Eglises d'Asie

L’armée birmane met fin au processus démocratique, la communauté internationale condamne le coup d’État

Publié le 02/02/2021




Ce lundi 1er février, un coup d’État a été mené par l’armée birmane, 10 ans après la libération du pays après un demi-siècle de régime militaire. En arrêtant la Conseillère d’État Aung San Suu Kyi avec plusieurs dizaines de responsables politiques et civils, l’armée a inversé le processus démocratique en cours depuis une dizaine d’années. Le général Min Aung Hlaing a pris la pouvoir en instituant un état d’urgence pour une durée d’un an, et en plaçant les généraux aux principaux postes du gouvernement. L’armée a justifié son action, dénoncée par la communauté internationale, en arguant de fraudes électorales.

Le 1er février, la Conseillère d’État Aung San Suu Kyi a été arrêtée avec les principaux membres du gouvernement civil, dans un coup d’État mené par l’armée birmane.

Treize ans après avoir entrepris de guider la Birmanie vers la démocratie et seulement trois mois après les élections générales de novembre, l’armée birmane a mené un nouveau coup d’État. Le 1er février au matin, plusieurs dizaines de membres du gouvernement civil ont été arrêtés, y compris le président Win Mynt et la Conseillère d’État Aung San Suu Kyi, ainsi que les ministres en chef des sept États et des sept régions du pays, des membres du corps législatif, des militants des droits de l’homme et des leaders étudiants. Le général Min Aung Hlaing a pris le pouvoir en instituant un état d’urgence pour un an. « Les actions des militaires sont des actions qui font replonger le pays dans la dictature », a dénoncé la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), le parti d’Aung San Suu Kyi, dans un communiqué signé par Aung San Suu Kyi. « J’invite le peuple à refuser d’accepter cela, à réagir et à s’engager pleinement contre le coup d’État perpétré par les militaires. » Le réseau mobile et Internet et les chaînes de télévision ont été bloqués dans toute la Birmanie, alors que les militaires sont descendus dans les rues de Naypyidaw, de Rangoun et des principaux centres urbains du pays.

« L’arrestation d’Aung San Suu Kyi, des hauts fonctionnaires et autres personnalités politiques est extrêmement inquiétante. À moins que ceux qui ont été arrêtés puissent être condamnés pour des infractions reconnues par la loi internationale, ils doivent être libérés immédiatement », a déclaré Ming Yu Hah, directeur régional d’Amnesty International. « L’armée birmane doit clarifier ce qui justifie ces arrestations sur un plan légal. Les militaires doivent aussi garantir que les droits des détenus sont pleinement respectés, y compris concernant des mauvais traitements éventuels, et ils doivent assurer qu’ils puissent contacter leur famille et l’avocat de leur choix. L’armée doit confirmer leurs lieux de détention et garantir leur libre accès à des soins médicaux », a-t-il poursuivi. « C’est un événement grave pour le peuple birman, qui peut craindre une aggravation de la répression militaire et de l’impunité de l’armée. L’arrestation simultanée de figures politiques éminentes et de défenseurs des droits de l’homme envoie un message troublant, qui fait craindre que les autorités militaires ne toléreront aucune dissidence concernant les événements qui se sont déroulés aujourd’hui. »

« Une atteinte grave aux réformes démocratiques »

Selon Christopher Lamb, un ancien ambassadeur australien en Birmanie, l’armée s’est inspirée de la façon dont l’ancien président américain Donald Trump a contesté le processus électoral et les résultats des élections du 8 novembre, en dénonçant 8,6 millions de cas de fraude électorale. « Je ne m’attendais pas à cela », confie-t-il. De son côté, Antony Ware, professeur de l’université Deakin (Australie) et spécialiste sur la Birmanie, estime qu’aux yeux des militaires birmans, qui ont dénoncé toutes sortes de fraudes électorales et qui ont appelé à repousser les élections de la chambre basse, « ils pensent agir en protecteurs de la nation et agir selon la loi constitutionnelle ». « Nous ne devrions pas être surpris, mais c’est vraiment ce qu’ils penseront », assure-t-il. Concernant les réactions de la Chine à la suite du coup d’État, Antony Ware y voit un soutien implicite de la part de Pékin. Ce lundi, la Chine a réagi en indiquant observer le déroulement des événements et en appelant à la stabilité politique. « Si les États-Unis renforcent les sanctions économiques contre l’État birman, cela ne fera pas beaucoup de différence pour eux. Ils se tourneront juste un peu plus vers la Chine », ajoute Antony, qui s’attend également à ce que « d’ici un an, on assiste à de nouvelles élections – trafiquées – ou à de nouvelles excuses pour rédiger une nouvelle Constitution ».

Selon Antony Ware, il pourrait cependant y avoir des imprévus avec les disputes ethniques potentielles. « Mais les militaires ont les armes – ils se sont relativement retenus pour l’instant, mais ils ont la puissance de feu. Au lieu d’un processus de paix, on risque de voir l’armée tenter de l’emporter sur les différents groupes ethniques au cours des 12 prochains mois. » Il ajoute que le plus gros problème se trouve dans l’État Rakhine, où se trouvent les minorités Rohingya et les bouddhistes anti-Naypyidaw, et où le groupe armé ethnique de l’Armée Arakan a pris de l’ampleur en se rendant coupable d’enlèvements et d’attaques surprises. « L’Armée Arakan reprendra les combats rapidement, et il ne sera pas question de rapatrier les Rohingyas depuis le Bangladesh. Ce sera au détriment des quelque 500 000 Rohingyas qui vivent toujours dans la région. » La communauté internationale a dénoncé le coup d’État de façon pratiquement unanime. Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, a déploré « une atteinte grave aux réformes démocratiques ». Antony Blinken, le nouveau secrétaire d’Etat de l’administration Biden, a appelé les dirigeants militaires birmans à libérer tous les responsables politiques et civils arrêtés et à « respecter la volonté du peuple birman, qui s’est exprimé lors des élections démocratiques ».

(Avec Ucanews)


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