Eglises d'Asie

La crise démographique, la plus grande menace de l’économie chinoise

Publié le 08/01/2019




Entre 2000 et 2016, le taux de fécondité en Chine était en moyenne d’1,18 enfant par femme, classant le pays parmi les taux de fécondité les plus bas au monde. La situation de la Chine est similaire à celle du Japon dans les années 1990, lorsque la crise avait basculé d’une crise démographique à une crise économique. Avec l’augmentation du nombre de personnes âgées et face au manque d’aides sociales, une « catastrophe humanitaire » est à craindre.

La Chine se prépare à une crise économique. Elle ne sera pas provoquée par les taxes américaines, mais par la démographie chinoise. Une crise auto-infligée par la politique de l’enfant unique qui a dominé le pays pendant plus de trente ans. Même si le gouvernement autorise les couples à avoir jusqu’à deux enfants depuis 2016, les Chinois restent réticents à avoir ne serait-ce qu’un seul enfant. Entre 2000 et 2016, le taux de fécondité chinois est d’environ 1,18 enfant par femme, soit l’un des plus bas au monde. Le phénomène entraîne deux problèmes. D’une part, la baisse de la population chinoise et par conséquent de la population active ; d’autre part, la proportion des personnes âgées augmente. L’année dernière, on comptait 2,5 millions de naissances en moins par rapport à l’année précédente, et la population a chuté d’1,27 millions de Chinois.

Selon Yi Fuxian, un scientifique de l’Université de Wisconsin-Madison, la situation de la Chine est similaire à celle du Japon dans les années 1990. À l’époque, le Japon avait été frappé par une crise démographique avec un âge moyen de 38,5 ans et une croissance de la proportion des 65 ans et plus de 18 %. La baisse du nombre de jeunes au sein de la population active japonaise avait conduit à la baisse et au vieillissement de la main-d’œuvre industrielle et ouvrière, frappant ainsi la production et les innovations industrielles. La crise démographique est donc devenue une crise économique. Par conséquent, la part de la production japonaise sur les exportations mondiales est tombée de 12,5 % en 1993 à 5,2 % en 2017. L’augmentation de la part des personnes âgées a également entraîné la hausse des frais médicaux et de retraite, et donc de la dette publique. En pourcentage du PIB, les dépenses de santé au Japon sont passées de 4,4 % à 8,6 % en 2014, le coût des régimes de retraite est passé de 4,9 % en 1991 à 10,2 % en 2013, et la dette publique est passée de 63 % en 1991 à 236 % en 2016.

Aujourd’hui, pour Yi Fuxin, la Chine suit peu à peu le chemin qu’a pris le Japon dans les années 1990. D’autant plus que le taux de fécondité japonais était à l’époque d’1,42 enfant par femme, tandis que le taux chinois est plus bas. La crise chinoise risquerait donc d’être encore plus grave que celle qu’a traversée le Japon. En 2015, 6,9 travailleurs chinois âgés de 20 à 64 ans finançaient la retraite d’un senior âgé de 65 ans et plus. Si la population chinoise poursuit cette tendance, en 2030, il n’y aura plus que 3,6 travailleurs pour un senior, et en 2050, seulement 1,7 travailleur pour un senior. Etant donné qu’il n’y a aucune protection sociale ou familiale dans le pays, la crise risque de tourner à la catastrophe humanitaire. En comparaison, les États-Unis sont dans une situation plus positive. En 2018, l’âge moyen y était de 38 ans ; il sera de 40 ans en 2030 et de 44 ans en 2050. En Chine, l’âge moyen était de 40 ans en 2018 ; il sera de 46 ans en 2030 et de 56 ans en 2050. Si la Chine est toujours capable de faire face aux États-Unis en matière de production, ses innovations risquent d’en pâtir dans un avenir proche.

(Avec Asianews, Pékin)


CRÉDITS

Robin Zebrowski