Eglises d'Asie – Pakistan
Les entrepreneurs chrétiens pakistanais face aux discriminations
Publié le 17/10/2019

70 % des chrétiens de Lahore ont des emplois précaires
Pour l’Église locale, le traitement discriminatoire que subissent les chrétiens pakistanais est courant, notamment concernant les opportunités d’emplois ou l’accès à l’éducation, malgré leurs contributions importantes au service du pays. Le gouvernement et l’armée offrent souvent des emplois précaires aux chrétiens – comme des emplois de nettoyage –, une situation qui désole la communauté chrétienne. La semaine dernière, les photographies d’une affiche ségrégationniste dans un immeuble de Karachi sont devenues virales sur les réseaux sociaux. « Vendre ou louer un appartement à des non musulmans dans cet immeuble est interdit », disait l’affiche. En 2014, dans une décision historique de la Cour Suprême, un système de quotas a été mis en place pour les minorités religieuses du pays. La Cour Suprême avait décidé de réserver 5 % des emplois de fonctionnaires aux non musulmans, explique Ijaz Alam Augustine, ministre des Droits de l’homme et des Affaires des minorités de la province du Pendjab. Ce dernier travaille avec les Chambres de commerce du pays pour créer des programmes de formation pour des personnes comme Christopher Javaid. Ce projet fait partie du programme d’émancipation des minorités (Minorities’ empowerment package) introduit par le gouvernement. Pourtant, Munib Akram, le directeur adjoint de la Chambre de commerce et d’industrie de Lahore, a affirmé qu’il n’était pas certain qu’il y ait un seul non musulman parmi ses 25 000 membres. Il a également refusé de commenter la situation que subissent les entrepreneurs chrétiens dans le pays. Selon les organisations de défense des droits de l’homme, ceux-ci sont forcés de cacher leur identité pour poursuivre leur activité.
Les entrepreneurs chrétiens forcés de cacher leur identité
Parmi eux, on compte Salman Peter, qui s’est montré prudent en 2014, en fondant Wali Enterprises, une société de construction basée à Lahore. « Je l’ai appelée d’après mon grand-père. Le titre me donnait aussi une couverture musulmane », explique Salman, qui évite de donner son nom de famille quand il négocie des contrats avec des musulmans. En 2017, il a dû cacher sa foi quand il s’est lancé dans la construction d’un bâtiment de trois étages pour Jamia Ashrafia, une institution éducative musulmane. « Ils me connaissaient seulement sous le nom de Salman. C’est plus facile de travailler avec les clients chiites, qui m’accueillent chez eux. Mais nous préférons travailler avec les diocèses pour éviter toute discrimination », poursuit-il. Christy Munir, professeur émérite au Forman Christian College, une université de Lahore, affirme que 70 % des chrétiens de Lahore ont des emplois précaires comme ouvriers ou agents d’entretien. « Les ressources limitées et la peur de l’échec freinent l’esprit d’entreprenariat au sein de nos communautés », ajoute-t-il. L’an dernier, la Communauté d’affaires du Pakistan (PBC), un groupe de pédagogues et de dirigeants d’ONG, a organisé une formation de six jours pour les entrepreneurs chrétiens du pays. De son côté, le Forman Christian College soutient déjà l’éducation de 900 étudiants non musulmans. L’université cherche ainsi à améliorer le niveau économique de la minorité religieuse, en transformant leurs idées en opportunités, confie Munir, qui fait partie de la PBC. « Le but est de renforcer le réseau des futurs entrepreneurs, pour développer les jeunes talents au sein de la communauté chrétienne pakistanaise. »
(Avec Ucanews, Lahore)
CRÉDITS
Rock Ronald Rozario / Ucanews