Eglises d'Asie

L’ONU et les pays de l’Asean inquiets face à l’escalade des violences en Birmanie

Publié le 05/03/2021




Les manifestants poursuivent leur opposition tandis que la junte semble déterminée à maintenir une répression toujours plus féroce. Le 3 mars, le pape François a à nouveau appelé au dialogue en dénonçant la répression en cours. Plusieurs pays occidentaux ont annoncé des sanctions contre les généraux birmans. Ces derniers ont réagi en affirmant que « nous avons appris à avancer avec seulement quelques amis. » Ces « amis » seraient principalement la Chine, ainsi que les pays de l’Asean qui restent prudents, même s’ils ont appelé à mettre fin aux violences et à libérer les prisonniers politiques.

Le 9 février 2021, quelques jours après le coup d’État, des enseignants manifestent à Hpa-An, dans l’État Kayin.

Ce mercredi 3 mars, au moins 38 personnes sont décédées en Birmanie dans les diverses manifestations organisées dans le pays contre le coup d’État de l’armée birmane. Depuis le coup d’État du 1er février, le bilan s’élève aujourd’hui à plus de 50 décès selon l’ONU. Christine Schraner Burgener, envoyée spéciale des Nations unies pour la Birmanie, a dénoncé cette journée comme la plus meurtrière depuis le début des violences – dont la population locale a diffusé de nombreuses images et vidéos partagées dans le monde entier. Les victimes en question ont été rapportées à Monywa, Rangoun, Mandalay, Salin, Myingyan, Dawei et Miytkyina. Mercredi, comme presque tous les jours, il y a eu plusieurs manifestations et confrontations avec la police et l’armée. Mais les forces armées semblent utiliser non seulement des balles en caoutchouc, qui provoquent également des blessures, mais aussi des balles réelles. Des experts ayant étudié les vidéos diffusées confirment que certains militaires portent des pistolets utilisant des balles réelles. Certains témoignages de Rangoun affirment aussi que ce mercredi, l’armée a également utilisé des mitrailleuses légères. Par ailleurs, les tirs auraient eu lieu sans sommation. Christine Schraner Burgener a en outre déclaré avoir vu une vidéo montrant des militaires en train de s’en prendre à un groupe de trois ambulanciers.

L’ONG Save the Children, qui défend les droits des enfants à travers le monde, a signalé à son tour deux garçons âgés de 14 et 17 ans parmi les victimes. Tandis que les opposants civils montrent leur détermination à poursuivre la désobéissance civile, la junte semble également déterminée à maintenir une répression toujours plus féroce. Le 3 mars, le pape François a à nouveau appelé au dialogue en dénonçant la répression en cours. Plusieurs pays occidentaux ont annoncé plusieurs sanctions contre les généraux birmans ; la Grande Bretagne a notamment demandé l’organisation d’une rencontre du Conseil de Sécurité de l’ONU. Christine Schraner Burgener, qui est en contact écrit avec la junte a communiqué leur réaction : « Nous sommes habitués aux sanctions, nous les avons supportées dans le passé. » Quant au risque d’un isolement international, leur réponse a suivi : « Nous avons appris à avancer avec seulement quelques amis. » Ces « amis » seraient principalement la Chine, ainsi que les pays de l’Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) qui restent très prudents, même s’ils ont appelé à mettre fin aux violences et à libérer les prisonniers politiques.

L’Asean appelle à respecter les valeurs démocratiques et les droits de l’homme

L’ONU et l’Asean craignent en effet que la situation dégénère et que les tensions actuelles se transforment en une véritable guerre civile. L’Asean a publié un message contre les violences après une rencontre virtuelle. Retno Marsudi, la ministre des Affaires étrangères de l’Indonésie, a appelé la junte militaire à se préoccuper des aspects humanitaires de la crise actuelle, qui devient toujours plus critique. En partageant les craintes de l’association régionale, Retno Marsudi a appelé à libérer Aung San Suu Kyi, en soulignant que la force ne doit pas être utilisée pour disperser les manifestants. Par ailleurs, elle a expliqué que même si l’Asean a pour principe la non-ingérence dans les affaires internes de ses membres, elle a rappelé que la charte de l’association comprend les droits de l’homme et la liberté de pensée, qui doivent être protégés. Retno Marsudi a également appelé à « défendre et appliquer les valeurs de la démocratie, respecter les droits de l’homme, l’état de droit et la Constitution ». Le 24 février à Bangkok, accompagnée de Don Pramudwinai, ministre des Affaires étrangères de Thaïlande, elle a rencontré Wunna Maung Lwin, ministre des Affaires étrangères du gouvernement militaire provisoire birman, afin de parler de plusieurs problèmes liés à la crise birmane.

La rencontre, qui devait avoir lieu initialement à Naypyidaw, la capitale birmane, a finalement en lieu en Thaïlande en raison des tensions en cours. Pour les opposants, une visite des représentants de l’Asean aurait signifié une reconnaissance et une légitimation du coup d’État. Retno Marsudi explique qu’elle a eu plusieurs contacts avec la junte militaire et l’administration civile chassée du pouvoir, afin de rechercher une « solution pacifique à la crise ». Pour cela, poursuit-elle, « une atmosphère politique favorable doit être créée en Birmanie », en soutenant « le dialogue et la réconciliation » et en « restaurant la confiance internationale ». De son côté, Marty Natalegawa, ancien ministre des Affaires étrangères de l’Indonésie, a également pris la parole. En fonction de 2014 à 2019, il estime que le processus de démocratisation de la Birmanie « n’était pas un simple événement, mais un processus sur le long terme ». Pour lui, les derniers événements sont « particulièrement inquiétants », pour toute la région de l’Asie du Sud-Est. Il a ajouté que l’Indonésie elle-même pouvait servir de modèle pour résoudre la crise birmane. Malgré les tensions internes et les différences ethniques, il souligne que l’Indonésie est parvenue à l’emporter contre sa propre dictature militaire, en créant un gouvernement civil basé sur le respect des valeurs démocratiques.

(Avec Asianews)


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