Eglises d'Asie

Le centre Tulana pour la rencontre et le dialogue, acteur de la réconciliation interreligieuse au Sri Lanka

Publié le 14/10/2020




Le père Aloysius Peiris a fondé le Centre de recherche Tulana pour la rencontre et le dialogue en 1974, afin de soutenir le dialogue interreligieux au Sri Lanka. Aujourd’hui, plus de dix ans après la fin de la guerre civile (1983-2009), alors que le pays souffre encore de nombreuses divisions religieuses et culturelles, le centre jésuite reste influent au service de la réconciliation et du dialogue. Le centre Tulana, à Colombo, accueille notamment de nombreux visiteurs chrétiens et bouddhistes dans le cadre d’une université populaire, en leur proposant un lieu d’échanges culturels et artistiques au service du dialogue.

Le père Aloysius Pieris à côté d’une sculpture de Jésus lavant les pieds de ses disciples, réalisée par un moine bouddhiste et exposée au centre Tulana, à Colombo.

Le père Aloysius Peiris est le fondateur du Centre de recherche Tulana pour la Rencontre et le Dialogue. Le prêtre, jésuite, enseigne les valeurs du dialogue entre chrétiens et bouddhistes aux laïcs et aux séminaristes. Tulana est à la fois une université populaire, un centre pour le dialogue interreligieux, un centre d’animation sociale, un lieu d’expression et d’échanges culturels et un centre de recherche théologique. Tulana expose notamment des galeries d’art qui mettent en valeurs des créations de bouddhistes sri-lankais montrant leur regard sur le christianisme. Aruna Shantha Nonis, rédacteur en chef du site d’information Sachchan, s’est rendu plusieurs fois à Tulana. « C’est comme une galerie d’art, avec de nombreuses sculptures, fresques, statues, ouvrages, films et musiques à disposition », explique-t-il, en ajoutant avoir été impressionné par la façon dont un moine bouddhiste a représenté Jésus lavant les pieds de ses disciples dans une sculpture. Le vénérable Hatigammana Uttarananda Thera, auteur de l’ouvrage, un moine bouddhiste qui est également peintre et poète, a offert de nombreuses œuvres au centre Tulana.

Le moine a également créé une sculpture représentant Notre Dame des Réfugiés, durant une période violente de la guerre civile sri-lankaise, en 1989. Aruna Nonis estime que ces formes d’art inhabituelles permettent d’exprimer le dialogue entre chrétiens et bouddhistes sri-lankais et leur foi réciproque. « Le père Pieris est un prêtre très simple, au sourire franc. Il y a toujours un sourire sur son visage », assure-t-il. Le prêtre est né en 1934 et a rejoint la Compagnie de Jésus en 1953. Il a été ordonné prêtre le 4 juillet 1965. Le père Pieris, aujourd’hui âgé de 86 ans, est originaire de Kandy, à 120 km de Colombo, mais il a fondé Tulana à Kelaniya, dans la capitale. Théologien et chercheur, il est le premier non bouddhiste à avoir obtenu un doctorat en études bouddhistes. Il est également diplômé en pali et en sanskrit. Le père Pieris a enseigné dans une vingtaine d’universités prestigieuses, notamment à Cambridge, Londres et Oxford. Il a publié plus de 20 ouvrages et 300 articles spécialisés dans des journaux locaux et internationaux. Il a également fondé un centre éducatif pour enfants malentendants en 1982, avec sœur Greta Nalawatta.

Un dialogue véritable

Un prêtre âgé qui a enseigné au grand séminaire de Colombo confie que le père Pieris est particulièrement reconnu dans l’Église sri-lankaise pour son expérience et son érudition. Le prêtre ajoute que son travail au service de la réconciliation interreligieuse est précieux, et qu’il a enseigné auprès de beaucoup de prêtres catholiques, mais aussi auprès de moines bouddhistes. Avec les années, le centre Tulana s’est développé en accueillant des étudiants de tout le pays et de l’étranger. Le père Rohan Silva, directeur du centre pour la société et la religion, confie que « les contributions du père Pieris au dialogue interreligieux en Asie ont fait l’objet de plusieurs thèses dans plusieurs universités reconnues à travers le monde ». « Selon le père Pieris, l’Asie se caractérise par une religiosité aux multiples visages. Selon lui, un véritable dialogue doit venir du cœur même du christianisme et du bouddhisme », ajoute-t-il. Sanilka Ruwan Perera, une étudiante qui a été accompagnée dans ses études par le père Pieris, se rend au centre Tulana tous les ans avec un groupe d’étudiants pour une retraite spirituelle. « Durant ces moments, nous écoutons le père Pieris pendant plusieurs jours, et cela nous a conduit à changer de vie. C’est un homme qui est à la fois savant et avec une grande foi en Dieu », assure Sanilka, qui enseigne à l’école du dimanche à Negombo. De son côté, Aruna Nonis confie que le fait d’avoir entendu le père Pieris à plusieurs reprises l’a fait avancer dans sa vie de foi. C’est d’ailleurs le prêtre qui lui a suggéré le mot Sachchan pour son site d’actualités – un mot pali qui signifie vérité.

(Avec Ucanews, Kelaniya)


CRÉDITS

DR