Eglises d'Asie

Le site archéologique de Taxila : l’héritage oublié de saint Thomas au Pakistan

Publié le 05/09/2019




Le site archéologique de Sirkap, dans la province de Pendjab, est considéré aujourd’hui par de nombreux chrétiens pakistanais comme l’une des principales destinations de pèlerinage du pays. Chaque année, le 4 juillet, plusieurs milliers de fidèles se rendent près des ruines de Taxila, sur le site de Sirkap, pour y célébrer la fête de l’apôtre saint Thomas. Ce dernier, selon la tradition chrétienne, serait passé par le site sur sa route vers l’Inde, afin d’y prêcher l’Évangile devant la cour du roi Gondophares. Pourtant protégé par la loi pakistanaise et classé au Patrimoine mondial de l’Unesco, le site reste trop négligé. Sa rénovation faisait justement partie des thèmes abordés lors de la rencontre, le 4 juillet, entre une délégation de la conférence épiscopale pakistanaise et le premier ministre Imran Khan.

Depuis vingt ans, Abdul Rehman raconte la visite de l’apôtre saint Thomas sur le site archéologique de Sirkap, dans la province du Pendjab. « Les pèlerins chrétiens, les pasteurs, les prêtres, les touristes étrangers et les étudiants en histoire font partie des visiteurs les plus nombreux », explique le guide touristique de 47 ans. « Parmi eux, on compte aussi de nombreux musulmans qui affirment que leurs prières ont été entendues, même si aucun d’entre eux ne le proclamera publiquement. » Abdul Rehman fait partie des quatre membres du personnel du département archéologique de la province pakistanaise, basé à Sirkap, où se trouvent les ruines de Taxila, datant du deuxième siècle après Jésus-Christ. Taxila est connu comme le centre de l’ancien royaume bouddhiste de Ghandara (500 avant J-C. à 200 après J-C.). Les archéologues ont découvert l’emplacement de plusieurs monastères bouddhistes à Sirkap, ainsi que des temples appartenant au jaïnisme, à l’hindouisme et au zoroastrisme. Selon la tradition, saint Thomas serait passé par Taxila sur sa route vers l’Inde. Il y aurait prêché devant la cour du roi Gondophares. Un ouvrage datant du début du IIIsiècle après J-C., connu comme les Actes de saint Thomas, a été découvert en 1822 en Syrie. Le texte affirme qu’au passage du saint, le roi lui donna de l’argent en lui ordonnant de construire un palais royal ; saint Thomas, en revanche, aurait donné tout l’argent en aumône. Selon le texte, quand le roi le découvrit, ce dernier aurait ordonné que le saint soit brûlé vif. Mais le frère du roi, nommé Gad, serait mort peu après puis revenu à la vie par miracle. Le roi pardonna alors au saint et se convertit au christianisme, avec tous les habitants de sa capitale. Aujourd’hui, le site de Sirkap est protégé depuis une loi votée par le Parlement pakistanais en 1975. Sirkap est également classé au Patrimoine mondial de l’Unesco.

La Croix de Taxila découverte en 1935

En 1935, un fermier labourant un champ près des ruines a découvert une croix, qui fut présentée plus tard à l’évêque anglican de Lahore. La fameuse « Croix de Taxila » est aujourd’hui conservée dans la cathédrale anglicane de la Résurrection, dans la capitale du Pendjab. Sirkap fait toujours partie des principaux sites de pèlerinages pour les chrétiens pakistanais. Ainsi, le 3 juillet, chaque année, plusieurs milliers d’entre eux viennent célébrer la fête de saint Thomas à Sirkap, pour y prier et y allumer des cierges. De nombreux baptêmes d’adultes et d’enfants y sont célébrés. Les ruines de Taxila demeurent pourtant l’un des sites sacrés archéologiques les plus menacés, selon le Fonds du patrimoine mondial, qui soutient la préservation des sites architecturaux historiques à travers le monde. Les autorités locales affirment que les fonds manquent pour parvenir à préserver le site convenablement. « Quatre de nos collègues ont été licenciés cette année. Nous faisons de notre mieux pour nettoyer le site et le débarrasser des mauvaises herbes et détritus, tout en assurant la sécurité », explique Abdul Rehman.

Projet de sanctuaire

La rénovation du site faisait partie des principaux thèmes abordés lors de la rencontre, le 4 juillet dernier, entre une délégation de la conférence épiscopale pakistanaise et le premier ministre pakistanais Imran Khan. Mgr Joseph Arshad, archevêque d’Islamabad-Rawalpindi et président de la conférence épiscopale du Pakistan, a proposé de construire un sanctuaire à Sirkap et de payer des impôts fonciers en échange du contrôle du terrain. Le premier ministre a promis d’évoquer le sujet auprès de son cabinet. De son côté, le ministre des Droits de l’Homme et des Affaires des minorités du Pendjab, Ejaz Alam Augustine, salue le projet de construction d’une chapelle et d’un parc à Sirkap. « Ce projet, qui sera lancé en octobre, permettra de renforcer la communauté et de protéger notre héritage », a-t-il déclaré le 17 août à Lahore. « Le Premier ministre est très intéressé par la promotion du tourisme religieux. »

(Avec Ucanews, Taxila)


CRÉDITS

Kamran Chaudhry