Eglises d'Asie

Les militants interviennent face au chaos politique

Publié le 22/11/2018




Alors que la crise politique se poursuit pour la quatrième semaine consécutive au Sri Lanka, les membres de la corporation des juristes catholiques sri-lankais, qui dépend de l’archidiocèse de Colombo, supplient les branches exécutive et législative du gouvernement de chercher des solutions basées sur la vérité et sur la justice, tout en leur demandant de faire preuve de retenue. L’impasse politique a été déclenchée le 26 octobre par la décision du président Sirisena de renvoyer son premier ministre Wickremesinghe pour le remplacer par l’ancien président Rajapaksa (photo), puis en tentant de dissoudre le parlement le 9 novembre.

De nombreux militants sri-lankais ont demandé au président Maithripala Sirisena de respecter l’État de droit et la démocratie alors que la crise politique se poursuit depuis presque quatre semaines. Les trois personnalités au cœur du chaos – le président et les deux premiers ministres rivaux, Mahinda Rajapaksa, nommé pour remplacer Ranil Wickremesinghe – sont apparues le 18 novembre pour des premiers pourparlers qui, selon les médias, n’ont rien donné à ce jour. Le président Sirisena a convoqué la rencontre au dernier moment, dans une tentative de restaurer un semblant de normalité dans le pays après que le parlement a adopté plusieurs motions de censure à l’encontre de Rajapasksa, l’homme qu’il avait choisi pour remplacer Wickremesinghe. Deux jours plus tôt, le 16 novembre, les législateurs avaient approuvé une deuxième motion de censure contre l’ancien président Rajapaksa, accusé de corruption et de violations des droits de l’homme dans le cadre de la guerre civile sri-lankaise (1983-2009). Sirisena a encore une fois refusé d’accepter la validité de la motion. Cela a conduit à plusieurs scènes chaotiques au sein du parlement, les soutiens de Rajapaksa ayant jeté de l’eau mêlée de poudre de chili sur leurs rivaux, tout en tentant d’entraver les procédures à l’aide de chaises et d’autres objets. Le parlement a été convoqué le 19 novembre avant d’être ajourné jusqu’au 23 novembre.

L’impasse politique sri-lankaise a commencé le 26 octobre quand Sirisena a renvoyé Wickremesinghe, son partenaire au sein de la coalition de l’opposition lors des élections présidentielle anticipées de 2014, en nommant l’ancien président Rajapaksa comme son successeur. Wickremesinghe a refusé de se retirer, considérant la décision comme anticonstitutionnelle. Le président a réagi en suspendant le parlement le 9 novembre et en appelant à des élections générales. Mais la Cour suprême a rejeté cette nouvelle décision le 13 novembre, suite à la pression d’ONG et de plusieurs partis politiques qui ont demandé un contrôle juridictionnel qui doit être résolu en décembre. La Cour a annoncé la décision provisoire de reporter les élections générales demandées par le président. Elle a également demandé l’annulation de l’annonce de la poursuite des élections au journal officiel. Les critiques affirment que le président n’a le droit de dissoudre le parlement qu’au bout de quatre ans et six mois de mandat. L’affaire doit être entendue à nouveau par la Cour suprême du 4 au 6 décembre. Elle devrait annoncer sa décision finale le 7 décembre.

Consternation de tout le pays devant l’impasse politique

La corporation des juristes catholiques, qui dépend de l’archidiocèse de Colombo, a averti que tout parlementaire qui ne respectait pas ce protocole ne bénéficierait pas de son soutien lors des prochaines élections. Elle a également demandé aux membres du parlement de se comporter dignement au lieu de se moquer du processus politique légal. « Nous invitons nos dirigeants à pratiquer les valeurs de vérité, de respect, de dignité et d’abnégation, des valeurs qui sont défendues à travers le monde, en particulier alors que les yeux du monde entier se tournent vers nous », ont-ils déclaré dans un communiqué publié le 19 novembre. Le père Noel Dias, aumônier de la corporation, soutient que les membres des branches exécutives et législatives doivent essayer d’agir avec plus de retenue et chercher des solutions basées sur ces valeurs. « Si une solution n’est pas bientôt trouvée à cette impasse politique, cela affectera gravement la vie des pauvres dans le pays, dont les perspectives d’avenir risquent d’être brisées », poursuit le père Dias, également avocat.

L’ancien dirigeant Rajapaksa, 73 ans, était le candidat rival de Sirisena, 67 ans, lors des dernières élections générales il y a trois ans. Asoka Obeyesekere, directeur général du groupe Transparence internationale Sri Lanka (TISL), rappelle avec dégoût l’épisode de « jet de chili » à l’assemblée, en soulignant que le pays tout entier était consterné en voyant leurs représentants élus s’abaisser à de telles provocations et gamineries. Asoka ajoute qu’il est impératif que les forces de l’ordre gardent leur indépendance et qu’elles envoient un message clair à ceux qui se croient au-dessus des lois, en rappelant que leurs actions ne peuvent pas être tolérées. « Nous sommes conscients que de la négligence de leur part pourrait entamer de manière irréparable la confiance des gens envers les institutions démocratiques et le maintien de l’État de droit », poursuit Asoka Obeyesekere. Le groupe TISL a demandé au président Sirisena, au porte-parole du parlement, au whip en chef, aux dirigeants des partis politiques et aux autres membres du parlement de s’assurer que les coupables soient sanctionnés et d’empêcher que cela puisse se reproduire.

Mgr Dhiloraj R. Canagasabey, évêque de l’Église anglicane de Ceylan, décrit les actions de Sirisena comme « arbitraires » et confie qu’elles ressemblent à des violations directes et manifestes de la Constitution. « La malhonnêteté intellectuelle et la faillite morale de beaucoup de nos politiciens, en particulier parmi les dirigeants des deux principaux partis politiques du pays, mettent gravement en cause la qualité de gouvernement que nous avons démontrée depuis l’indépendance du pays en 1948 », regrette-t-il. « Les évènements des dernières semaines ont été particulièrement accablants, et ils ont souillé le nom de notre pays à travers le monde entier. En ces temps de difficultés économiques, les autorités ont paralysé le pays encore davantage en reportant l’attention du pays sur des querelles politiques superficielles », poursuit-il. « Nous appelons le président, encore une fois, à dépasser les petits avantages politiques et à respecter les promesses très sérieuses, qu’il a faites à plus d’une occasion, de respecter l’État de droit, d’assurer une bonne gouvernance et de respecter l’esprit démocratique, pour s’assurer que la Constitution soit respectée et préservée. »

(Avec Ucanews, Colombo)


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