Eglises d'Asie

Les travailleurs migrants et réfugiés en Malaisie particulièrement exposés face à la crise

Publié le 27/06/2020




Alors que l’économie malaisienne, l’une des plus fortes dans la région, est fortement soutenue par les travailleurs migrants (qui représentaient 38 % de la population active en 2018), le gouvernement cherche à soutenir en priorité les citoyens malaisiens en recherche d’emploi, affectés par la crise sanitaire. L’économie malaisienne a déjà souffert de la pandémie : entre janvier et mars, la croissance a chuté de 2 % par rapport au trimestre précédent, et les analystes prédisent un recul de presque 3 % du PIB cette année. La production industrielle a baissé de 32 %, et les exportations de 24 %. La décision des autorités risque d’empirer la situation économique des travailleurs migrants, venus majoritairement du Bangladesh, de Birmanie ou d’Indonésie.

Un marché philippin à Kota Kinabalu (Sabah, Bornéo). De nombreux travailleurs migrants en Malaisie sont vulnérables face à la crise.

Le gouvernement malaisien a annoncé qu’aucun travailleur étranger ne pourra décrocher d’emploi en Malaisie jusqu’à la fin de l’année, afin de soutenir les citoyens malaisiens en recherche d’emploi. « Nous essayons de réduire la proportion des travailleurs étrangers au sein de la population active, en plus de la priorité qui est donnée aux citoyens malaisiens, afin de mieux préserver les emplois », a déclaré M. Saravanan, ministre des Ressources humaines de Malaisie. La décision risque d’empirer la situation économique des travailleurs migrants venus du Bangladesh et de Birmanie, entre autres. Avant la crise sanitaire, on estimait environ deux millions de travailleurs étrangers dans le pays, selon les chiffres du gouvernement – bien que certains observateurs affirment que le chiffre réel est près de deux fois supérieur aux statistiques officielles, alors que beaucoup de migrants travaillent illégalement. La Malaisie reste une destination de choix dans la région, pour les travailleurs migrants venus des pays plus pauvres, en particulier des pays majoritairement musulmans comme l’Indonésie et le Bangladesh. Mais l’économie malaisienne a déjà souffert de la pandémie. Durant les trois premiers mois de l’année, la croissance économique dans le pays a chuté de 2 % par rapport au trimestre précédent. Les analystes prédisent un recul de presque 3 % du PIB cette année. La production industrielle a baissé de 32 %, tandis que les exportations ont chuté de près de 24 %. De même, le taux de chômage a atteint 5 % en avril – le pire taux depuis plusieurs décennies dans le pays –, et il devrait continuer d’augmenter pour atteindre environ 7 % d’ici la fin de l’année. Cette situation a entraîné beaucoup de nouveaux demandeurs d’emploi parmi les travailleurs migrants défavorisés, sans aucune perspective d’embauche.

Beaucoup d’entre eux se laissent aller au désespoir – au moins huit travailleurs migrants qui ont perdu leur travail, originaires de Birmanie, se sont suicidés récemment selon les médias locaux. L’essentiel de l’économie malaisienne, l’une des plus fortes dans la région, est soutenu par les travailleurs migrants, qui représentaient 38 % de la population active en 2018, selon le Département des statistiques de Malaisie. Les migrants bangladais, indonésiens ou birmans sont régulièrement employés pour des tâches laborieuses et mal payées. Beaucoup d’entre eux sont confrontés à de nombreuses difficultés et aux discriminations. Ces derniers mois, ils ont également été accusés par la population active d’avoir apporté le Covid-19 dans le pays. À ce jour, le pays compte presque 8 600 cas confirmés pour 121 décès. Des commentaires hostiles ont été remarqués particulièrement sur les réseaux sociaux, contre les Rohingya qui ont fui la Birmanie pour se réfugier en Malaisie. Ces dernières semaines, les autorités malaisiennes ont organisé des descentes de police auprès de plusieurs communautés de migrants à Kuala Lumpur, et plusieurs centaines de migrants et demandeurs d’asile ont été détenus. Depuis début mai, les autorités ont également renvoyé plusieurs dizaines de bateaux transportant des réfugiés Rohingya venus du Bangladesh. Les mauvais traitements des autorités civiles ont amené Human Rights Watch et d’autres organisations à demander au gouvernement d’accorder aux demandeurs d’asile Rohingya l’autorisation d’entrée dans le pays.

(Avec Ucanews, Kuala Lumpur)


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