Eglises d'Asie

Les pauvres et les prisonniers, premières victimes de la dernière vague épidémique

Publié le 19/05/2021




La récente découverte d’importants foyers de contaminations en prison, dans les bidonvilles et sur les chantiers de construction a démontré la vulnérabilité de ces populations.

La récente accélération de l’épidémie de Covid-19 en Thaïlande, dans des proportions inédites jusqu’ici, touche principalement les personnes défavorisées et vulnérables, notamment les habitants des bidonvilles, les prisonniers et les ouvriers du bâtiment, selon les chiffres officiels.

La Thaïlande a enregistré 9 635 nouvelles infections le 17 mai, dont 6 853 ont été détectées dans 12 prisons du pays. Dans un seul établissement, la prison centrale de Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande, pas moins de 3 929 détenus ont été testés positifs au virus, selon des responsables.

Les autorités thaïlandaises n’ont commencé à tester les prisonniers qu’après les révélations la semaine dernière de la jeune « Rung » Panusaya, une célèbre figure du mouvement étudiant en faveur d’une réforme de la monarchie, libérée de sa détention préventive le 6 mai. Testée positive au virus covid-19 à l’issue de sa détention, elle a annoncé à la presse avoir contracté la maladie en prison, forçant les autorités sanitaires à prendre des mesures. Les tests ont révélé que des milliers de détenus avaient été contaminés dans deux prisons de Bangkok, dont un établissement pour femmes.

La surpopulation carcérale et l’insalubrité sont des problèmes chroniques du système judiciaire thaïlandais. Des dizaines de prisonniers sont détenus dans de petites cellules où il n’y a souvent pas la place pour de véritables lits, obligeant les prisonniers à dormir par terre côte à côte.

D’autre part, près de 500 personnes ont ​été testées positives au virus sur un grand chantier de construction à Bangkok. Sur les 559 travailleurs vivant dans le camp attenant au chantier, 482 ont été infectés, soit 86 % des résidents.

Ces dernières semaines, plusieurs clusters du virus ont également été détectés dans les bidonvilles surpeuplés autour de Bangkok. Des tests aléatoires réalisés dans ces quartiers ont montré que jusqu’à 10 % des habitants étaient infectés.

Les autorités sanitaires avouent désormais craindre une augmentation incontrôlée du taux de contamination dans les communautés à faible revenu, où les familles nombreuses sont mal équipées pour observer les règles de distanciation sociale.

« J’ai peur. De nombreuses personnes dans mon quartier sont atteintes de la maladie » déclare Supansa Boondee, une habitante d’un bidonville dans le centre-ville, qui gagne sa vie en vendant des plats cuisinés dans la rue. Une vingtaine de personnes ont été testées positives au Covid-19 dans son entourage immédiat le 17 mai.

« Je porte toujours un masque et je me lave les mains », ajoute Supansa, qui vit avec cinq autres personnes dans une petite cahute faites de parpaings assemblés. Mais à part ça, que puis-je faire d’autre pour me protéger ? »

Parmi les habitants de ces zones pauvres à taux d’infection élevé, on compte beaucoup de professions mobiles telles que les livreurs, ou des gardiens de sécurité et femmes de ménages dans les immeubles du centre-ville, ce qui fait craindre que le virus ne se propage très largement à partir de ces communautés.

La Thaïlande, autrefois présentée comme un modèle de réussite de contrôle de l’épidémie, a enregistré plus de 100 000 cas de Covid-19, dont plus de 90 % depuis le mois de janvier.

Certains Thaïlandais pointent un doigt accusateur vers l’administration de l’ancien militaire devenu Premier ministre, Prayut Chan-o-cha. Malgré une gestion réussie du début de la crise sanitaire qui a vu le pays fermer rapidement ses frontières, le gouvernement n’a pas investi dans une véritable politique de vaccination et ne s’est pas procuré suffisamment de doses à temps.

À ce jour, seuls 2 % environ des 69 millions de citoyens du pays ont été vaccinés. Le gouvernement affirme qu’à partir du mois prochain, des dizaines de milliers de Thaïlandais seront vaccinés quotidiennement, mais à ce rythme, il faudra plusieurs mois avant qu’un niveau d’immunité collective ne soit atteint.

Pendant ce temps, des millions de Thaïlandais continuent à souffrir des terribles conséquences économiques des mesures de restriction, des millions d’entre eux ayant perdu leur emploi dans l’industrie du tourisme, un des piliers du pays.

Les travailleurs pauvres du secteur informel sont particulièrement touchés par la crise économique. Supansa, la vendeuse ambulante, a peur de l’avenir : « Dans ma communauté, beaucoup de gens n’ont plus d’argent. Ils sont désespérés. Je souffre aussi parce que mes affaires vont très mal. Je ne sais pas combien de temps nous pouvons continuer comme ça. »

 

(Avec Ucanews)