Eglises d'Asie

L’État Karen troublé par les tensions alors que la Birmanie célèbre le Nouvel An Karen

Publié le 16/01/2021




Le 13 janvier, le Nouvel An Karen commémorait l’année 2760 de l’ère Karen. Tous les ans, les catholiques Karen participent aux célébrations en organisant des messes et des danses traditionnelles. Le Nouvel An Karen est célébré en Birmanie depuis 1938, afin de soutenir l’unité nationale et promouvoir la culture et les traditions de l’ethnie Karen. Cette année, malgré la pandémie, Mgr John Hsane Hgyi, évêque de Pathein dans la région d’Ayeyarwady, a célébré une messe en langue Karen afin de marquer la nouvelle année, tandis que la radio catholique Karen RVA a diffusé des chants traditionnels.

Des jeunes Karens en 2018, lors de danses traditionnelles organisées chaque année pour célébrer le Nouvel An Karen.

Les catholiques Karens font partie des groupes ethniques qui participent tous les ans aux célébrations du Nouvel An Karen, en organisant des messes et des danses traditionnelles dans plusieurs régions du pays, notamment dans l’État Karen (ou Kayin) et à Rangoun. La fête représente tous les ans une occasion de soutenir l’unité nationale et de protéger la culture et les traditions Karens. Cette année, la commémoration de l’année 2760 de l’ère Karen, qui tombait le 13 janvier, a été célébrée malgré le Covid-19, avec des événements et des rassemblements limités, selon les protocoles sanitaires en vigueur en Birmanie. Mgr John Hsane Hgyi, évêque de Pathein dans la région d’Ayeyarwady, à l’ouest de Rangoun, a notamment célébré la messe en langue Karen afin de marquer la nouvelle année, tandis que la radio catholique Karen RVA a diffusé des chants traditionnels. Des célébrations brèves ont également eu lieu à Rangoun et à Hpa-an, la capitale de l’État Karen, où le drapeau Karen et le drapeau de la République de l’Union du Myanmar – le nom officiel de la république birmane – ont été érigés et salués.

Une région troublée par les tensions ethniques

Les Karens célèbrent leur Nouvel An depuis 1938. Ils se seraient installés dans la région depuis le plateau tibétain il y a plusieurs siècles. Aujourd’hui, ils sont majoritairement des fermiers concentrés dans les collines de l’État Karen, dans l’est du pays, et dans le delta de l’Ayeyarwady. Certains se sont également installés à Rangoun et dans les autres grandes villes afin de chercher du travail. Les Karens sont environ 5 millions dans le pays sur près de 54 millions d’habitants, et représentent le troisième plus grand groupe ethnique en Birmanie après les Bamars et les Shans. La majorité d’entre eux sont bouddhistes, mais on compte également environ 15 % de chrétiens Karens. Beaucoup d’entre eux étaient animistes à l’arrivée des missionnaires chrétiens au XIXe siècle. À l’occasion du Nouvel An Karen, la Conseillère d’État Aung San Suu Kyi a appelé à soutenir l’État de droit en Birmanie en travaillant « pour la liberté, l’égalité et la justice au sein de l’Union ». Pour cela, « nous avons besoin de la participation et de la pleine coopération des habitants de l’État Karen », a-t-elle ajouté, en soulignant que « le gouvernement de l’Union désire la paix durable et le développement de l’ensemble de l’Union, à commencer par l’État Karen », a-t-elle ajouté.

La dirigeante birmane a délivré un message de paix et d’unité malgré la montée des tensions dans l’État Karen depuis décembre, avec presque 4 000 personnes déplacées. Les derniers combats ont amené plusieurs milliers de villageois à manifester pour la fin des hostilités dans la région, qui a vu plus de soixante ans de conflits entre la Tatmadaw (le nom officiel de l’armée birmane) et les rebelles Karens. En octobre 2015, quand trois milices locales, dont l’Union nationale Karen (KNU), ont signé un Accord national de cessez-le-feu (NCA) avec le gouvernement et l’armée, la région est pourtant redevenue relativement paisible. Mais les tensions sont revenues en 2018 quand l’armée a envoyé six bataillons afin de superviser la construction d’une route, ce qui a provoqué de nouveaux affrontements qui ont poussé près de 600 personnes à fuir dans la jungle. Le père d’Aung San Suu Kyi, le général Aung San, qui a mené le pays vers l’indépendance, est parvenu à un accord concernant l’autonomie et le fédéralisme avec les Kachins, les Shans et les Chins en 1947, sans parvenir à convaincre les autres groupes ethniques. Il a été assassiné peu après, le 19 juillet 1947, et l’accord n’a jamais été respecté.

(Avec Ucanews, Mandalay)


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