Eglises d'Asie

Les chrétiens de Dacca célèbrent la fête de l’indépendance

Publié le 29/03/2019




Près de trois cents catholiques de Dacca, la capitale bangladaise, ont célébré une messe dans l’église de Tejgaon, le centre historique de la capitale, en l’honneur de l’indépendance du pays. Il y a 48 ans, l’indépendance était proclamée par Sheikh Mujibur Rahman, premier Premier ministre du pays et père de l’actuelle Première ministre Sheikh Hasina. Le pays plongeait alors dans une guerre de libération particulièrement meurtrière contre les forces pakistanaises, et entraînant plus de trois millions de morts. Aujourd’hui, les catholiques du pays appellent à continuer de défendre la démocratie et les valeurs fondatrices du pays.

Le 26 mars, les catholiques de Dacca ont célébré une messe dans l’église du Saint-Rosaire de Tejgaon, le centre historique de la capitale, en l’honneur de la fête de l’indépendance du pays. Plus de trois cents personnes étaient présentes. Plusieurs groupes ont également marqué l’occasion en allant déposer des couronnes de fleurs devant le Mémorial national des Martyrs de Savar, près de Dacca, qui commémore les victimes de la guerre de libération du Bangladesh (1971). Les chrétiens, durant la guerre pour l’indépendance du pays, ont non seulement hébergé des milliers d’hindous, mais beaucoup d’entre eux ont perdu la vie dans le combat pour la démocratie et la liberté. Aujourd’hui, de nombreux catholiques affirment par ailleurs que celles-ci font défaut dans de nombreuses régions du pays. Les victimes de la guerre de 1971 ont été honorées le 26 mars lors des cérémonies de commémoration.

Autrefois appelé Pakistan oriental, le Bangladesh, créé il y a 48 ans à l’issue d’une guerre civile meurtrière, compte une population de plus de 160 millions d’habitants. Sheikh Mujibur Rahman, père de l’actuelle Première ministre Sheikh Hasina et premier Premier ministre du pays de 1972 à 1975, a proclamé l’indépendance du Bangladesh le 26 mars 1971, qui fut reconnue le 16 décembre 1971. Suite à la proclamation de l’indépendance, les forces pakistanaises ont lancé une attaque militaire particulièrement sanglante contre la population locale, entraînant près de trois millions de morts, ainsi que plus de 200 000 femmes violées et des milliers de maisons incendiées. Si le conflit a principalement opposé les musulmans pakistanais aux hindous bangladais, la communauté chrétienne a également souffert, alors que près d’un millier de chrétiens ont participé aux combats. Le 26 mars, durant la messe, le père Kamal Corraya, curé de l’église de Tejgaon, a évoqué les victimes de la guerre, dont quinze soldats chrétiens et 150 civils. Durant la guerre, des centaines de temples hindous ont également été incendiés, et des dizaines de prêtres, intellectuels et dirigeants ont été massacrés.

Parmi les morts, se trouvent deux missionnaires catholiques – le père William Evans, américain, de la congrégation de la de la Sainte-Croix, et le père Mario Veronesi, un prêtre xaviériste italien –, ainsi qu’un prêtre local, le père Lucas Marandi, du diocèse de Dinajpur, et une religieuse. « À l’époque nous avons hébergé beaucoup d’hindous dans notre église », explique sœur Mary Nibedita, qui était enseignante durant la guerre et qui participait à la célébration. « Nous avons sauvé beaucoup de vies, et nous avons soigné et nourri les blessés. » Aujourd’hui, la religieuse est infirmière. « Les catholiques ont joué un rôle essentiel pour la construction d’un pays pacifique. Pourtant, nous constatons toujours les traces de ce conflit. Ce n’est pas le pays que nos fondateurs ont voulu. » William Atul Kuluntunu, est catholique et ancien combattant. « Nous avons combattu pour des objectifs clairs. Mais aujourd’hui, ces valeurs ont disparu. Les riches s’enrichissent et les pauvres deviennent toujours plus pauvres. Nous rêvons d’un pays pacifique, mais ce n’est pas encore une réalité », confie-t-il. Pourtant, remarque le père Corraya, « depuis la guerre pour l’indépendance, le pays s’est beaucoup amélioré ». « Il y a même des Biharis [Pakistanais] qui vivent parmi nous comme des Bangladais, et il n’y a pas de problèmes. Les Bangladais ont du cœur. Nous vivons en harmonie et nous accueillons beaucoup de réfugiés », explique-t-il.

(Avec Asianews)


CRÉDITS

Stephan Uttom