Eglises d'Asie

Les catéchistes, témoins vivants des régions rurales sri-lankaises

Publié le 25/10/2019




Le père Damian Perera, responsable de la catéchèse du diocèse d’Anuradhapura, explique que son diocèse compte 268 catéchistes qui enseignent chaque semaine à l’école du dimanche – l’enseignement de la religion est obligatoire pour tous au Sri Lanka. Les chrétiens représentent environ 7 % de la population sur 20 millions d’habitants, et l’engagement des laïcs comme catéchistes est essentiel pour contribuer à la formation des catholiques dans les régions rurales. Les catéchistes y sont des témoins vivant en milieu majoritairement bouddhiste. Le père Cecil Joy Perera, recteur du séminaire intermédiaire de Daham Sevana, explique qu’ils ont pour modèle l’apôtre du Sri Lanka, saint Joseph Vaz, devenu un modèle pour les catéchistes dans l’Église locale.

Fatima Jothi, une catéchiste sri-lankaise, vit parmi les bouddhistes au village de Kahatagasdigiliya, dans le diocèse d’Anuradhapura, et n’a que peu de contacts avec sa famille. Née à Marawila, dans le diocèse de Chilaw, elle a quitté ses parents et ses proches il y a trente ans pour rejoindre le diocèse d’Anuradhapura comme catéchiste. Fatima, âgée de 53 ans, et son amie Piyaseely Perera, 52 ans, rendent visite aux gens et aident les enfants et les adultes à se préparer à recevoir les sacrements. Fatima Jothi enseigne également à l’école du dimanche à Horowpathana, Mihintale, Ashokapura, Thirappane et Kahatagasdigiliya. « Nous faisons la cuisine ensemble, et notre maison est entourée de bouddhistes ; mais ils nous aiment beaucoup. Nous sommes invitées à tous les mariages du village », explique Fatima, qui parcourt près de 25 kilomètres pour aller enseigner le catéchisme aux enfants. Les deux catéchistes vivent très simplement et aident les plus pauvres au quotidien. Elles accompagnent également les enfants et les jeunes non baptisés pour les aider à se préparer au baptême. « Nous recevons environ 7 500 roupies [42 dollars] par mois, ce qui est peu pour survivre. Mais nous avons donné notre vie sans compter sur des avantages personnels », confie Fatima Jothi. La paroisse Notre-Dame de Lourdes du village de Kahatagasdigiliya compte environ 70 familles catholiques. Le diocèse d’Anuradhapura, à environ 200 kilomètres au nord de Colombo, compte près de 15 000 catholiques sur 1,3 millions d’habitants – les bouddhistes représentant environ 90 % de la population.

Anuradhapura est considéré comme le berceau du bouddhisme au Sri Lanka. C’est l’une des anciennes capitales, et la ville compte un vaste réseau d’anciens temples, monastères et lieux de culte bouddhistes. Tout au long du mois d’octobre, les catholiques sri-lankais ont organisé de nombreux événements afin de célébrer le mois missionnaire extraordinaire. Le 20 octobre, l’Église locale a également marqué la 93e Journée missionnaire mondiale. Le pape François avait annoncé ce mois spécial afin de redynamiser et renouveler l’appel missionnaire dans l’Église universelle, afin de marquer le centième anniversaire de la lettre apostolique du pape Benoît XV sur la mission, Maximum Illud. Le père Damian Perera, écrivain, historien et responsable de la catéchèse du diocèse d’Anuradhapura, explique que le diocèse compte 268 catéchistes qui enseignent dans les écoles du dimanche. « Il y a également cinq catéchistes dans le diocèse qui sont au service des paroisses à plein temps », ajoute le père Perera. « Dans notre région majoritairement bouddhiste, l’église est le seul lieu où les fidèles peuvent affermir leur foi chrétienne. » Presque 70 % de la population sri-lankaise, sur 20 millions d’habitants, sont bouddhistes ; les hindous représentent 15 % de la population, les musulmans 8 % et les chrétiens, majoritairement catholiques, près de 7 %. L’école du dimanche est importante pour l’enseignement du catéchisme, les écoles publiques manquant d’enseignants catholiques. Dans le système sri-lankais, l’enseignement religieux est obligatoire pour tous les élèves. La majorité des élèves étudient le bouddhisme, et les élèves chrétiens étudient également leur religion. Les catéchistes doivent suivre un cours spécial tous les mois et doivent passer un examen en trois parties, ainsi qu’un certificat approuvé par le gouvernement.

Saint Joseph Vaz, modèle pour les catéchistes sri-lankais

Piyaseely Perera est devenue catéchiste en 1989 et sert toujours le diocèse d’Anuradhapura. « Notre mission est de protéger une minorité de catholiques et de les amener à Dieu », explique-t-elle. « Nous formons les enfants, nous les aidons quand ils ont besoin d’aide, et nous les préparons aux sacrements. » Le père Cecil Joy Perera, recteur du séminaire intermédiaire de Daham Sevana, confie que l’histoire de l’Église sri-lankaise se souvient de la période gouvernée par les Hollandais, qui ont fait tout ce qu’ils ont pu pour tenter d’éradiquer le catholicisme dans le pays. Le père Cecil Perera explique que saint Joseph Vaz a été envoyé par Dieu au Sri Lanka pour encourager l’engagement des laïcs. Pour le prêtre, le missionnaire indien était un exemple de zèle missionnaire, qui a aidé les catholiques à garder la foi. Il a parcouru des centaines de kilomètres. Il s’habillait en mendiant afin de se protéger des persécutions religieuses, et organisait des rencontres secrètes la nuit avec les catholiques. Quand il est entré dans le pays, le missionnaire a vu les églises détruites et les fidèles dispersés. Le pape François a fortement contribué à sa canonisation et l’a déclaré apôtre du Sri Lanka en 2015. Depuis, pour l’Église locale, le saint est devenu un modèle pour les catéchistes.

(Avec Ucanews, Colombo)


CRÉDITS

Joegoauk / flickr / CC BY-SA 2.0