Eglises d'Asie

Lahore : l’Église pakistanaise appelle l’éducation nationale à défendre les droits des minorités

Publié le 24/03/2021




Le 20 mars, la Commission nationale Justice et Paix (NCJP) de la Conférence épiscopale pakistanaise et le Centre pour la Justice Sociale (CJS) de Lahore ont organisé un point presse afin d’inviter le gouvernement à prendre en compte les positions des minorités dans l’élaboration de la nouvelle politique d’éducation nationale (NEP 2021). Les participants ont demandé une politique inclusive et transparente et une augmentation du budget de l’éducation nationale pakistanaise. Les dépenses du gouvernement consacrées à l’éducation sont estimées à 2,3 % du PIB pour l’année 2019-2020.

Peter Jacob (à droite), du Centre pour la Justice Sociale, le 20 mars à Lahore lors d’un point presse sur la nouvelle politique d’éducation nationale pakistanaise (NEP 2021).

Les responsables de l’éducation catholique au Pakistan, dans un pays majoritairement musulman, demandent aux autorités une meilleure représentation de toutes les religions dans les manuels scolaires, alors que le gouvernement finalise une nouvelle politique pour l’éducation nationale. « Le processus de consultation de la nouvelle politique d’éducation nationale [NEP] doit prendre en compte les points de vue de tous les acteurs, y compris des groupes vulnérables comme les minorités religieuses », souligne Kashif Aslam, directeur adjoint au sein de la Commission nationale Justice et Paix (NCJP) de la Conférence épiscopale pakistanaise. « Nous rejetons la vision actuelle, trop étroite, et nous demandons une éducation nationale modérée qui soutient l’éducation civique et éthique et qui développe l’esprit critique, selon les normes internationales », a déclaré Kashif Aslam, le 20 mars lors d’un point presse organisé par le Centre pour la Justice Sociale (CJS), en présence d’éducateurs de Lahore. Les participants au point presse ont également demandé au gouvernement une politique inclusive et transparente, et une augmentation du budget de l’éducation nationale pakistanaise. Les dépenses du gouvernement consacrées à l’éducation sont estimées à 2,3 % du PIB, pour l’année 2019-2020.

Aliénation des minorités au sein de l’éducation pakistanaise

En décembre 2020, le ministère fédéral de l’Éducation et de la Formation professionnelle a demandé à des experts des secteurs privés et publics de l’éducation nationale pakistanaise de contribuer au développement de la nouvelle politique NEP 2021. Le processus de trois mois devait prendre fin le 23 mars. Selon la politique NEP actuelle, qui remonte à 2017, l’illettrisme au Pakistan est davantage présent parmi les minorités ethniques, linguistiques et religieuses, ainsi que chez les ouvriers, les détenus et les personnes handicapées. La politique de 2017 donnait notamment la priorité à la lutte contre l’illettrisme chez les femmes, parmi les minorités et dans les régions reculées du pays. Toutefois, l’Église locale affirme régulièrement que les autorités négligent souvent ces politiques. Les responsables catholiques dénoncent également des contenus haineux au sein du programme scolaire pakistanais, avec une priorité donnée l’islam et des préjugés contre les non musulmans.

Plusieurs responsables chrétiens affirment que la nouvelle politique soutient un programme national unique, qui doit être appliqué en août 2021. Le nouveau programme comprend notamment la lecture intégrale du coran dès l’école primaire, l’apprentissage des prières islamiques et de certains hadiths. « Nous sommes surtout inquiets à propos des élèves musulmans qui ne pourront pratiquement étudier rien d’autre que l’islam. Ils seront surchargés de travail avec encore plus de contenu religieux », estime Peter Jacob, directeur du Centre pour la Justice Sociale. « Les décideurs suggèrent que les élèves non musulmans ne participent pas à ces cours, ou ils leur proposent de répondre à des questions différentes lors des examens. Mais que ce soit l’un ou l’autre, cela ne fera que renforcer un sentiment d’aliénation parmi les élèves issus des minorités. » Le mois dernier, les autorités de la province pakistanaise du Pendjab ont retiré une image jugée raciste et offensante envers la minorité chrétienne, dans un manuel scolaire de primaire en langue ourdoue.

(Avec Ucanews, Lahore)


CRÉDITS

Faiza Arshad