Eglises d'Asie

Les catholiques bangladais célèbrent 500 ans de christianisme à Chittagong

Publié le 01/02/2019




Les 7 et 8 février, l’Église catholique du Bangladesh va vivre les célébrations finales du jubilé qui s’est ouvert en 2017 en l’honneur d’un demi-millénaire de christianisme dans le pays. Les célébrations en l’honneur des cinq cents ans de présence de l’Église au Bangladesh auront lieu à Chittagong et à Diang en présence de milliers de fidèles, prêtres et religieux de tout le pays. De nombreux pèlerins d’Inde et de Birmanie participeront à l’évènement, ainsi que le cardinal Filoni, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples.

Durant des siècles, le port de Chittagong, lavé par les eaux du fleuve Karnaphuli, a fasciné et attiré les voyageurs, commerçants, guerriers, rois et prêcheurs de toutes confessions. En 1517, le fleuve a amené un groupe de marchands catholiques portugais au port de Chittagong. La première délégation portugaise est repartie après avoir fait affaires. En 1518, un second groupe de Portugais est arrivé en afin de s’implanter à Chittagong ainsi que dans la ville voisine de Diang, posant ainsi les fondations du christianisme dans l’ancien Bengale oriental, devenu le Bangladesh. « Les Portugais sont avant tout venus pour le commerce, mais ils ont amené avec eux la foi dans le Christ. Ils ont développé la première communauté chrétienne », confie Mgr Moses M. Costa, archevêque de Chittagong. En 1598, le premier missionnaire catholique à mettre les pieds dans le port de Chittagong fut le prêtre jésuite Francesco Fernandez. Deux autres jésuites, les pères Melchior de Fonseca et Andre Boves, ainsi que deux prêtres dominicains, l’ont suivi en 1599, puis un groupe de missionnaires augustiniens au début du XVIIe siècle. Les augustiniens se sont attelés à la conversion de nombreux habitants, pour la plupart des pêcheurs ou des ouvriers portuaires hindous de castes inférieures, ainsi que des esclaves amenés à Chittagong depuis plusieurs États indiens par des navires marchands entre 1622 et 1635. Vers la moitié du XVIIe siècle, la ville de Chittagong et la région comptaient déjà près de 29 000 catholiques.

L’héritage des martyrs

Au XVIIe siècle, l’Église s’est retrouvée face à des tensions politiques et sociales entre l’empire Moghol en Inde, et le royaume Arakan (couvrant une partie de l’État d’Arakan dans la Birmanie actuelle). En 1600, le roi arakanais a ordonné l’invasion militaire de Chittagong et de Diang, vraisemblablement en représailles au soutien de la Marine portugaise à l’empereur moghol durant la guerre entre les Moghols et les Arakanais. Le soutien des Portugais avait joué un rôle crucial dans la défaite de l’armée d’Arakan. Certains historiens attribuent l’invasion des Arakanais à la longue rivalité qui a opposé les Portugais au royaume Arakan pour le contrôle de l’île Sandwip, dans la baie du Bengale. En 1602, l’armée arakanaise a lancé une nouvelle attaque qui a détruit la plupart des églises de Chittagong et de Diang. Durant les raids, les soldats arakanais ont enlevé le père Fernandez. Le prêtre, emprisonné, est mort en captivité le 14 novembre 1602, devenant le premier martyr du Bengale. L’armée Arakan a également enlevé, asservi et torturé le père Boves. L’invasion arakanaise a pris fin en 1602. Les soldats ont massacré 600 chrétiens (hommes, femmes et enfants) dont les corps ont été brûlés à Diang, sur la place où se tiennent aujourd’hui le sanctuaire marial Notre-Dame de Lourdes et l’église Miriam Ashram de Diang. En 1625, les soldats arakanais ont décapité 14 chrétiens portugais de Chittagong pour avoir refusé de renier leur foi. « L’Église est redevable de ces premiers missionnaires et martyrs, qui ont gardé leur foi malgré les persécutions et les difficultés qu’ils ont rencontré. Leur mission et leur martyre ont posé et renforcé les fondations de l’Église », salue Mgr Costa.

Moins d’1 % sur 160 millions d’habitants

En 1845, le Vatican a érigé le vicariat apostolique du Bengale oriental, comprenant le territoire actuel du Bangladesh ainsi qu’une partie des États voisins en Inde et en Birmanie. Mgr Thomas Oliff en fut le premier vicaire apostolique et fut basé à Chittagong puis à Dhaka. De 1866 à 1926, le territoire de Chittagong a été confié au diocèse de Dhaka, puis le diocèse de Chittagong fut créé en 1927. En 2015, le Vatican a créé le diocèse de Barisal. Chittagong a été élevé au rang d’archidiocèse le 2 février 2017, et Mgr Costa fut son premier archevêque. Depuis ses humbles débuts il y a cinq cents ans, l’Église catholique a grandi peu à peu dans le pays grâce à l’œuvre constante des missionnaires étrangers et locaux. Les chrétiens, pour la plupart catholiques, sont près de 600 000 dans le pays où ils représentent moins d’1 % sur 160 millions d’habitants. Ils sont répartis dans huit diocèses et archidiocèses. Outre la majorité Bengalie, la moitié d’entre eux viennent des différentes communautés indigènes.

Une communauté estimée

Malgré leur statut de minorité, les chrétiens sont tenus en haute estime par les musulmans, les hindous et les bouddhistes du pays pour leurs contributions en matière d’éducation et de santé, entre autres. « Les chrétiens ont eu un impact positif sur ce pays. Ils se sont engagés dans les milieux socio-économiques, culturels et politiques, et ils ont gagné l’estime de tous pour leurs services », a déclaré Nirmol Rozario, président de l’Association chrétienne bangladaise. Dans le pays, l’Église gère une université, 11 instituts supérieurs et plus de 500 écoles primaires, collèges et lycées pour plus de 100 000 élèves par an, pour la plupart des musulmans. Les Églises catholiques et protestantes gèrent également 16 hôpitaux et plus de cent cliniques rurales et urbaines, qui accueillent des patients de toutes confessions et ethnies. De son côté, la Caritas bangladaise est l’une des organisations humanitaires les plus importantes dans le pays. Elle agit à travers huit agences régionales où elle mène plusieurs programmes de développement communautaire, de gestion des catastrophes et de développement des ressources humaines.

Un demi-millénaire de christianisme

L’Église catholique à Chittagong a dédié 2017 à « l’année de la mission », afin d’ouvrir la voie aux célébrations du jubilé de 2018, afin de marquer cinq cents ans de christianisme au Bangladesh. Une occasion pour l’archidiocèse de Chittagong d’inviter les catholiques à « renouveler leur foi » durant le jubilé. L’archidiocèse a ainsi organisé de nombreux événements au cours de l’année spéciale, autour de six priorités pastorales. Les célébrations finales du jubilé auront lieu à Diang et à Chittagong, les 7 et 8 février, afin d’honorer le sacrifice des premiers missionnaires et martyrs du pays. Des milliers de fidèles, prêtres et religieux de tout le pays sont attendus ; des pèlerins venus d’Inde et de Birmanie devraient également participer à l’évènement. Les célébrations comprendront des temps de prière, l’eucharistie, un pèlerinage marial, un rassemblement interreligieux et plusieurs programmes culturels. Le cardinal Fernando Filoni, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, sera également présent.

(Avec Ucanews, Chittagong)


CRÉDITS

Ferdinandh Cabrera