Eglises d'Asie

L’État Shan, nouvelle plaque tournante du trafic de méthamphétamine

Publié le 11/01/2019




Dans l’État Shan, les trafics de drogue et les conflits ethniques sont étroitement liés depuis les années 1950. Les rebelles séparatistes et les groupes ethniques armés dépendent directement des bénéfices engendrés par les trafics de drogue. Afin de protéger ses investissements et ses intérêts géopolitiques, Pékin entretient des relations « pragmatiques » avec les principaux acteurs du trafic.

Situé à la frontière de la Chine, dans l’est de la Birmanie, l’État Shan est devenu la nouvelle plaque tournante de la production de méthamphétamine dans le monde, une drogue de synthèse et un stimulant puissant qui accélère le système nerveux central. Aujourd’hui, les Nouvelles routes de la Soie lancées par Pékin (Belt and Road Initiative – BRI) prennent le risque de soutenir les groupes armés et les organisations criminelles qui supervisent le trafic dans le « Triangle d’or », alors que la région est la seconde plus grande productrice d’héroïne dans le monde, selon un rapport publié le 8 janvier par l’ICG (International Crisis Group), un think-tank basé à Bruxelles. Le rapport d’ICG souligne les intérêts de la Chine et les relations complexes qu’elle entretient avec les principaux acteurs de la production et de la vente de drogue dans la région. Dans l’État Shan, les trafics de drogue et les conflits ethniques sont étroitement liés depuis les années 1950, en particulier dans le nord de l’État. La survie des groupes militants engagés dans les conflits armés qui secouent la région dépend directement de ces activités illégales. Ces groupes comprennent les séparatistes comme l’UWSA (Armée pour un État Wa unifié) et l’Armée de l’alliance démocratique nationale (NDAA), ainsi que les milices engagées par l’armée birmane pour combattre les rebelles.

Avec les années, la situation a évolué dans l’État Shan. La production de drogue a connu trois étapes principales. Entre les années 1950 et 1990, la production d’héroïne était dominante. À partir des années 1990, la production d’opium a diminué fortement suite à l’interdiction imposée par les militants de l’UWSA. Depuis 2010, la production de méthamphétamine a remplacé l’héroïne. L’instabilité de la région a favorisé cette évolution, en partie due à la corruption et à la hausse de la consommation domestique. L’année dernière, les autorités birmanes ont saisi une quantité record de méthamphétamine. En janvier 2018, l’armée birmane et la police ont saisi 30 millions de pilules « Yaba » (un mélange de méthamphétamine et de caféine), 1 750 kilogrammes de « crystal meth » et plus de 500 kilogrammes d’héroïne, pour une valeur évaluée à 54 millions de dollars.

Un marché évalué à 40 milliards

Ces deux dernières années, des saisies de chargements de drogue provenant du Triangle d’or ont également eu lieu dans d’autres pays : 2,1 tonnes en Australie, 1,6 tonne en Indonésie et 1,2 tonne en Malaisie. Les experts estiment que ces saisies représentent environ 10 % du trafic total, ce qui suggère une production annuelle de 250 tonnes environ. Dans l’ensemble de la région du Mekong, la valeur du trafic total est évaluée à près de 40 milliards de dollars par an. Les analystes de l’ICG affirment que la Chine, dont proviennent la majorité des composants chimiques des drogues de synthèse produites, n’a pratiquement jamais effectué d’opération antidrogue sur la frontière avec la Birmanie. Selon certains observateurs, cela s’explique par les relations « pragmatiques » qu’entretient Pékin avec les groupes armés à la tête des trafics dans l’État Shan, une attitude destinée à protéger les milliards investis par la Chine dans le couloir économique sino-birman. En fait, les trafics de drogue bénéficieront des accords qui doivent être signés par les deux pays. Le sud de la Chine et le Golfe du Bengale auront en effet un meilleur réseau routier et ferroviaire, entre Kunming, au Yunnan (Chine), et Kyaukpyu, dans l’État d’Arakan (Birmanie). Selon le rapport de l’ICG, « dans l’histoire récente du Triangle d’or, le développement du commerce et l’amélioration des infrastructures a plutôt eu tendance à multiplier les opportunités pour les trafics illégaux ».

(Avec Asianews)


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