Eglises d'Asie

Le cardinal Bo appelle la communauté internationale à la prudence face aux pressions qui menacent la Birmanie

Publié le 03/12/2019




Dans sa lettre du 1er décembre, Le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, a lancé un appel à la paix et à la réconciliation alors que la Birmanie fait face à des pressions diverses de la communauté internationale contre le pays. Le cardinal Bo a notamment fait part de son inquiétude, en soulignant que les pauvres risquent d’être les plus touchés par des sanctions éventuelles contre la Birmanie, si la population est visée dans son ensemble. « D’autant plus que le peuple birman a vu, ces sept dernières années, le pays tenter quelques avancées fragiles vers l’ouverture au monde », a-t-il souligné en évoquant la transition démocratique après plusieurs décennies de régime militaire.

Le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, a appelé la communauté internationale à ne pas pénaliser le peuple birman, alors que le pays fait face à de nombreuses pressions à propos du « nettoyage ethnique » de la minorité musulmane rohingya par l’armée birmane, en 2017. Le cardinal Bo a demandé à la communauté internationale de prendre en compte le bien-être de toute la population birmane en décidant des mesures à prendre contre la Birmanie face aux accusations de crimes contre l’humanité et d’actes de génocide. « Je demande en particulier à la communauté internationale, dans sa volonté de poursuivre les responsables de crimes contre l’humanité, de ne pas pénaliser en même temps ceux qui ne sont pas responsables de cette situation en punition toute la population birmane dans son ensemble. D’autant plus que le peuple birman a vu, ces sept dernières années, le pays tenter quelques pas fragiles vers l’ouverture au monde », a déclaré l’archevêque de Rangoun dans une lettre publiée le 1er décembre. Le cardinal Bo a également fait part de son inquiétude, en soulignant que les mesures prises par la communauté internationale pourraient toucher les plus pauvres du pays, alors que la situation reste fragile en Birmanie après plusieurs décennies de régime militaire. « J’encourage la communauté internationale à concentrer ses efforts d’une façon ciblée, en visant directement les responsables de graves violations des droits de l’homme et de profondes injustices », a poursuivi le cardinal Bo, qui est également président de la FABC (Fédération des conférences épiscopales d’Asie).

L’inquiétude du cardinal Bo concerne diverses pressions internationales en cours contre le pays, à propos des accusations d’atrocités commises contre les musulmans rohingya dans l’État d’Arakan (Rakhine). La Gambie, mandatée par les 57 États membres de l’Organisation de la coopération islamique, a ainsi entamé une action judiciaire devant la Cour internationale de justice (CIJ) contre la Birmanie pour « actes de génocide ». La conseillère d’État Aung San Suu Kyi mènera une délégation auprès de la plus haute juridiction de l’ONU afin de défendre la Birmanie, a indiqué le gouvernement. L’an dernier, une mission d’établissement des faits lancée par l’ONU a indiqué avoir constaté que l’armée était responsable de quatre actes de génocides sur les cinq actes caractérisant un génocide selon le droit international. En août 2017, plus de 740 000 Rohingyas ont été forcés de fuir la Birmanie et de se réfugier au Bangladesh après avoir subi des violences et une répression militaire qui s’apparente à un génocide selon les enquêteurs de l’ONU. Le gouvernement et l’armée birmane ont nié rigoureusement les accusations de génocide et de nettoyage ethnique.

De son côté, le cardinal Bo, continue d’être un fervent défenseur de la réconciliation nationale, alors que la paix reste fragile et que les combats se poursuivent dans les États d’Arakan et de Shan, et alors que la crise rohingya n’est toujours pas résolue. Il a cependant souligné qu’il ne commenterait pas les décisions juridiques internationales, n’étant lui-même ni juriste ni engagé en politique.  « Mais je sais, cela dit, que pour qu’il y ait la paix, il doit y avoir la justice, et pour qu’il y ait la réconciliation, il faut pouvoir reconnaître la vérité. C’est le moment de rechercher la vérité, la justice, la paix et la réconciliation », a-t-il ajouté. Le cardinal Bo reconnaît que la Birmanie a besoin d’une intervention internationale pour pouvoir défendre la vérité et poursuivre la réconciliation, alors que le pays est en pleine transition démocratique après des décennies de régime militaire. L’archevêque de Rangoun a également appelé à comprendre la situation délicate de la Birmanie, qu’il faut pouvoir aider à poursuivre sa transition vers une union fédérale démocratique. « Je demande ardemment à tous nos amis de reconnaître cette réalité et d’aider le peuple birman à résoudre ses problèmes », écrivait-il également dans une lettre pastorale publiée en septembre 2018.

(Avec Ucanews, Mandalay)


CRÉDITS

Angie de Silva