Eglises d'Asie

Les Dalits et les minorités ethniques bangladaises toujours victimes de discriminations

Publié le 04/04/2019




Le 10 mars, la branche bangladaise de l’ONG Transparency International a publié une étude révélant que la plupart des Dalits (intouchables) et des minorités ethniques vivant dans le pays sont toujours victimes de discriminations. L’étude a été menée entre février 2018 et février 2019, dans 28 districts du Bangladesh où les communautés Dalits et les populations indigènes côtoient la majorité bengalie au quotidien. Parmi eux, Milan Das, aujourd’hui titulaire d’un diplôme en sociologie et directeur général de Poritran, une ONG locale basée à Satkhuira, qui défend les droits de la communauté dalit, témoigne de sa propre histoire. Selon le gouvernement, les minorités ethniques représentent plus d’1,5 millions de personnes dans le pays, et les Dalits seraient plus de 5,5 millions, sur une population de 164 millions d’habitants.

Selon une étude publiée le 10 mars par la branche bangladaise de l’ONG Transparency International, la plupart des Dalits (intouchables) et des minorités ethniques vivant dans le pays subissent une forme de discrimination et doivent se battre pour défendre leurs droits. L’étude a été menée entre février 2018 et février 2019, dans 28 districts du Bangladesh. Dans la moitié de ces districts, les minorités ethniques vivent parmi la population bengalie, majoritaire ; dans les 14 autres étudiés, des communautés Dalits vivent côte à côte avec les Bengalis. C’est le cas de Milan Das, de la communauté Dalit, qui raconte un épisode douloureux survenu il y a 34 ans. Il avait alors une dizaine d’années, et il se rendait avec deux amis musulmans dans un village du district de Satkhira, dans le sud-ouest du pays, pour y trouver de quoi manger durant leur pause. Le gérant de la boutique, hindou comme Milan Das, a servi deux assiettes à ses amis, mais lui-même n’a été servi que dans un bout de papier journal. Les plats étant épicés, il a demandé de l’eau qui lui a été refusée par le gérant. Celui-ci lui a dit que comme il était dalit, il ne pouvait pas toucher les verres, parce que ce serait « sacrilège ». Milan a saisi un verre d’eau malgré tout afin de boire, déclenchant les la fureur du gérant. « Il m’a battu violemment, et il a obligé ma famille à payer 2 000 takas [24 dollars]. Dans notre quartier, personne n’a pris notre défense, comme si j’avais commis un péché grave », raconte-t-il. La nouvelle s’est répandue dans son école, et des parents d’élèves ont demandé à l’école de le renvoyer, mais celle-ci a refusé. « Les élèves me harcelaient, et les enseignants me méprisaient. Cela me hante encore aujourd’hui. Mais je ne voulais pas abandonner, j’étais déterminé à réussir mon éducation, pour pouvoir me battre pour les droits des Dalits », explique Milan Das, aujourd’hui âgé de 43 ans et père de deux enfants.

Hors castes

Si à cette époque, la plupart des écoles hésitaient à accepter des élèves comme lui, ce n’est plus vrai aujourd’hui. Pourtant, les élèves dalits sont toujours victimes de discriminations. « Les enseignants s’intéressent moins aux élèves dalits. Parfois, certains se demandent pourquoi des enfants de cordonniers viennent à l’école plutôt que d’apprendre le métier de leurs parents », ajoute Milan. Dans le système des castes hindoues, les Dalits sont considérés comme « hors castes », et sont exclus des quatre castes principales – les Brahmanes, les Kshatriyas, les Vaishyas et les Shudras. Selon Banglapedia, l’Encyclopédie Nationale du Bangladesh, beaucoup d’entre eux ont toujours des emplois précaires considérés comme « impurs » comme les travaux dans les plantations de thé, les services funéraires ou la cordonnerie… Durant sa scolarité, Milan Das a rencontré le père Luigi Paggi, un missionnaire italien qui travaille avec les communautés défavorisées et marginalisées de la région depuis plusieurs décennies. « Le père Luigi est un guide pour moi, il a encouragé des centaines d’élèves comme moi à continuer leur éducation, avec son aide. Il a fondé quatre écoles pour les Dalits et il encourage les élèves dalits à travailler pour développer leur communauté », explique Milan. Avec l’aide du père Luigi, il a pu obtenir un master en sociologie. Il est maintenant directeur général de Poritran, une ONG locale basée à Satkhuira, qui défend les droits de la communauté dalit. Milan Das est également conseiller auprès de Bangladesh Dalit Parishad, une organisation qui se bat pour la fin des discriminations contre les Dalits. « Les Dalits subissent toutes sortes de discriminations. Par exemple, certains se sont vus refuser des enterrements dans les mêmes cimetières que d’autres castes », poursuit Milan. « Nous sommes tous citoyens du même pays et nous votons pour nos gouvernements, mais personne ne pense à mettre fin à ces injustices. »

13 recommandations pour une meilleure reconnaissance

Pour Iftekharuzzaman, directeur général de Transparency International Bangladesh, « cette situation est contraire à la Constitution, qui accorde les mêmes droits à tous les citoyens, quelles que soient l’origine, la caste ou la religion. C’est aussi contraire à la politique du pays qui cherche à lutter contre les inégalités socio-économiques ». Le nouveau rapport publié par l’ONG affirme que les Dalits et les minorités ethniques sont forcées de payer des pots-de-vin pour pouvoir recevoir des soins médicaux ou pour bénéficier services sociaux comme les allocations versées aux personnes veuves, handicapées ou âgées, ou encore pour obtenir des titres fonciers ou des licences commerciales. Par ailleurs, le rapport signale que beaucoup d’enfants de minorités « ne peuvent pas recevoir une éducation dans leurs langues maternelles, et celles-ci pourraient s’éteindre ». L’étude de Transparency International a également ajouté une liste de treize recommandations dont une reconnaissance des Dalits et des minorités ethniques par la Constitution bangladaise, et l’amendement de lois existantes pour développer les opportunités d’emplois dont ils peuvent bénéficier. Selon le gouvernement bangladais, les minorités ethniques représentent environ 1,5 million de personnes dans le pays ; les militants et chercheurs indigènes avancent quant à eux un chiffre supérieur à 3 millions de personnes. Par ailleurs, selon une étude du Bureau bangladais des statistiques réalisée en 2011, le Bangladesh compterait plus d’1,5 millions de Dalits ; mais le septième plan quinquennal (2016-2020) du gouvernement bangladais avance un chiffre supérieur à 5,5 millions de Dalits. Sanjeeb Drong, un catholique de l’ethnie Garo et secrétaire du groupe Bangladesh Adivasi Forum, approuve les conclusions du rapport de Transparency International. « Le problème principal vient d’une mentalité discriminatoire et méprisante parmi les autorités et la majorité bengalie », regrette Sanjeeb. « Le gouvernement doit créer un ministère dédié, et il doit reconnaître la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et la convention 169 de l’Organisation internationale du travail relative aux peuples indigènes et tribaux. » Pour Fazle Hossain, un élu parlementaire du Parti des travailleurs du Bangladesh et membre du conseil parlementaire bangladais sur les personnes indigènes et les minorités, estime que les discriminations visant les minorités ethniques « ont des racines historiques » qui « doivent être résolues ». « Nous travaillons sur des amendements constitutionnels et législatifs pour que les droits de ces communautés puissent être protégés », assure-t-il.

(Avec Ucanews, Dacca)