Eglises d'Asie

Les minorités ethniques des États Karen et Kachin subissent les conséquences des conflits internes

Publié le 05/05/2021




Au 20 avril, plus de 40 000 habitants de l’État Kachin, dans le sud-est de la Birmanie, avaient été déplacés à cause de la reprise des combats entre les militaires et l’Armée nationale de libération Karen (KNLA). Les tensions ont repris le 27 avril suite à la capture d’une base militaire par la KNLA. Au 30 avril, plus de 3 000 Karens ont franchi la frontière thaïlandaise en fuyant leurs villages. Les groupes humanitaires et les chefs Karens affirment que les autorités thaïlandaises leur interdisent d’assister les réfugiés. Les groupes ethniques, dont la KNLA, soutiennent le mouvement prodémocratie birman.

Ces dernières semaines, plusieurs milliers de personnes âgées, d’enfants et de femmes enceintes habitant l’État Karen, dans le sud-est de la Birmanie, ont fui leurs villages en raison des frappes aériennes de l’armée birmane. Au 30 avril, plus de 3 000 Karens avaient déjà traversé la frontière thaïlandaise, alors que les combats devaient se poursuivre selon l’Organisation des femmes Karens (Karen Women’s Organization), qui a précisé que les autorités thaïlandaises ont refusé aux chefs karens et aux ONG d’entrer dans ces zones pour assister les réfugiés. « Les plus vulnérables ont vraiment besoin d’un abri, de nourriture et de médicaments », ajoute le groupe Karen. Le 27 avril, l’armée birmane a repris les frappes aériennes dans les régions contrôlées par l’Armée nationale de libération Karen (KNLA), après la capture d’une base militaire par les troupes de la KNLA. Au 20 avril, plus de 40 000 personnes avaient été déplacées dans le sud-est de la Birmanie, suite aux frappes aériennes et aux tirs d’artillerie dans des zones civiles – selon une information publiée le 30 avril par l’ONU, qui affirme que la situation humanitaire a empiré depuis fin mars, avec des milliers de personnes ayant fui leurs maisons.

Au moins 20 civils ont été tués dans la région, sans compter plus de 25 blessés dans les régions Karen et Bago, entre le 27 mars et le 8 avril. La région du sud-est birman a subi les premières frappes aériennes en près de vingt ans. L’État montagneux n’a connu que des tensions mineures depuis que les trois milices locales, dont la KNU (Karen National Union) – l’un des plus grands groupes ethniques armés –, ont signé un accord national de cessez-le-feu avec le gouvernement et l’armée en octobre 2015. Les tensions ont toutefois repris en 2018 suite au déploiement de six bataillons de l’armée pour contrôler une construction routière – ce qui a poussé plusieurs centaines de personnes à fuir dans la jungle. L’État Karen, avec une population majoritairement chrétienne, a connu plus de soixante ans de conflits entre l’armée et les groupes ethniques armés, qui ont causé plus de 100 000 réfugiés, majoritairement de l’ethnie Karen – dans des camps situés le long de la frontière thaïlandaise. On compte environ 5 millions de Karens sur une population birmane de 54 millions d’habitants. Ils forment le troisième plus grand groupe ethnique après les Bamars et les Shans. Beaucoup de Karens étaient animistes avant l’arrivée des missionnaires chrétiens au XIXe siècle.

Les groupes ethniques soutiennent le mouvement prodémocratie

L’armée birmane a également repris les combats dans l’État Kachin, dans le nord de la Birmanie, également majoritairement chrétien, en déployant des frappes aériennes, l’artillerie lourde et des attaques au sol – en réaction à des postes militaires capturés début mars par la KIA (Kachin Independance Army). La reprise des tensions au Kachin a entraîné plus de 5 800 personnes déplacées, tandis que près de 5 000 habitants restent réfugiés dans les églises et les monastères. Plus de 100 000 personnes ont déjà trouvé refuge dans les camps IDP des États Kachin et Shan depuis juin 2011, suite à la reprise des combats entre l’armée et la KIA après 17 ans de trêve. Sur 1,7 million de Kachins, ont compte une majorité de chrétiens, dont environ 116 000 catholiques.

La KNU et la KIA ont largement soutenu le mouvement prodémocratie contre le régime militaire et le coup d’État, en exprimant publiquement leur solidarité avec le peuple birman. Les militaires ont poursuivi leur répression violente contre les manifestants dans les régions urbaines. Plus de 765 personnes ont été tuées depuis le 1er février, dont au moins 50 enfants, et plus de 3 550 personnes ont été arrêtées en près de trois mois. Les régions occupées par les Kachins, les Chins, les Karens et les Kayahs, qui ont subi l’oppression militaire depuis des décennies, sont majoritairement chrétiennes, même si le christianisme reste minoritaire dans un pays majoritairement bouddhiste. Les longs conflits internes, bien que non liés à la religion, ont fortement impacté les communautés chrétiennes locales. Selon un rapport de la Commission des États-Unis sur la liberté religieuse internationale, publié en 2020, plus de 300 églises ont été ainsi détruites ou endommagées à cause des tensions internes.

(Avec Ucanews)


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