Eglises d'Asie

Les militants sri-lankais dénoncent la manipulation des lois antiterrorisme

Publié le 01/03/2019




Ruki Fernando, un militant tamoul pour les droits de l’homme, a été arrêté en 2014 au nom de la loi PTA (Loi relative à la prévention du terrorisme). Le Sri-Lankais, qui continue d’être poursuivi, s’est prononcé contre la loi PTA et le projet de Loi contre le terrorisme (CTA), lors d’une rencontre organisée par le 28 février à l’Institut de la presse sri-lankaise de Colombo. Le 23 février à Batticaloa, une manifestation a également rassemblé de nombreux militants, dont plusieurs prêtres catholiques, contre les deux lois dénoncées comme particulièrement répressives, notamment contre les journalistes, les militants humanitaires, les syndicats et les opposants politiques.

De nombreux militants pour les droits de l’homme au Sri Lanka, dont plusieurs prêtres catholiques, ont manifesté le 23 février à Batticaloa, afin de protester contre la Loi relative à la prévention du terrorisme (PTA) et le projet de Loi contre le terrorisme (CTA). Les manifestants, affirmant que les lois contre le terrorisme sont généralement utilisées contre les journalistes, les militants humanitaires, les syndicats et les opposants politiques comme moyens d’oppression, demandent que le terrorisme d’État et le maintien d’un état d’urgence permanent ne soient pas ainsi légalisés. Sous la Loi de prévention contre le terrorisme (PTA), des centaines de Tamouls ont été emprisonnés sans jugement depuis 2009, depuis la défaite des rebelles tamouls à l’issue de la guerre civile sri-lankaise (1983-2009). Ruki Fernando, un militant tamoul pour les droits de l’homme, a ainsi été arrêté sous la loi PTA en 2014, aux côtés du père Praveen Mahesan, aujourd’hui directeur du Centre pour la paix et la réconciliation de Colombo, la capitale. Pour Ruki Fernando, même le fait d’organiser une manifestation pourrait être considéré comme un acte terroriste par le gouvernement, selon le projet de loi CTA contre le terrorisme.

« Nous devons abroger la loi PTA, particulièrement répressive, et nous devons éviter de voter d’autres lois similaires telles que le CTA », a déclaré Ruki le 28 février, devant des journalistes et militants rassemblés à l’Institut de la presse sri-lankaise (Sri Lanka Press Institute) de Colombo. « Depuis presque cinq ans, une accusation de terrorisme continue de me poursuivre, ma liberté d’expression est toujours limitée et mes appareils électroniques, confisqués, doivent encore m’être rendus », a-t-il témoigné lors de la rencontre, organisée par le groupe Free Media Movement sur le thème « Liberté d’expression et lois terroristes ». « Le projet CTA donne des définitions tellement larges que la loi peut très bien s’opposer aux militants humanitaires et aux journalistes indépendants », a ajouté Ruki Fernando. « Un ministre peut ainsi interdire une organisation ; l’armée et la police peuvent entrer, rechercher et confisquer à leur guise, et la police peut demander à un magistrat d’ordonner l’interdiction d’un rassemblement ou d’un meeting sans permettre aux organisations concernées de se défendre. »

Un environnement répressif

Ruki Fernando affirme que la loi PTA a été utilisée pour arrêter de nombreuses personnes au sein de la minorité tamoule, sur des accusations fragiles. Il ajoute que beaucoup d’entre eux ont subi des détentions et des procès prolongés, voire parfois des actes de torture et des violences sexuelles. « Cette situation entraîne un environnement répressif et dissuade les oppositions démocratiques », dénonce-t-il. Le projet de loi CTA a été présenté au parlement en 2018 par le ministre sri-lankais des affaires étrangères, Tilak Marapana. La loi CTA est censée remplacer et améliorer la loi PTA, en vigueur depuis 1978, et sera bientôt soumise au vote du parlement. Sous la loi PTA, des suspects ont été détenus durant dix à quinze ans, avant d’être innocentés et relâchés au cours des dernières années. La loi a entraîné de graves violations des droits de l’homme comme des arrestations arbitraires, des détentions, et des actes de torture, sans procès. Ruki Fernando affirme que la loi PTA a particulièrement affecté les Tamouls dans le nord et l’est du pays, ajoutant que le projet de loi CTA pourrait faire de même, bien qu’il pourrait également affecter n’importe quel habitant du pays. « La loi PTA doit être abrogée, ainsi que le gouvernement l’a promis il y a trois ans et demi, et le gouvernement devrait retirer le projet de loi, ou bien le parlement doit voter contre », ajoute Ruki. « Il faut absolument que le principal parti politique qui représente le nord et l’est – l’Alliance nationale tamoule – prenne position clairement et fermement contre les deux, la loi PTA et le projet de loi CTA. » Les militants pour les droits de l’homme dans le pays militent depuis des années pour l’abrogation de la loi et ont organisé de nombreuses manifestations. Ermiza Tegal, avocate, assure que le projet CTA donne encore plus de pouvoir à l’armée et à la police. « Cela donne le pouvoir de légiférer au président », ajoute-t-elle.

(Avec Ucanews, Colombo)


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