Eglises d'Asie

Les secteurs de la pêche et du textile toujours concernés par l’exploitation des travailleurs étrangers

Publié le 13/03/2020




Malgré de multiples promesses de mesures permettant de mettre fin aux violations des droits des travailleurs en Thaïlande, le marché du travail reste confronté à la traite des personnes et à l’exploitation, dénoncent les organisations humanitaires engagées dans le pays. « La Thaïlande est toujours un pays où les travailleurs sont abusés et exploités. C’est particulièrement le cas dans les secteurs du textile et de la pêche », confie Esmeralda Lopez, du Forum international des droits du travail. La Thaïlande, puissance économique majeure en Asie du Sud-Est, reste visée par les critiques depuis des années face au manque de mesures adéquates pour enrayer l’exploitation des travailleurs étrangers

Les autorités thaïlandaises font toujours l’objet de critiques de la part des organisations humanitaires, concernant les nombreux abus qui sont toujours une réalité quotidienne au sein des secteurs de la pêche, de l’agriculture, du bâtiment et du textile, malgré l’engagement et les promesses du pays contre la traite des personnes et autres exploitations. De nombreux travailleurs migrants viennent de Birmanie, du Laos ou du Cambodge, et occupent des emplois peu ou non qualifiés dans différents secteurs du marché du travail en Thaïlande, dont beaucoup illégalement. Sans véritable protection juridique, beaucoup d’entre eux se retrouvent à devoir supporter de longues journées de travail pour une faible rémunération, dans des conditions dangereuses et insalubres. Ces dernières années, on a compté de nombreuses affaires dévoilant des conditions de travail s’apparentant à de l’esclavage, en particulier dans le secteur de la pêche, avec des bateaux qui restent parfois en mer durant plusieurs semaines d’affilée. « Les réformes du gouvernement thaïlandais concernant la pêche sont loin d’avoir résolu les problèmes », dénonçait Brad Adams, directeur d’Human Rights Watch pour l’Asie, en 2018. Des nombreuses organisations ont appelé l’Union européenne à « utiliser son influence sur le marché de la pêche, en tant qu’importatrice, afin de faire pression pour l’amélioration des conditions des pêcheurs travaillant sur les chalutiers thaïlandais », assure Brad Adams.

En réponse à une menace de l’UE d’interdire l’importation des produits de la pêche thaïlandaise, le gouvernement a promis de contrôler les abus. Deux ans plus tard, pourtant, le problème est toujours aussi répandu, selon le groupe SWG (Thai Seafood Working Group), une coalition humanitaire qui lutte contre le travail forcé et autres pratiques abusives. SWG a demandé au département d’État américain de pénaliser la Thaïlande dans son prochain rapport annuel sur la traite des personnes, face au manque évident de progrès pour la protection des travailleurs. Dans son rapport précédent, publié en 2019, le département d’État des États-Unis a classé la Thaïlande en « Tier 2 » (la catégorie la plus basse étant « Tier 3 »). Le rapport avait recommandé aux autorités thaïlandaises de concentrer leurs efforts contre la traite des personnes. De nombreux groupes se sont opposés à ce classement en « Tier 2 », en affirmant que les efforts du pays sont encore loin d’être suffisants. Dans un nouveau rapport, l’Organisation internationale du travail (OIT) a signalé que d’après un sondage réalisé auprès de 470 travailleurs non qualifiés, on compte près de 10 % de Thaïlandais, de Birmans ou Cambodgiens, employés dans le secteur de la pêche, qui ont été victimes de travail forcé. « Cela semble indiquer que dans le pays, plusieurs dizaines milliers de travailleurs employés dans le secteur de la pêche travaillent dans des conditions semblables. C’est inacceptable », ont dénoncé les chercheurs dans le rapport de l’OIT.

(Avec Ucanews, Bangkok)


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