Eglises d'Asie

Les Moken, les « gitans des mers » de Thaïlande, une ethnie en voie de disparition

Publié le 13/06/2020




L’ethnie semi-nomade des Moken de Thaïlande, connue sous le nom de « gitans de la mer », reste défavorisée et risque de perdre ses traditions et son mode de vie. En 2010, le gouvernement thaïlandais leur a promis plusieurs droits fondamentaux dont leurs propres terres, une décision saluée. Mais une décennie plus tard, beaucoup de ces promesses n’ont pas encore été tenues. Au moins 12 000 d’entre eux vivent sur 41 sites situés dans cinq provinces maritimes, sur la côte sud thaïlandaise, au bord de la mer d’Andaman. Beaucoup d’entre eux continuent de mener une vie semi-nomade de chasseurs-cueilleurs, notamment en mer, mais leurs traditions sont de plus en plus menacées.

Les Moken, ethnie semi-nomade souvent appelée « gitans de la mer », déjà marginaux et démunis, sont particulièrement confrontés aux conséquences de la pandémie. Beaucoup d’entre eux s’éloignent de leur culture et de leurs traditions face au tourisme de masse et aux politiques de développement. En juin 2010, une commission gouvernementale de Bangkok avait pourtant promis d’instaurer des zones sociales et culturelles spéciales pour les « gitans des mers » dans le sud du pays, mais beaucoup reste encore à faire. D’autant plus que plusieurs des sites où vivent les Moken ont été désignés comme des zones maritimes protégées, ce qui a limité une de leurs principales sources de revenus et de nourriture, la pêche. « Les gitans de la mer sont chassés de chez eux et de leurs terres ancestrales. Ils ont été privés d’accès à la mer qu’ils utilisaient pour pêcher, alors que plusieurs zones ont été transformées en zones nationales de conservation », déplore un travailleur social, en mission auprès d’eux depuis le tsunami de l’Océan Indien en 2004, qui a entraîné des pertes considérables dans plusieurs communautés Moken.

« Les communautés qui vivent sur l’archipel de Surin, dans la province de Phangnga, n’ont pas le droit de pêcher à proximité ; et puisqu’ils n’ont plus les revenus du tourisme ces temps-ci, ils dépendent des aides », explique Paskorn Jumlongrach, fondateur de Transborder News, une organisation locale qui publie des informations sur les violations des droits de l’homme en Thaïlande. « Le fait de les avoir privés de leurs ressources principales a non seulement été un coup dur pour eux, mais cela a aussi détruit leurs valeurs culturelles, héritées des générations précédentes depuis plusieurs siècles. » Privés de l’accès à la mer, beaucoup d’entre eux ont été forcés de s’installer dans des villages de fortune à l’intérieur des terres, où ils s’efforcent de survivre.

« La pandémie a été un nouveau coup dur »

Mercy Centre, une organisation caritative catholique locale dirigée par le père Joseph Maier, missionnaire rédemptoriste américain, s’occupe de plusieurs projets auprès de la communauté Moken, dans un village de Koh Lao, une petite île située en mer d’Andaman. Avec les années, l’organisation a lancé plusieurs projets de formation auprès des locaux, avec notamment des jardins potagers, dont les produits peuvent être vendus par les villageois sur les marchés locaux. Les volontaires du groupe ont également installé des gouttières dans chaque maison, pour que l’eau de pluie puisse être récoltée et servir d’eau potable pour les habitants qui manquent de ressources en eau. L’organisation catholique gère également plusieurs écoles gratuites pour les enfants, qui reçoivent aussi des repas et des collations gratuites tous les jours, en plus de plusieurs soins afin d’assurer une alimentation et une nutrition correcte. Le Mercy Centre a lancé des alertes à plusieurs reprises sur la situation précaire des « gitans de la mer », dont beaucoup n’ont même pas la citoyenneté thaïlandaise et sont ainsi considérés comme apatrides.

« En raison de leur statut particulier, les Moken sont privés de droits fondamentaux comme la santé et l’éducation », explique l’organisation catholique. « Ici, à Koh Lao, il n’y a aucun établissement médical. Il y a peu d’hygiène, les enfants sont mal nourris et l’économie du village est plus qu’insuffisante pour subvenir à leurs besoins. » L’organisation travaille aux côtés des autorités locales – gouvernement de la province, chefs de villages, enseignants et membres de la communauté – afin d’améliorer leur situation. Mais la pandémie du Covid-19 a été un nouveau coup dur pour les pêcheurs Moken et leurs familles, alors que l’absence de touristes thaïlandais les a empêchés de vendre leurs prises dans les marchés locaux. Pourtant, le tourisme de masse n’a pas été que bénéfique pour eux avec les années, en raison du développement rapide des côtes qui a limité leurs activités traditionnelles en mer. « La politique touristique thaïlandaise est dévastatrice pour eux », assure un travailleur social, membre du Mercy Centre.

(Avec Ucanews, Bangkok)


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