Eglises d'Asie

L’Église bangladaise approuve une nouvelle ordonnance de la Cour Suprême contre les jeux d’argent

Publié le 13/02/2020




L’Église bangladaise s’est réjouie d’une nouvelle décision de la Cour Suprême du pays, qui a annoncé une nouvelle ordonnance demandant l’interdiction complète des jeux de hasard sous toutes les formes, et l’amendement de la loi de 1867 sur les jeux d’argent, votée sous le régime colonial britannique. Le père Liton Gomes, secrétaire de la commission Justice et Paix des évêques bangladais, a approuvé la décision de la Haute Cour. Face à la faiblesse de la loi actuelle et à la corruption, la police bangladaise avoue son incapacité à contrôler la situation. La décision de la Cour Suprême semble être dans la lignée de la nouvelle répression lancée en septembre dernier par le gouvernement de la Première ministre Sheikh Hasina et la Ligue Awami au pouvoir contre les jeux d’argent.

Le 22 septembre 2019, lors d’un raid de la police bangladaise contre un casino illégal de Dacca.

Le père Liton H. Gomes, secrétaire de la commission Justice et Paix de la conférence épiscopale bangladaise, se réjouit d’une décision de la Cour Suprême du Bangladesh, qui a décidé l’interdiction des jeux d’argent sous toutes les formes dans le pays. « Le jeu est un divertissement malsain qui détruit les familles et les personnes touchées. Ce problème peut être surmonté si le gouvernement agit selon les directives de la Cour Suprême », souligne le prêtre, en saluant la décision du gouvernement. Le 10 février, Hassan Arif, magistrat, et Mahmudul Hasan Talukdar, juge de la Cour Suprême, ont ordonné l’interdiction complète, des jeux d’argent sous toutes les formes, y compris les jeux d’intérieur tels que les dés ou les jeux de poker, en les déclarant comme « discriminatoires et destructeurs » parce qu’ils dépendent davantage de la chance que du talent. La Cour Suprême a également ordonné l’amendement de la loi de 1867 sur les jeux de hasard, votée durant le régime colonial britannique, afin de renforcer la punition des transgresseurs et la confiscation du matériel de jeu des propriétaires. La loi actuelle indique une peine de prison jusqu’à trois mois et une amende de seulement 200 takas (2,16 euros) pour les infractions liées aux jeux d’argent. Une loi applicable dans tout le pays sauf dans les régions métropolitaines, dont Dacca.

Dans son ordonnance, la Cour Suprême a également demandé l’interdiction des jeux d’intérieur de 13 clubs privés de la capitale. La décision a été prise en réponse à la pétition de deux juges de la Cour Suprême qui ont demandé l’interdiction des jeux de ces clubs en 2016. « Le jeu entraîne également d’autres crimes y compris la toxicodépendance et le blanchiment d’argent. Cette interdiction permettra de mieux lutter contre ces crimes », ajoute le père Gomes. À cause de la faiblesse de la loi actuelle, la police est souvent incapable d’intervenir, explique Dilip Kumar Biswas, responsable du commissariat de Boraigram, dans le district de Natore. « Dans les régions rurales, on trouve de nombreuses formes de jeux de hasard, et nous organisons souvent des descentes de police. Ceux qui sont arrêtés sont rapidement libérés, et ceux qui parviennent à s’échapper recommencent ailleurs. Souvent, localement, on trouve souvent des personnes influentes qui sont liées aux jeux d’argent, ce qui rend la situation difficile à contrôler », ajoute Dilip Biswas, qui estime qu’un amendement de la loi permettrait de rendre les jeux moins attractifs.

« J’ai vu des gens qui ont tout perdu »

Sumon Ali, un chauffeur routier de 40 ans du district de Rajshahi, reconnaît qu’il a perdu de grosses sommes d’argent à cause de son addiction aux jeux, aux cours des 15 dernières années. « En moyenne, je gagne 40 000 takas [432 euros] par mois, mais en fin de compte, j’arrive à peine à conserver 5 000 takas [54 euros]. Pour moi, les jeux de hasard, c’est une grave addiction dont j’ai longtemps essayé de me libérer, sans succès », regrette Sumon Ali, musulman et père de trois enfants. Face à l’ordonnance de la Cour Suprême et après un éventuel amendement de la loi, il songe à arrêter. « J’ai vu des gens qui ont tout perdu, leurs terres et leurs biens, à cause de leur addiction au jeu. Maintenant, je vais faire tout mon possible pour arrêter », assure-t-il. La décision de la Cour Suprême semble être dans la lignée d’une nouvelle répression du gouvernement contre les jeux illégaux et les casinos, lancée par la Première ministre Sheikh Hasina et la Ligue Awami au pouvoir en septembre dernier. À la demande de la dirigeante, les législateurs ont voté la fermeture des casinos illégaux de Dacca, et les propriétaires ont été arrêtés – la plupart d’entre eux étant des membres et des partisans de la Ligue Jubo, la branche jeunesse du parti au pouvoir. Ceux qui ont été arrêtés ont été chassés du parti et condamnés. Malgré cette nouvelle répression, ces casinos illégaux étaient un secret de Polichinelle, alors qu’ils étaient en activité depuis de nombreuses années, sous le nez de la police et de l’administration bangladaise.

(Avec Ucanews, Dacca)


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