Eglises d'Asie

Les routiers chinois dénoncent leurs conditions de travail

Publié le 15/02/2019




La mort d’un couple de routiers sur l’autoroute reliant Qinghai au Tibet, sur un plateau situé à près de 4 600 kilomètres d’altitude, reflète les déplorables conditions de travail que vivent plus de 30 millions de routiers chinois au quotidien. Près de 14 millions de camions transportent ainsi 76 % de l’ensemble des marchandises en Chine, chaque routier parcourant une moyenne de 100 000 kilomètres par an. Un mode de transport plus rapide, moins cher et plus flexible que le fret ferroviaire, malgré des journées de travail pouvant s’élever jusqu’à vingt heures par jour.

Ni Wanhui et sa femme Li Chan venaient de célébrer les onze ans de leur fils chez eux, dans la province de Hebei dans l’est de la Chine, et ils avaient pris la route en camion vers le Tibet, par Chongqing et Qinghai. Un voyage de 3 800 kilomètres. Le 27 décembre 2018, la police de Qinghai a trouvé leurs corps sur une section de la route vers le Tibet, connue comme extrêmement dangereuse. La première cause de la mort aurait été l’hypoxie (manque d’oxygène). La section Wudaoliang de l’autoroute qui relie Qinghai au Tibet est particulièrement redoutée des routiers chinois. Sur ce plateau qui s’élève à près de 4 600 mètres d’altitude, les chauffeurs sont en proie au mal des montagnes qui peut entraîner des maux de tête, fatigues, vertiges et pertes de conscience. Pour les routiers chinois, c’est la seule façon d’entrer et de sortir du Tibet. Avant leurs morts tragiques, le couple s’était fait connaître sur Kuaishou, une plateforme populaire locale de partage de vidéos, avec plus de 214 000 abonnés et près de 300 vidéos dans lesquelles ils documentaient leur vie sur la route. Leur mort rappelle les conditions de travail déplorables des routiers chinois, qu’ils doivent endurer quotidiennement. Un travail physique, peu rémunéré et particulièrement stressant. Les chauffeurs qui ont emprunté pour s’acheter leur propre camion ont également la pression de rembourser leur dette au plus tôt, ce qui les force à rester sur la route le plus longtemps possible.

Jusqu’à 400 000 kilomètres par an

La Chine compte trente millions de routiers qui parcourent près de 100 000 kilomètres en moyenne chaque année, certains parcourant jusqu’à 400 000 kilomètres par an. Plus de 14 millions de camions transportent 76 % de l’ensemble des marchandises chinoises, selon les statistiques officielles ; une proportion qui augmente constamment depuis vingt ans. En 2017, les routiers chinois ont ainsi transporté presque 40 milliards de tonnes de fret, soit le double par rapport à 2007. En Chine, le transport des marchandises par camion est moins cher, plus rapide et plus flexible que le transport ferroviaire. Le prix moyen du transport d’une tonne de fret par le train est de 0,2 yuan par kilomètre, contre 0,19 yuans par la route. La vitesse moyenne du réseau ferroviaire de transport de fret était de 35,6 km/h en 2014, contre 60 km/h par la route. De plus, « le transport par camion permet plus de flexibilité dans les heures de départ et d’arrivée, ainsi que des livraisons plus directes », explique Zuo Dajie, professeur associé de l’université Jiaotong du Sud-Ouest, à Chengdu dans le Sichuan, pour le département de la logistique et des transports.

En raison des restrictions sur les chargements et de la densité du trafic en journée, les routiers commencent souvent leur travail au milieu de la nuit, pour mieux éviter les amendes arbitraires imposées par la police. Les journées de travail peuvent ainsi durer jusqu’à vingt heures, et un routier peut continuer à ce rythme durant un mois entier avant de rentrer chez lui pour un temps de repos. Sur les routes chinoises, on rencontre ainsi de plus en plus de couples de routiers comme Ni Rising et Li Chan, en raison de la hausse de la demande qui entraîne la montée des coûts et des distances plus longues. Selon un rapport de recherche sur les routiers chinois publié en décembre 2018, 36 % des couples de routiers travaillent ensemble. Leur but étant de partager les coûts, de rester ensemble et de se protéger mutuellement. La Fédération nationale des syndicats de Chine, consciente du problème, a lancé une vaste campagne de recrutement en avril 2018, afin de mieux représenter les routiers chinois. À ce jour, cependant, ces derniers en ont peu bénéficié. Depuis, ils ont donc organisé deux grèves nationales, en juin et en novembre 2018, ainsi que d’autres manifestations locales à travers le pays.

(Avec AsiaNews)


CRÉDITS

Daniel Case