Eglises d'Asie

Le gouvernement sri-lankais reconnaît le sanctuaire de Madhu comme site sacré

Publié le 31/10/2019




Le sanctuaire Notre-Dame de Madhu, dans le nord-ouest du Sri Lanka, est considéré par beaucoup de Sri-lankais comme un symbole d’unité nationale. L’église était située en plein cœur de la zone de guerre civile (1983-2009), dans une région contrôlée par les Tigres tamouls. Depuis 1990, le sanctuaire a accueilli de nombreux réfugiés. Alors que les élections présidentielles, prévues le 16 novembre, se rapprochent, le président Sirisena a remis un avis officiel à l’Église locale, déclarant une zone de 120 hectares autour de l’église de Madhu comme faisant partie intégrante du sanctuaire. Un record de 35 candidats se présentent aux élections, dont la campagne est restée centrée sur le thème de la sécurité nationale suite aux attentats du 21 avril.

Le 29 octobre, à seulement deux semaines des élections présidentielles sri-lankaises, le président Maithripala Sirisena a remis des documents officiels à Mgr Emmanuel Fernando, évêque de Manar, en reconnaissant officiellement le sanctuaire Notre-Dame de Madhu parmi les sites sacrés nationaux. Le cabinet du président avait déjà approuvé la proposition du président l’an dernier. Le sanctuaire, un bâtiment de quatre cents ans construit à près de 220 kilomètres au nord de Colombo – au cœur de la zone de guerre civile (1983-2009), dans une région contrôlée par les Tigres de libération de l’Îlam tamoul (plus connus comme les « Tigres tamouls »). Depuis 1990, le sanctuaire a hébergé plusieurs milliers de réfugiés. Il continue d’attirer de nombreux pèlerins et fidèles de tout le pays. L’église, qui a été consacrée en 1944 à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, possède une statue de la Vierge, apportée par les Portugais au XVIIe siècle. Le président Sirisena a déclaré que la zone entourant le sanctuaire serait développée et qu’elle disposerait d’installations modernes, afin que Madhu puisse profiter non seulement aux Sri-lankais mais aussi aux reste du monde. « Je suis heureux de contribuer à reconnaître le caractère sacré du sanctuaire de Madhu », a affirmé le président sri-lankais, qui ne se présente pas aux élections nationales du 16 novembre. « Le pape François est venu au Sri Lanka trois ans après mon élection comme président », a-t-il ajouté devant des évêques et des prêtres rassemblés à Colombo. « Et je suis fier d’entreprendre cela deux semaines avant la fin de mon mandat. » le gouvernement a effectivement remis un avis officiel déclarant que les quelque 120 hectares de terrain entourant l’église faisaient partie du sanctuaire.

Un symbole d’unité

La déclaration a été accueillie avec joie par les catholiques sri-lankais, minoritaires dans un pays majoritairement bouddhiste. Durant les saisons de festivals, des milliers de fidèles campent dans la jungle avoisinante. Le sanctuaire est devenu un symbole d’unité pour le pays, non seulement entre riches et pauvres, mais aussi entre Cingalais et Tamouls, qui rendent souvent visite au sanctuaire et qui y partagent leur nourriture. Nimmi Fernando, qui vient tous les ans en août, est toujours heureux de voir se réunir au sanctuaire des gens de tous horizons et croyances, qui se mélangent sans crainte pour venir participer à divers festivals. « Le sanctuaire est devenu un symbole de l’unité entre les différentes religions, dont les bouddhistes, les hindous et les chrétiens », confie Nimmi Fernando, membre de la Légion de Marie à Negombo. Durant la guerre civile, les Tigres tamouls ont posé des explosifs et des mines sur la zone entourant le sanctuaire. L’église elle-même a été bombardée par les indépendantistes tamouls en novembre 1999, tuant 37 personnes, dont des enfants, et blessé 39 personnes. L’église du Sacré-Cœur, située à côté du sanctuaire, a également subi des dégâts durant les bombardements. En 2008, une mine anti-personnel a également explosé sous un bus, près de Madhu, tuant vingt personnes dont onze enfants. Durant la guerre, l’évêque de Mannar a souvent appelé les deux parties du conflit à ne pas s’en prendre aux civils et à épargner la zone entourant le sanctuaire, mais il n’a jamais été écouté, ni par les Tigres tamouls ni par l’armée. En 2015, le pape François est venu à Madhu, où il a rencontré des victimes de la guerre civile. Le pape y a appelé les Tamouls et les Cingalais à profiter du sanctuaire de Madhu comme un lieu où ils peuvent apprendre à se pardonner.

(Avec Ucanews, Colombo)


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