Eglises d'Asie – Bangladesh
La difficile émancipation des femmes bangladaises face aux abus
Publié le 15/03/2019

34 % de divorces en plus en sept ans
Ce genre d’affaires est de plus en plus fréquent au Bangladesh, un pays majoritairement musulman où le système social demeure conservateur et dominé par les hommes, et où le mariage est toujours considéré comme une institution sacrée et indissoluble. Ainsi dans le passé, que ce soit dans les zones urbaines ou rurales, la plupart des femmes préféraient rester dans une situation difficile, malgré les abus et humiliations subis. Mais les choses ont commencé à changer ces dernières années. Selon une étude menée en 2018 par le Bureau bangladais des statistiques (BBS), le nombre de demandes de divorces a augmenté de 34 % au cours des sept années précédentes, la plupart des demandes venant de femmes, vivant le plus souvent en ville. Selon la même étude, à Dacca, la capitale, près de 50 000 demandes de divorce ont été déposées au cours des six années précédentes, soit près d’un cas par heure. À Chittagongg, une ville côtière du sud-est du pays, plus de 2 500 cas de divorce ont été déposés au cours des six premiers mois de 2018. Pour Shah Ehsan Habib, professeur de sociologie à l’université de Dacca, la montée du taux de divorce est un facteur indicateur de changements sociaux et comportementaux majeurs dans le pays. « Notre société est encore très masculine et les femmes sont soumises, mais les choses ont commencé à changer. Il y a des femmes qualifiées dans presque tous les secteurs. Elles sont éduquées, qualifiées et décidées. Elles veulent prendre leurs propres décisions et ne supportent plus que leurs maris les traitent comme des objets comme autrefois », explique Shah Habib. Cette tendance s’est amplifiée avec le nombre grandissant de filles et de femmes au sein de l’éducation et de la population active.
Éducation et vie active
Selon l’Unicef, le Bangladesh enregistre tous les ans presque 100 % de scolarisation, et les écoles comptent plus de filles que de garçons. En 2016, la population active comptait 34 % de femmes, contre seulement 4 % en 1974, selon une étude du BBS de 2016. « Les femmes sont plus éduquées et indépendantes, et elles n’hésitent pas à se prononcer ouvertement contre les abus et les injustices. Peut-être qu’il y a vingt ans, une femme serait restée dans un mariage malheureux, mais plus aujourd’hui », poursuit Shah Habib. Par ailleurs, l’Unicef classe le Bangladesh au 4e rang concernant le nombre de mariages d’enfants. En 2017, près de 59 % des filles se sont mariées avant l’âge de 18 ans, et 22 % avant l’âge de 15 ans. Selon les sociologues, la fréquence des mariages précoces conduit aux abus, aux conflits conjugaux et aux séparations. Ainsi, selon une étude menée en 2014 et parrainée par le Fonds des Nations unies pour la population, 87 % des femmes mariées au Bangladesh ont été victimes de violences domestiques. « Les choses n’ont pas beaucoup changé, même si la situation des femmes a bien progressé ses dernières années dans le pays. Aujourd’hui, elles peuvent décider de partir quand les choses ne sont plus supportables », assure Rita Roselin Costa, responsable du bureau des femmes au sein de la Conférence des évêques du Bangladesh. Rita ajoute qu’au Bangladesh, les hommes chrétiens veulent se marier avec des femmes qui ont fait des études supérieures, mais ils refusent qu’elles travaillent et qu’elles gagnent leur vie. Rita Costa explique que même si les femmes sont plus indépendantes, elle estime que les hommes comme les femmes manquent de tolérance et ont du mal à pardonner. « La situation des mariages chrétiens n’est pas tellement différente de celle des mariages non chrétiens. J’ai vu des demandes de divorce qui sont pleines de soupçons, d’accusations et de haine envers l’autre », poursuit Rita. « Il y a vraiment un manque d’amour et de respect au sein des couples qui se séparent. Certaines disputes sur des sujets qui semblent insignifiants conduisent parfois au divorce, ce qui est décevant. »
(Avec Ucanews, Dacca)
CRÉDITS
Stephan Uttom / Ucanews
