Eglises d'Asie

Les travailleurs laotiens, cambodgiens et birmans affectés par la fermeture des frontières thaïlandaises

Publié le 18/09/2020




Les frontières thaïlandaises sont toujours fermées pour plusieurs millions de travailleurs Laotiens, Cambodgiens et Birmans qui ont été privés de travail depuis le début de la pandémie. Alors que de nombreux secteurs de l’économie thaïlandaise, dont la pêche, l’agriculture et l’hôtellerie, embauchent massivement les travailleurs migrants, souvent dans des conditions difficiles, les autorités continuent d’imposer des restrictions exigeantes aux frontières, dans le but de freiner les risques de contagion. Avant la pandémie, on comptait près de 5 millions de travailleurs migrants dans le pays.

Les mesures qui se maintiennent en Thaïlande contre la pandémie pèsent lourdement sur l’économie et sur l’emploi.

Les migrants laotiens, cambodgiens ou birmans qui veulent entrer en Thaïlande pour chercher du travail se retrouvent démunis face aux autorités qui maintiennent un contrôle renforcé aux frontières et des mesures draconiennes contre le Covid-19. Faute d’opportunités d’embauche, de nombreux travailleurs migrants des pays voisins cherchent à travailler en Thaïlande, mais se retrouvent confrontés à la fermeture des frontières et aux interventions policières contre les migrants illégaux. Parmi les affaires récentes, le 13 septembre vers une heure du matin, la police thaïlandaise a arrêté un groupe de 14 migrants laotiens dans la province d’Ubon Ratchathani, qui borde le Laos, dans l’est du pays. Les Laotiens, sept femmes et sept hommes, voyageaient de nuit dans une camionnette dans le but de rejoindre Bangkok. Selon la police, ils étaient entrés dans le pays par bateau via le fleuve du Mékong, qui sépare le Laos de la Thaïlande. Les migrants auraient avoué à la police avoir payé 4 000 bahts (109 euros) chacun à des courtiers qui leur avaient promis des embauches en Thaïlande. La veille, la police aux frontières avait détenu 12 Cambodgiens qui étaient entrés illégalement dans le pays, dans l’est de la Thaïlande.

Les frontières du pays sont fermées depuis six mois pour la plupart des habitants des pays voisins. Les Cambodgiens arrêtés auraient expliqué aux autorités qu’ils ne parvenaient pas à trouver de travail chez eux, dans la ville cambodgienne de Poipet, et qu’ils n’avaient plus d’argent, ce qui les avait poussés à tenter leur chance en Thaïlande. « Plusieurs milliers de Cambodgiens espèrent voir la réouverture des frontières le plus tôt possible, afin de pouvoir revenir travailler en Thaïlande », a déclaré le Bangkok Post. De nombreux migrants laotiens, cambodgiens et birmans ont été arrêtés ces derniers jours après être entrés illégalement dans le pays, toujours dans le but de venir chercher du travail, après un confinement prolongé qui a affecté plusieurs millions de personnes aux bas revenus, y compris parmi les travailleurs migrants.

Un marché du travail vulnérable

Les conditions de travail en Thaïlande, l’une des économies les plus florissantes d’Asie du Sud-Est, peuvent être particulièrement difficiles pour les ouvriers et les employés à revenus modestes. Pourtant, plusieurs millions de personnes défavorisées continuent de venir des pays voisins pour chercher du travail, faute d’opportunités comparables dans leur pays d’origine. Avant la pandémie, on comptait près de cinq millions de travailleurs migrants dans le pays, dont beaucoup étaient embauchés dans des conditions irrégulières et illégales, selon l’Organisation internationale pour les migrants (OIM) de l’ONU. « Sur les quatre à cinq millions de migrants estimés en Thaïlande, on en compte entre 1 et 2,5 millions qui sont dans une situation illégale », selon l’OIM, qui souligne que les secteurs comme la pêche, l’agriculture, l’hôtellerie, le travail domestique et l’industrie emploient largement les migrants étrangers. « Les coûts élevés, les longues attentes et les procédures administratives découragent beaucoup de migrants désirant travailler légalement en Thaïlande », explique l’agence de l’ONU. « Le manque de contrôle a également favorisé des problèmes majeurs comme des conditions de travail déplorables, des situations d’exploitation, de trafic d’êtres humains et de crime organisé. »

La Thaïlande joue un rôle clé pour l’économie de la région en fournissant du travail à plusieurs millions de Laotiens, de Birmans et de Cambodgiens, qui forment la majorité des travailleurs migrants dans le pays, et qui sont attirés par des opportunités d’emploi et des salaires plus élevés. Pourtant, face au Covid-19, la Thaïlande continue d’imposer des restrictions exigeantes par crainte de la contagion. Le pays n’a enregistré officiellement aucun nouveau foyer de contagion depuis plus de trois mois. Mais le maintien des mesures sanitaires pèse lourdement sur l’économie et sur la situation de plusieurs millions de personnes. Les secteurs clés de l’économie nationale comme le tourisme, le tertiaire et la production industrielle ont été fortement affectés. Selon les experts, l’économie thaïlandaise risque de reculer de près de 10 % cette année. « La pandémie pèse sur l’économie, en particulier concernant les dépôts de bilan et le taux de chômage », confie Yunyong Thaicharoen, vice-président du think tank Economic Intelligence Centre, qui dépend d’une banque thaïlandaise, la Siam Commercial Bank. « Avec un marché du travail aussi vulnérable, le nombre de personnes licenciées ou manquant de travail pourrait atteindre entre 3 et 5 millions durant les prochains mois. »

(Avec Ucanews, Bangkok)


CRÉDITS

Patipat Janthong/Bangkok Post