Eglises d'Asie

Le gouvernement chinois instaure de nouvelles règles répressives sur le cyberespace

Publié le 07/03/2020




Le gouvernement communiste chinois a instauré, ce dimanche 1er mars, de nouvelles règles sur le cyberespace, qui risquent de renforcer la censure sur les contenus numériques en Chine, en pénalisant toutes les informations et communications en ligne considérées comme « négatives ». Les nouvelles mesures avaient été annoncées en décembre par l’Administration chinoise du cyberespace, chargée de la régulation de l’internet chinois et de la cybersécurité dans le pays. Selon les responsables chrétiens chinois, les nouvelles règles, qui ont été approuvées par le Bureau national de l’information sur internet, restent vagues sur ce qui constitue exactement un « contenu négatif », et risquent d’accentuer l’influence du Bureau national des Affaires religieuses.

Le 1er mars, une série de nouvelles règles a été mise en place par le gouvernement communiste chinois sur le cyberespace, accentuant encore la censure sur le web dans le pays, en pénalisant toute communication ou publication considérée comme « négative » par Pékin. Ainsi, les nouvelles mesures radicales doivent rendre illégales toutes les publications mentionnant l’arrestation de prêtres, la désacralisation d’églises et le démantèlement de croix, qui se produisent fréquemment dans le cadre du contrôle répressif de l’Église locale. Les autorités ont commencé à appliquer les nouvelles règles trois mois après qu’elles aient été inaugurées par l’Administration chinoise du cyberespace (chargée de la cybersécurité et de la régulation de l’internet chinois), dans le but explicite de contrôler les échanges d’informations sur le web et les débats en ligne. Li Dachuan (nom d’emprunt), qui s’occupe d’un site internet paroissial dans l’est du pays, explique qu’on lui a demandé, ce mois-ci, de retirer certains contenus considérés comme « non conformes » et qui vont, selon l’avertissement reçu, « à l’encontre de l’intégration nationale ». « Ces contenus font vivre le site de la paroisse. Les retirer le rendrait moins dynamique et fiable », regrette-t-il, ajoutant qu’il espère régler le problème avec le curé de la paroisse. Le gouvernement affirme que ce nouveau cadre encourage les contenus « positifs » sur le web et s’attaque aux informations « négatives ». Les nouvelles mesures de l’Administration chinoise du cyberespace, développées en huit chapitres, sont détaillées selon les divers secteurs, producteurs de contenus et usagers. Cependant, les nouvelles règles, qui ont été approuvées par le Bureau national chinois de l’information sur Internet, restent vagues sur ce qui constitue un « contenu négatif ». Les contenus négatifs en question concernent par exemple les titres sensationnalistes, certaines informations à scandale de la presse people et autres contenus à connotation sexuelle. En bref, tout contenu qui peut avoir un impact négatif.

Contrôle total

Les nouvelles règles encouragent également la promotion des idéologies nationales comme les « pensées socialistes » du président Xi Jinping. Elles invitent aussi les internautes à défendre « l’unité et la stabilité » du pays, ainsi que la « prouesse économique » chinoise. Les producteurs de contenus doivent également éviter de produire, reproduire ou publier des informations sur « les politiques religieuses nationales » et de « promouvoir les cultes et superstitions ». Si une plateforme en ligne est coupable d’avoir enfreint les règles, elle peut recevoir un avertissement ou être bloquée, et les responsables du site peuvent être poursuivis en justice. Le Quotidien du peuple, organe de presse officiel du parti communiste chinois, a salué les nouvelles règles comme « un bon début pour la gestion de l’internet chinois », en appelant à « chasser les mauvaises graines du cyberespace ». Zhang Baolu, qui s’occupe du site internet d’un diocèse chinois, estime que la définition approximative des « contenus négatifs » réprimés risque de compliquer encore davantage le signalement des violences contre les chrétiens. Il affirme que les autorités lui ont demandé de retirer certains contenus en décembre, quand les nouvelles règles ont été annoncées. « Avant, il était possible de soutenir et de défendre les prêtres détenus par les autorités. Maintenant, ce ne sera plus le cas », ajoute Zhang Baolu, qui estime que le Bureau national des Affaires religieuses, qui contrôle les religions en Chine, va pouvoir étendre son influence avec ces nouvelles normes. « Je crains que les nouvelles communautaires publiées par les médias religieux en ligne se fassent plus rares à l’avenir, voire même qu’elles finissent par disparaître », regrette-t-il. Le père Yang, qui s’occupe d’un site paroissial dans la province de Hebei, dans le nord du pays, dénonce les nouvelles règles comme constituant une violation de la liberté d’expression. « Ce n’est plus un simple encadrement des religions mais un contrôle total », souligne le prêtre, qui ajoute que les nouvelles règles risquent d’avoir un impact considérable sur les Églises en Chine.

(Avec Ucanews, Hong-Kong)


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