux dons. Cette générosité a permis au prêtre et à l’ONG qu’il a fondée en 2016, MercyHK, de louer des chambres dans un immeuble du quartier de Yau Ma Tei, afin d’offrir un abri à ceux qui n’ont nulle part où dormir. Certains sans-abri travaillent aussi dans une boutique ouverte l’an dernier par MercyHK, et qui vend des produits d’occasion. L’organisation aide ceux qui ne peuvent travailler, à cause d’un handicap ou de l’âge, à déposer des demandes d’allocation auprès du gouvernement. Le missionnaire explique qu’aujourd’hui, son ONG loue 40 pièces pour 60 personnes, pour un coût de 200 000 dollars hongkongais (21 669 euros) par mois, dans une des villes les plus chères au monde.

Appartements loués et repas gratuits

Un restaurant situé dans le même immeuble que ces appartements loués a également accepté d’offrir des repas gratuits aux sans-abri tous les mercredis. Chaque appartement est occupé par deux ou trois personnes du même genre, qui disposent d’une douche et de toilettes. L’un d’entre eux, un homme qui a perdu son emploi de nettoyage et qui dormait à l’aéroport ou dans d’autres lieux ouverts la nuit, explique que la sécurité de sa nouvelle collocation est une nette amélioration. « C’est tellement mieux, c’est incomparable », confie Ah Ming, âgé de 76 ans, qui a emménagé à Yau Ma Tei il y a dix mois. « Ici, il n’y a pas d’avions », ajoute-t-il. Mais pour le père Wotherspoon, le problème des sans-abri risque de s’aggraver, alors que les conséquences de la pandémie continuent d’affecter la population et l’économie locale. Le prêtre explique qu’il y a également de nombreux sans-abri qui sont drogués ou qui souffrent de handicaps mentaux, et qui restent dans la rue parce qu’ils ne peuvent pas être logés dans un appartement. Ces derniers reçoivent malgré tout de l’aide et de la nourriture. Dans le district le plus pauvre de la ville, à Sham Shui Po, le problème est encore plus grave, assure le missionnaire, qui reconnaît que certains jours sont difficiles. « Mais pour moi, ce n’est jamais aussi difficile que pour ces gens ».

(Avec Ucanews, Hong-Kong)


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