Eglises d'Asie

La mission de Suihari, dans le nord du Bangladesh, prépare quatre villages au baptême

Publié le 21/03/2020




Quatre villages du nord du Bangladesh, dépendant de la mission de Suihari, se préparent au baptême malgré la crainte de l’épidémie, qui a contaminé une dizaine de personnes revenues de l’étranger à Dacca. Le père Gian Battista Zanchi est curé de la mission locale, qui couvre 52 villages pour plus de 5 000 fidèles. Selon le missionnaire, les activités de la mission se poursuivent en attendant de nouvelles mesures : « Nous prions et nous espérons que le virus ne se répandra pas ici aussi, parce que nous manquons de tout. »

Les habitants de quatre villages de la mission de Suihari, gérés par les pères PIME (Institut pontifical pour les missions étrangères) dans le nord du Bangladesh, se préparent au baptême. Dans le village de Paskur, on compte notamment 52 personnes de neuf familles de l’ethnie Santhal qui doivent recevoir le baptême. Le père Gian Battista Zanchi, ancien supérieur général (entre 2001 et 2013) de l’Institut PIME, âgé de 78 ans, est revenu au Bangladesh à l’issue de son second mandat. Il explique que « nous ne demandons pas aux gens de se convertir au Christ, c’est un choix libre, et toute la communauté s’y prépare depuis longtemps ». « Certains ont abandonné des traditions tribales profondément enracinées, qui ont perduré durant des siècles », ajoute-t-il. Aujourd’hui, le père Zanchi est curé de la paroisse du Sacré Cœur de Jésus dans le diocèse de Dinajpur, qui couvre 52 villages pour environ 5 400 fidèles. « Ils sont vraiment nombreux, mais par chance, nous parvenons à rester au service de tous », assure-t-il. La paroisse gère également l’école technique Novara, fondée par les PIME en 1965, ainsi qu’une auberge de jeunesse.

« Malheureusement, comme le gouvernement a imposé la fermeture des écoles jusqu’au 31 mars à cause du coronavirus, les élèves ont dû repartir chez eux », explique le missionnaire. À Dacca, au 20 mars, on comptait dix personnes infectées qui revenaient de l’étranger. « Nous prions et nous espérons que le virus ne se répandra pas ici aussi, parce que nous manquons de tout », souffle-t-il. Le prêtre explique que malgré les risques de contagion, « nous avons maintenu le programme de carême jusqu’à ce que le diocèse prenne une décision ». « Nous continuons les confessions, les visites dans les villages et la catéchèse », précise-t-il. Le père Zanchi confie que les habitants du village de Paskur « doivent être baptisés fin mai et non à Pâques, parce que ce jour-là, avec le père Joseph Murmu [l’autre prêtre de la paroisse], nous avons prévu d’aller de village en village pour célébrer la Résurrection du Christ ». De plus, la paroisse compte d’autres membres de la communauté Santhal parmi les futurs baptisés : 12 familles de Durgadanga (45 personnes), 7 familles de Damoua (33 personnes) et 16 familles de Koiruri (61 personnes). « Ils ont commencé leur cheminement avec un catéchiste, un animateur laïc et une religieuse qui sont dévoués auprès d’eux à plein temps », se réjouit le prêtre.

« Nous ne faisons qu’annoncer »

Le missionnaire poursuit en décrivant le processus qui peut mener à la conversion et à la demande de baptême. « Cela fonctionne ainsi : la communauté locale demande officiellement à devenir une communauté chrétienne. Cela permet de favoriser un mouvement communautaire. La préparation au baptême dure ensuite trois ans. » Le missionnaire cite l’exemple d’un village où un garçon et une autre famille ont demandés à devenir chrétiens. « Ce jeune homme était le fils du chef du village mais je l’ignorais. Dès que le père a appris leur conversion, il a décidé de punir son fils en privant les convertis d’accès à l’eau potable du village. Il a fait construire une clôture autour des maisons des convertis pour les séparer des autres habitants. Durant deux ans, ils ont dû aller chercher l’eau dans un autre village situé à deux kilomètres de là. » Mais un autre événement inattendu s’est produit : « La mère est tombée malade et a demandé mon aide pour son hospitalisation à Rajshahi, au Centre d’assistance des malades géré aujourd’hui par les sœurs de Marie-Enfant. Elle y a été traitée et elle a pu guérir en quinze jours. De retour chez elle, elle a confié à son mari que les patients y sont très bien traités, et que personne ne l’a obligée à aller à la messe. ‘Les malades qui arrivent sont accueillis tout de suite avec charité’, lui a-t-elle expliqué. »

Le même jour, son mari a retiré la clôture qu’il avait fait construire, et il a confié à tous : « Si vous voulez devenir chrétiens, je ne m’y opposerai pas. » « Aujourd’hui, il y a beaucoup de catholiques dans ce village », confie le père Zanchi. En général, souligne-t-il, « il y a toujours une personne à l’origine du processus, qui est intriguée par le fonctionnement de l’Église locale, et par l’accueil des malades sans distinctions ». « Cette personne revient alors dans son village pour témoigner de ce qu’elle a vu et ressenti. Nous ne faisons qu’annoncer, sans aucune contrainte, et ne voulons pas ‘créer’ des chrétiens à tout prix. C’est la gratuité de notre service qui les surprend, le fait que nous ne demandions rien en retour », explique le missionnaire.  « J’ai reçu le don de la foi, et à notre tour, nous enseignons aux fidèles à se mettre au service des autres gratuitement. »

(Avec Asianews, Dinajpur)


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