Eglises d'Asie – Birmanie
Malgré l’opposition militaire, le NLD fait pression pour changer la Constitution
Publié le 13/03/2019

Le pouvoir démesuré de l’armée
Le parti NLD a traversé des périodes troublées depuis sa fondation en 1988, dans le cadre du mouvement pro démocratie du pays. La junte l’a déclaré illégal en mai 2010 en demandant sa dissolution. Il a été rétabli en décembre 2011 en remportant 43 sièges sur 45 lors des élections législatives partielles de 2012, sous la direction d’Aung San Suu Kyi. Trois ans plus tard, le NLD remportait la victoire lors des élections générales au sein des deux chambres de l’assemblée. Un succès qui a également installé Aung San Suu Kyi, lauréate du Prix Nobel de la paix en 1991, au poste de conseillère d’État. Ces quatre dernières années, celle-ci a tenté de trouver une façon de coexister avec le régime militaire, mais pour Mahn Johnny, ses ailes sont coupées et le NLD paralysé, à cause d’une Constitution déséquilibrée. Les militants pro démocratie dénoncent en particulier une disposition constitutionnelle qui accorde aux élus militaires un droit de veto contre les propositions de changement de la Constitution, en particulier contre des amendements qui risqueraient de réduire leur influence politique. La Constitution de 2008 stipule également qu’un quart des sièges parlementaires doit être réservé aux militaires, et accorde à l’armée le contrôle de ministères puissants comme l’Intérieur, la Défense et la Sécurité des Frontières.
Utiliser la pression populaire
La Constitution empêche également la conseillère d’État de devenir présidente parce qu’elle s’est mariée avec un étranger. Elle a donc dû se contenter du double rôle de conseillère d’État et ministre des Affaires Étrangères. Kyaw Nyein, un juriste de Rangoun, estime qu’il sera difficile de changer la Constitution, vu l’opposition supposée à la fois des élus militaires et des élus du Parti de l’union, de la solidarité et du développement (USDP), le parti de l’ex-junte. « Cela prendra du temps, parce que toutes les clauses devront être examinées et débattues », explique-t-il, alors qu’il s’attend à ce que l’opposition rejette les principaux obstacles. Mahn Johnny confie de son côté que la dernière tentative du NLD, en mai 2014, de recueillir les signatures pour le changement de la Constitution, a rassemblé plus de trois millions de personnes – soit 5 % de la population. Mahn estime par ailleurs que les manifestations populaires de ces dernières semaines, qui ont éclaté de plusieurs villes du pays, sont bon signe. « Ces rassemblements montrent le soutien du public. Le NLD doit utiliser le pouvoir du peuple pour faire pression pour le changement », demande Khin Zaw Win, directeur de l’Institut Tampadipa, basé à Rangoun. Pour lui, le succès repose sur une triple approche : les manifestations populaires, la commission parlementaire, et la poursuite du dialogue entre Aung San Suu Kyi et le commandant en chef de l’armée, le général Min Aung Hlaing. Celui-ci a confié au quotidien japonais Asahi Shimbun, durant une rare interview, qu’il reconnaissait qu’un changement était nécessaire, mais qu’« aucun amendement ne devait déformer le cœur de la Constitution ». De leur côté, les ONG demandent que le pouvoir de l’armée soit contrôlé le plus vite possible, car celle-ci est responsable de violations des droits de l’homme et elle a fait l’objet d’accusation de génocide, notamment dans le cadre de la crise des musulmans Rohingyas.
(Avec Ucanews, Rangoun)
Crédit : European Parliament / CC BY-NC-ND 2.0
