Eglises d'Asie

Le cardinal Bo appelle les responsables religieux à défendre les innocents dans le nord-est birman

Publié le 03/10/2019




Le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, a publié un communiqué le 1er octobre, intitulé « Laissez en paix les innocents – responsables religieux, élevez votre voix ». Dans son discours, le cardinal Bo se dit consterné par le silence des autorités religieuses du pays, alors que des civils sont tués et déplacés à cause des conflits qui continuent de frapper la Birmanie. L’archevêque de Rangoun rappelle que le pays compte 500 000 moines bouddhistes et 70 000 religieuses bouddhistes, presque 1 200 pasteurs et prêtres, plus de 2 000 religieuses catholiques et de nombreux autres responsables religieux.

« Certains silences peuvent être criminels. La guerre qui se poursuit est injuste et impie », a déclaré le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, dans son message publié le 1er octobre. En s’élevant contre les souffrances des civils innocents qui continuent d’être victimes des conflits, notamment dans le nord-est birman, l’archevêque a ajouté que « nos prières et nos rituels sont vains » quand des innocents continuent de verser leur sang et leurs larmes : « Les Birmans sont des gens qui aiment la paix et qui suivent les conseils de leurs responsables religieux. C’est pourquoi, par ces derniers, il y a un immense potentiel en faveur de la paix. Élevez la voix avec bienveillance, opposez-vous à la guerre destructrice. Les souffrances des innocents ne seront jamais oubliées, leur sang et leurs larmes continueront de couler depuis la tombe. » Le cardinal a continué de parler avec véhémence en citant Martin Luther King Jr. : « Cette génération ne pleurera pas l’oppression des méchants, mais l’indifférence des bons. » Dans sa déclaration, l’archevêque affirme que les civils se sont retrouvés au cœur d’un conflit violent, les forçant à fuir : « Avec douleur et tristesse, j’ai été témoins de leurs larmes, leur sang versé et leurs blessures. » Le cardinal de 71 ans a demandé à toutes les armées, nationale ou rebelles : « Ces innocents, ces pauvres gens sont-ils vos ennemis ? Ne sont-ils pas vos frères et sœurs ? Pourquoi êtes-vous sans pitié envers eux ? » « Combien de personnes ont dû mourir à cause de votre guerre sans fin ? » a-t-il poursuivi. « Combien de femmes et d’enfants doivent se morfondre dans des camps oubliés ? N’avez-vous pas vu leur angoisse et leur souffrance ? Où est votre compassion ? Avez-vous une idée claire de ce que va devenir cette guerre ? »

« La paix est possible »

L’archevêque de Rangoun confie sa préoccupation à propos des civils qui sont déplacés, blessés ou tués à cause des conflits. Le 1er octobre, jour de la publication de sa déclaration, cinq civils – un moine bouddhiste, un novice, un enseignant et deux étudiants – ont été blessés par un tir d’artillerie dans la commune de Kyauktaw, dans l’État d’Arakan. Les combats continuent de frapper de nombreuses minorités ethniques habitant dans la région, en particuliers dans les États Shan et Arakan où se trouvent de nombreux camps IDP (personnes déplacées internes). « Pas un seul jour ne passe sans que l’on n’apprenne des nouvelles consternantes à propos de civils innocents qui ont été déplacés, tués ou mutilés à cause des conflits qui se poursuivent à Lashio [dans l’État Shan], dans les autres régions du nord et dans l’État d’Arakan », a poursuivi le cardinal Bo. « J’ai servi dans cette région comme prêtre et comme évêque pendant presque vingt ans. La plupart de ces gens sont innocents et démunis. Ils peinent tous les jours à subvenir à leurs besoins. Et aucun groupe n’a permis aucun développement économique pour ces gens. Ceux qui prétendent se battre en leur nom ne se sont jamais préoccupés de leur sécurité. Les parties engagées dans le conflit n’ont pas hésité à utiliser l’artillerie lourde, y compris les bombardements aériens », regrette l’archevêque. Les conflits entre l’armée birmane et les rebelles de l’Armée d’Arakan (AA) ont entraîné la fuite de plus de 33 000 personnes dans les États Chin et Arakan depuis novembre 2018. Pourtant, le cardinal Bo a conclu sa déclaration avec un message d’espoir : « La paix est possible, la paix est la seule issue. »

(Avec Ucanews, Rangoun)


CRÉDITS

Mazur / catholicnews.org.uk