Eglises d'Asie

Le zèle des autorités de Langfang contre Noël

Publié le 21/12/2018




Plusieurs régions chinoises, dont la ville de Langfang dans la province de Hebei, dans le nord du pays, cherchent à contrôler méticuleusement les célébrations de Noël, en interdisant par exemple les ventes de décorations ou de sapins de Noël. L’organisation de spectacles de Noël dans les lieux publics, ou de toute autre activité de « propagande religieuse », sont également interdites dans plusieurs régions.

À l’approche de Noël, les autorités chinoises cherchent à contrôler l’organisation des célébrations à travers le pays, dans la lignée de la répression contre les religions qui continue d’augmenter. Dans plusieurs régions du pays, les boutiques et vendeurs de rues sont interdits de vendre certains produits, considérés comme « polémiques ». Les autorités ont également demandé à plusieurs églises « souterraines » – dont des églises domestiques – de n’organiser aucune célébration durant les fêtes. Un communiqué publié le 15 décembre par les autorités de Langfang, dans la province de Hebei, dans le nord de la Chine, demande aux forces de l’ordre « d’interdire tous les symboles de Noël tels que les arbres de Noël ou le Père Noël qui sont placés dans les lieux publics » et de retirer « tous les affiches, vignettes, bannières, pancartes ou panneaux publicitaires liés à Noël ». Les spectacles sur le thème de Noël et toute autre « activité de propagande religieuse » ont également été interdits dans les lieux publics comme les parcs ou les centres commerciaux. Si une telle activité est repérée, elle doit être « surveillée de près et signalée immédiatement », signale le communiqué.

En plus des écoles, des parcs, des centres commerciaux et des zones commerciales, les autorités locales imposent également de surveiller les vendeurs, qui risquent d’être poursuivis s’ils sont suspectés de vendre des sapins de Noël ou autres objet semblable. La fête de Noël devient de plus en plus populaire parmi les jeunes chinois, malgré l’absence de jour férié ou de racines culturelles. Selon les médias locaux, les ventes de « pommes de Noël » ont connu un grand succès l’année dernière auprès du public chinois, faisant d’ailleurs grimper leurs prix. Le quotidien officiel chinois Global Times cite même un étudiant de Chongqing qui en a vendu plus de 4 000 à ses camarades en seulement deux semaines. Certains attribuent le succès de ces ventes à l’affection des Chinois pour les produits Apple tels que l’iphone… D’autres font le lien avec la tradition chinoise : les Chinois appellent la veille de Noël « ping-an ye », qui évoque une nuit paisible et sans danger ; l’expression est également proche du mot chinois pour « pomme », « pingguo ». Cependant, cette année, les autorités semblent moins conciliantes vis-à-vis de Noël. Le communiqué des autorités de Langfang demande en effet à « toutes les forces de l’ordre de prendre très au sérieux cet avertissement et d’en suivre strictement les consignes ». « Durant les fêtes, poursuit le communiqué, en particulier du 23 au 25 décembre, tous doivent rester vigilants et poursuivre des contrôles réguliers ».

Une répression impopulaire

Un fonctionnaire de la province, qui préfère rester anonyme, a assuré auprès du Global Times, le 17 décembre, que « ces actions ne visent pas Noël, mais font partie des efforts des autorités locales pour qu’un lieu tel que Langfang soit vue par l’État comme une ‘ville civilisée’ ». Selon le Global Times, un prix est remis tous les trois ans aux villes qui peuvent se vanter d’une économie forte, d’un bon développement social, d’infrastructures modernes et de services publics de qualité. Selon un professeur de l’université chinoise des sciences politiques et légales, cité par le quotidien chinois, le but des autorités est de mieux contrôler les vendeurs de rue, et non d’interdire Noël dans son ensemble. Plusieurs catholiques assurent de leur côté que la répression menée à Langfang à l’approche de Noël provoque la colère et l’inquiétude du public à tel point que « nous pensons que les autorités risquent d’être forcées de changer de ton ». Cependant, plusieurs groupes n’hésitent pas à affirmer leur soutien au gouvernement. Une vidéo devenue virale montre un groupe de femmes âgées en tenue de camouflage militaire dans les rues de Huaihua, dans la province du Hunan dans le centre du pays, en train de s’en prendre à un commerçant accusé de vendre des décorations de Noël.

L’une de ces femmes est montrée en train de lire un communiqué affirmant que Noël célèbre « la naissance d’un homme étranger » (Jésus) ; elle n’hésite pas non plus à associer la fête de Noël à l’Alliance des huit nations – une coalition militaire de huit puissances étrangères qui s’est formée en 1901 pour contrer la révolte des Boxers –, suggérant que ceux qui célèbrent Noël soutiennent les massacres commis à cette occasion. « Pourquoi devrions-nous célébrer sa naissance, alors qu’il n’a jamais profité aux Chinois », ajoute-t-elle dans cette vidéo qui s’est attiré de vives critiques, y compris auprès des Chinois. Un paroissien de Hebei, du nom de Paul, confie que l’État utilise Noël pour soutenir l’amour de la patrie parmi le public chinois. « Je connais certains lieux qui autorisent les sapins de Noël au nom du patriotisme », précise-t-il. Un prêtre du nord-est du pays, qui tient à rester anonyme, confie que beaucoup d’églises « souterraines » ont reçu des avis leur interdisant de célébrer la messe de Noël, à moins d’en subir les conséquences. Lui-même n’a reçu aucun avertissement de ce genre, mais il ajoute qu’il n’aurait d’autre choix que d’obéir si c’était le cas.

(Avec Ucanews, Hong-Kong)


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