Eglises d'Asie

Les catholiques malaisiens en première ligne en faveur du dialogue interreligieux

Publié le 21/09/2019




Face à la montée de l’extrémisme islamiste, en Malaisie comme en Indonésie, le père George Harrison, curé de la paroisse de la Visitation de Seremban, assure que les catholiques sont en première ligne pour défendre le dialogue interreligieux et l’œcuménisme. Le prêtre, membre du ministère de l’Œcuménisme et des Affaires religieuses de l’archidiocèse de Kuala Lumpur, explique que les catholiques sont avant tout engagés au service de l’unité avec les autres confessions chrétiennes. Le père Harrison alerte sur le fait que ces dernières années, il est devenu plus difficile de construire une église, d’acheter un terrain ou d’ériger une croix en Malaisie.

La contribution de l’Église au dialogue interreligieux est essentielle en Malaisie, et les catholiques sont en première ligne pour construire des ponts avec les autres communautés, affirme le père George Harrison, curé de la paroisse de la Visitation de Seremban et assistant du ministère de l’Œcuménisme et des Affaires interreligieuses de l’archidiocèse (Ameia) de Kuala Lumpur. « Dans les diocèses et les paroisses, nous consacrons beaucoup d’efforts au dialogue œcuménique et aux échanges avec les autres religions », confie le prêtre. « Chaque paroisse comporte un ministère qui se concentre sur ces questions essentielles. » Il ajoute que les catholiques malaisiens prennent avant tout à cœur l’unité avec les autres confessions chrétiennes. En fait, précise-t-il, « aujourd’hui, en général, les diverses communautés chrétiennes organisent régulièrement des rencontres ou des sessions de prière œcuméniques ». Le père Harrison explique que « les fidèles peuvent développer un sens d’appartenance à la nation et contribuer profondément au service du pays ». Le but est « d’inspirer les gens à s’entraider et à aimer la Malaisie. De cette façon, nous pouvons défendre la paix et l’harmonie ». En Malaisie, les chrétiens peuvent compter sur des organisations structurées et représentatives comme la Fédération chrétienne de Malaisie (CFM). Cette dernière comprend la Conférence des évêques catholiques de Malaisie (CBCM), le Conseil des Églises (CCM) et la Fraternité chrétienne évangélique nationale (NECF).

« La CFM parraine beaucoup d’évènements interreligieux, comme une rencontre de prière organisée le jour de la fête nationale [le 16 septembre], ou des évènements organisés durant les fêtes de Noël. De plus, des forums, des conférences et des débats sont organisés, auxquels tous sont invités », souligne le prêtre. « Le pouvoir du dialogue soutenu par les chrétiens repose sur les amitiés créées entre les fidèles des différentes religions, que ce soit dans la vie quotidienne ou au travail. Notre but est de construire des ponts, et les catholiques sont en première ligne pour cela. » Pourtant, ajoute-t-il, « ce n’est pas toujours facile, surtout avec nos frères musulmans ». De même, parfois, « certains groupes chrétiens ne prennent pas suffisamment part au dialogue. Cela dit, je pense que peu à peu, tout le monde participe ». « Une autre difficulté que nous rencontrons concerne l’étroitesse d’esprit de certains musulmans. Certains refusent absolument de mettre les pieds dans des églises ou même de prier avec des personnes d’autres religions ; ils se sentent supérieurs. » Comme l’Indonésie, la Malaisie a été confrontée, récemment, à la montée des mouvements conservateurs islamistes. « Des petits groupes sont apparus, qui défendent des idéologies et des enseignements que nous n’entendions pas avant. Construire une église, acheter un terrain ou ériger une croix n’était pas un problème auparavant. Maintenant, cela peut créer des tensions », regrette-t-il. « Même l’usage du mot ‘Allah’ par les chrétiens ne posait pas de problème autrefois. Mais c’est le cas aujourd’hui, tout comme l’organisation de rencontres de prière interreligieuses. » Le prêtre ajoute que, « selon les médias, les autorités islamiques de certains États malaisiens cherchent à interdire aux musulmans de prendre part à de telles activités. C’est quelque chose de nouveau pour notre pays ». « Nous regrettons cette situation. Pour l’instant, rien d’officiel n’est encore sorti. Je suis sûr que les Malaisiens seront capables d’exprimer leur opposition à de telles mesures », assure-t-il.

(Avec Asianews, Kuala Lumpur)


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