Eglises d'Asie

Les espoirs et les misères des jeunes de la métropole de Shenzhen

Publié le 24/05/2019




La ville de Shenzhen, nouvelle métropole moderne au sud de la Chine, aux portes de Hong-Kong, illustre bien la réforme économique entreprise par le pays depuis quarante ans. Efficacité et assiduité y sont vues comme les règles fondamentales pour s’enrichir, dans un climat extrêmement compétitif. Aujourd’hui, malgré tout, de nombreux jeunes se sont découragés et ont perdu confiance. En tant que pôle dynamique et centre financier principal du sud de la Chine, Shenzhen attire de nombreux travailleurs à travers le pays, et des foules d’ouvriers peuplent la mégalopole enrichie. Face au ralentissement de l’économie chinoise et à la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, Shenzhen reste une option de choix pour ceux qui cherchent une vie meilleure.

Le centre de ressources humaines de Sanhe, en banlieue de Shenzhen dans le district de Longhua, est le principal centre de recrutement pour les gens qui viennent chercher un emploi auprès des sociétés industrielles. Près de Sanhe, des dizaines d’agences de recrutement prospèrent également. Des sociétés telles que Huawei ou Foxconn y affichent des campagnes de recrutement pour leurs chaînes de montage. Tous les matins, les usines disposent des bus près des agences. Après s’être inscrits auprès des agences, les demandeurs d’emploi montent à bord directement, à destination des usines en question. Selon la campagne de recrutement de Huawei, seuls les moins de trente ans ayant au moins le baccalauréat sont acceptés.

Un agent de recrutement de Sanhe explique que les demandeurs d’emploi doivent payer 60 yuans (8 euros) pour pouvoir déposer leur candidature, et même s’ils ne parviennent pas à décrocher un emploi, la somme n’est pas remboursée. L’agent affirme que pour les employés qualifiés, de nombreuses opportunités sont disponibles chez Huawei, avec de bons salaires ; mais il ajoute que les plus de trente ans sont licenciés à moins de pouvoir accéder à des postes plus élevés. Il y a plusieurs années, des séries de suicides chez Foxccon ont également mis en cause les conditions de travail. D’anciens ouvriers de la société se sont plaints du rythme effréné de la chaîne de montage. Foxccon, de son côté, affirme que les conditions de travail se sont grandement améliorées ces dernières années. Pourtant, contrairement à leurs aînés qui travaillaient là au début de la réforme économique, les plus jeunes supportent mal les conditions de travail difficiles, intenses et monotones. Les longues journées de travail et les faibles salaires poussent beaucoup de jeunes travailleurs à changer d’emploi fréquemment, et les usines diffusent des campagnes de recrutement tout au long de l’année.

Le cercle vicieux des « dieux » de Sanhe

Des jeunes venus avec espoir ne parviennent pas à vivre correctement, faute d’études et de qualification. Ils finissent par abandonner. Certains traînent dans les rues toute la journée. Découragés par les usines, ils vivent au jour le jour en recherchant des petits boulots payés à la journée. Le reste du temps, ils passent leur temps à jouer dans des cybercafés, à traîner entre eux ou à jouer à la loterie. Une fois à court d’argent, ils se remettent à la recherche d’un emploi temporaire. Le cycle se répète, et gagne d’autres jeunes venus à Sanhe. Pour eux, ce mode de vie est devenu une façon de se protéger contre des conditions de travail difficiles voire dangereuses. Certains d’entre eux deviennent endettés et dépendants aux jeux d’argent. Leur téléphone portable est souvent le bien le plus précieux qu’ils possèdent, mais pour trouver de l’argent, certains sont même prêts à le vendre, quitte à perdre tout contact avec leur famille. « Un jour de travail et trois jours de jeux », c’est le slogan d’une campagne apparue une fois sur les devantures de plusieurs agences de recrutement, avant d’être retirée rapidement après l’intervention des médias locaux et de la police. Cette situation provoque de nombreuses réactions parmi les internautes chinois, entre moqueries et sympathie envers les « Sanhe Dashen » (dieux de Sanhe) ainsi que sont appelés ces jeunes désœuvrés. Les uns estiment que les efforts individuels ne suffisent pas pour s’en sortir dans ce contexte d’injustices et d’inégalités économiques. D’autres demandent s’ils ont baissé les bras ou s’ils ont plutôt été abandonnés par la société.

(Avec Asianews)


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