Eglises d'Asie

La chrétienne Asia Bibi est acquittée

Publié le 30/01/2019




Asia Bibi, la Pakistanaise chrétienne condamnée à mort en 2010 pour propos blasphématoires, est désormais entièrement innocentée. La Cour Suprême a écarté ce mardi 29 janvier le dernier recours qui pesait contre cette mère de trois enfants. Asia Bibi reste néanmoins inquiétée par les menaces de mort proférées par des islamistes radicaux à son encontre.


Née en 1971, Asia Bibi luttait depuis des années pour rétablir son innocence. Accusée par des lois « anti-blasphèmes » draconiennes et controversées, la Pakistanaise de confession chrétienne a été condamnée en première instance à la peine capitale en 2010 et a passé huit ans derrière les barreaux. Mardi 29 janvier, la Cour Suprême a rejeté la demande en révision du jugement rendu dans cette affaire. Asia Bibi avait en effet été acquittée le 31 octobre dernier, mais un nouveau recours avait été déposé par le religieux musulman à l’origine de la plainte. « Ce recours est rejeté », a déclaré Asif Saeed Khosa, président de la Cour Suprême, qui rétablit ainsi définitivement l’innocence de l’accusée. Cette décision était certes pressentie, les bases de la demande en révision du jugement ayant peu de fondements.

À l’origine, Asia Bibi a été accusée d’avoir insulté le prophète Mahomet. En juin 2009, une dispute avait éclaté dans un champ entre un groupe d’ouvrières agricoles au sujet d’un récipient d’eau. Plusieurs femmes musulmanes ont refusé de boire de l’eau si Asia Bibi, chrétienne de confession, l’avait touchée et rendue impure. Elles l’ont ensuite accusée d’avoir proféré en retour des propos offensifs à l’égard du prophète Mahomet. Asia Bibi a avoué les faits et a été arrêtée à la suite d’une enquête de police. Mais la Cour Suprême a déclaré que sa confession n’était en aucun cas recevable car elle avait été arrachée devant une foule qui « menaçait de la tuer ».

« Un tremblement de terre dans l’histoire du pays »

Cette affaire extrêmement médiatisée, qui touche à la fois à la justice et à la religion, a divisé le Pakistan. Elle a également attiré l’attention des organisations internationales de défense des droits de l’homme. Car les lois anti-blasphème, destinées à défendre la sainteté du prophète Mahomet, sont des outils controversés mais populaires au Pakistan. Au nom de ces lois, les minorités non-musulmanes peuvent être aisément et faussement accusées de blasphème, comme l’ont ainsi été par le passé des chrétiens, des chiites hazâra ou des Ahmadis. Quant à elle, Asia Bibi a été la première femme condamnée à la peine capitale par ces lois. Elle appartient à la communauté chrétienne du Pakistan, qui a été ciblée par plusieurs attaques au cours de ces dernières années et qui se sent souvent vulnérable face à un climat d’intolérance.

La pression exercée par certains groupes radicaux islamistes, qui réclamaient la pendaison d’Asia Bibi, n’aura finalement pas interféré dans le processus judiciaire. L’acquittement a ainsi une portée retentissante. Le quotidien pakistanais The Down y voit « un tremblement de terre dans l’histoire du pays, judiciaire et au-delà ». Car le parti islamiste Tehreek-e-Labbaik Pakistan (TLP), qui demandait la peine capitale pour Asia Bibi, était notamment descendu dans les rues en masse durant trois jours à la suite de l’acquittement prononcé le 31 octobre. Plusieurs de ses leaders avaient été placés en détention après avoir appelé leurs sympathisants à tuer les juges. Cette fois-ci, le TLP a également condamné la décision des juges et, sur les réseaux sociaux, ses partisans ont continué à réclamer l’exécution d’Asia Bibi. Ce climat pourrait la pousser à trouver refuge à l’étranger pour assurer sa sécurité. Depuis qu’elle est sortie de prison le 7 novembre dernier, elle vit sous protection policière dans un lieu tenu secret à Islamabad. Son mari, Ashiq Masih, a engagé des demandes d’asile auprès de pays occidentaux. « Elle va pouvoir à présent être réunifiée avec sa famille et demander l’asile dans un pays de son choix », a déclaré l’organisation Amnesty International dans un communiqué, alors que son sort reste encore incertain.

(EDA / Vanessa Dougnac)


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