Eglises d'Asie

La saison des festivals s’ouvre discrètement au sanctuaire Notre-Dame de Madhu

Publié le 07/07/2020




Depuis le 12 juin, après trois mois de confinement, le gouvernement sri-lankais a autorisé les rassemblements religieux jusqu’à 50 fidèles, malgré une situation sanitaire plutôt préservée – selon le gouvernement, le Sri Lanka a enregistré seulement 2 072 cas d’infection, dont 11 décès. « Plus de 200 000 fidèles viennent chaque année au sanctuaire de Notre-Dame de Madhu pour prendre part aux fêtes religieuses organisées en juillet et en août », explique Maria Goretti, une catholique sri-lankaise de 68 ans, qui vient tous les ans avec ses proches. La saison des festivals y a été à nouveau ouverte discrètement, malgré les restrictions et les consignes sanitaires. Le sanctuaire est non seulement un lieu sacré pour les catholiques mais aussi un lieu de rassemblement pour tous, y compris pour les bouddhistes cingalais et les hindous tamouls.

Le sanctuaire de Notre-Dame de Madhu, dans le district de Mannar, au nord-ouest du Sri Lanka, à environ 220 km.

Maria Goretti s’inquiète à l’idée de ne pas pouvoir assister au festival annuel de Notre-Dame de Madhu, à cause des restrictions sanitaires. Cette catholique de 68 ans visite toujours le sanctuaire marial en juillet avec ses proches, en campant à proximité. Mais cette année, le festival religieux, qui attire chaque année des milliers de pèlerins, a été célébré plus discrètement, et les installations temporaires habituelles n’étaient pas autorisées. Autrefois, les gens venaient en charrettes à bœufs ; puis ils sont venus en train, en bus ou en voiture. Il s’agit d’un des sanctuaires chrétiens les plus anciens du Sri Lanka. Une première église a été construite en 1706, puis une seconde est érigée au début du XIXe siècle. En 1848, les Oblats de Marie Immaculée y ajoutent des allées latérales et un portique, afin d’en faire un des plus vastes sanctuaires chrétiens de la région.  Depuis, le sanctuaire attire des milliers de visiteurs de toutes religions chaque année. Maria Goretti, originaire de Negombo, évoque ses expériences passées, quand les fidèles s’installaient dans des tentes érigées sous les grands arbres alentour. « Plus de 200 000 fidèles viennent chaque année au sanctuaire de Madhu pour prendre part aux fêtes religieuses organisées en juillet et en août. Ils sont logés dans des campements temporaires et participent aux célébrations », explique-t-elle. « Les pèlerins restent dans les camps jusqu’au jour de la fête. Ce soir-là, le sanctuaire est bondé. Les fidèles récitent le chapelet et participent aux offices, et certains chantent des hymnes dans leurs logements temporaires. »

Nilusha Fernando, âgé de 54 ans, a participé à une messe concélébrée par Mgr Harold Anthony Perera, évêque de Kurunegala, par Mgr Christian Noel Emmanuel Fernando, évêque de Trincomalee, et par Mgr Emmanuel Fernando, évêque de Mannar. Nilusha Fernando explique qu’il n’a pu arriver que le 2 juillet au matin, mais qu’il n’a pas pu camper à proximité. Les pèlerins ont pu suivre la messe en direct sur la chaîne nationale Rupavahini ; des vêpres ont également été célébrées le 1er juillet, mais avec une participation limitée et sans procession eucharistique. « L’an prochain, nous irons au sanctuaire comme d’habitude avec mes enfants et mes proches. J’ai prié la Vierge Marie pour pouvoir venir l’an prochain », ajoute Nilusha Fernando, originaire de Dalupotha. Le sanctuaire, situé à environ 220 kilomètres au nord de la capitale, Colombo, a été endommagé par des bombardements durant la guerre civile sri-lankaise, le 20 novembre 1999 – au cours desquels près de 40 Tamouls, dont des enfants, ont été tués.

Le sanctuaire, construit il y a quatre cents ans, est également une source précieuse de revenus pour les habitants de la région, grâce aux nombreux pèlerins. Il a aussi été un refuge pour les Tamouls durant la guerre, alors que plusieurs milliers d’entre eux ont dû fuir leurs villages à plusieurs reprises. Le sanctuaire de Madhu est toujours un centre de pèlerinage national et un lieu sacré pour les catholiques sri-lankais, aussi bien cingalais que tamouls. Il a été visité par le pape François lors de sa visite apostolique en 2015. L’église de Madhu abrite une statuette de la Vierge drapée dans une cape de tissu bleu, qui aurait été apportée par les Portugais au XVIe siècle. Elle y est vénérée par tous les visiteurs, catholiques et non catholiques. Entre le 15 mars et le 12 juin, les célébrations publiques ont été annulées au sanctuaire et dans tout le pays. Depuis, les rassemblements religieux sont autorisés jusqu’à 50 personnes. Selon le gouvernement, le Sri Lanka a enregistré 2 072 cas d’infection, dont 11 décès. Le pays est parvenu à contrôler la pandémie et la situation est peu à peu revenue à la normale, même si les consignes sanitaires sont toujours respectées. Les écoles également ont été fermées jusqu’au 6 juillet pour 766 000 élèves. Maria Goretti espère venir l’an prochain avec ses proches. « Je crois que la Vierge Marie de la forêt de Vanni est une bonne mère qui est toujours là auprès des malades », ajoute-t-elle.

(Avec Ucanews, Colombo)


CRÉDITS

Amila Tennakoon