Eglises d'Asie – Bangladesh
Jagoroni, un centre de formation contre la misère des femmes en milieu rural
Publié le 30/10/2019

Contre la misère après la guerre de 1971
Vers la fin des années 1960, quand le Bangladesh faisait encore partie du Pakistan oriental, le pays traversait une crise sociale et politique. L’extrême pauvreté et la crise de l’emploi ont touché beaucoup de femmes et d’enfants, confrontés à la famine, à l’aumône et à la maladie. « Leur souffrance, alors que je les voyais demander de l’aide aux portes des églises et des congrégations religieuses, m’attristait et me touchait. Je me demandais comment mettre fin à leur misère », confie la religieuse. En 1968, sœur Marie Lillian s’est associée à sœur Michael Francis, une religieuse américaine de la congrégation de la Sainte-Croix, afin de fonder le centre Jagoroni, d’abord à petite échelle. Les besoins se sont multipliés après la guerre de libération du Bangladesh, en 1971, qui a ruiné le pays, laissant beaucoup de femmes dans des conditions misérables après avoir perdu leur mari dans le conflit. Les deux religieuses ont alors décidé de développer leurs services, en s’associant notamment avec le père Richard W. Timm, missionnaire américain de la Sainte-Croix, et avec le père Peter McNee, missionnaire baptiste néo-zélandais. Les deux missionnaires ont permis de trouver des formateurs pour le centre et de récolter des financements. Au début, le centre ne pouvait accueillir que neuf femmes ; au plus fort de son activité, le réseau allait jusqu’à 6 000 femmes de tout le pays, réparties en 64 groupes différents. Aujourd’hui, on en compte encore 2 000, la plupart d’entre elles non chrétiennes. « Beaucoup de celles que nous avons accompagnées ont pu sortir de la pauvreté. Dans les régions côtières, certaines familles démunies, qui pouvaient à peine se procurer un repas par jour, sont devenues autonomes », assure sœur Marie Protibha, assistante de sœur Marie Lillian au centre Jogoroni. La religieuse explique que la seule difficulté est de maintenir la qualité des produits. « Le centre continuera sa mission auprès des pauvres », poursuit-elle.
22 % des Bangladais vivent toujours dans la pauvreté
Malgré de véritables progrès socio-économiques au cours des dernières décennies, plus de 22 % de la population, sur 160 millions d’habitants, vivent toujours dans la pauvreté selon le Bureau bangladais des statistiques. Les derniers chiffres montrent un taux de chômage de 4,5 % au Bangladesh, avec une forte proportion de personnes sans emploi dans les milieux ruraux, en particulier concernant les femmes. Une étude du ministère de la Planification indique pourtant que le nombre de femmes sans emploi en milieu rural est passé de 12,6 millions en 2010 à 11,6 millions en 2018. De son côté, le centre Jagoroni s’est développé et encourage son réseau à fonder des groupes d’épargne et de microcrédit afin de leur permettre de mieux prévoir les périodes de crise. Tous ces efforts ont permis de transformer des vies, assure Rebeca Gain, 50 ans, catholique et mère de quatre enfants. Rebeca vit dans le district de Satkhira, l’une des régions les plus pauvres du Bangladesh, dans le sud du pays. Elle a rejoint le centre Jagoroni il y a cinq ans, ce qui lui a permis de gagner une moyenne de 5 000 takas (53 euros) par mois en vendant sa production. « Mon mari a un faible salaire, et auparavant, je vendais des nattes tressées avec des feuilles de dattiers et de hogla. Mais les demandes avaient baissé, et nous avions du mal à faire vivre la famille, avec trois fils qui étudiaient toujours à l’école. J’ai donc rejoint la formation du centre, ce qui a permis d’améliorer notre situation », explique Rebeca Gain. Aujourd’hui, trois de ses quatre fils se sont mariés, et le quatrième poursuit ses études à Dacca. Rebeca a récemment pris un emprunt auprès d’un groupe de microcrédit, pour que son mari puisse lancer un petit commerce. Elle assure que depuis qu’elle s’est mariée à l’âge de 14 ans, elle traverse la période la plus heureuse de sa vie.
(Avec Ucanews, Dacca)
CRÉDITS
Stephan Uttom / Ucanews
