Eglises d'Asie – Bangladesh
Nouvelle ordonnance de la Cour Suprême bangladaise contre les avortements sélectifs de fœtus féminins
Publié le 06/02/2020

Une loi en accord avec l’enseignement de l’Église
Cette décision de la Cour Suprême, attendue depuis longtemps, est une bonne avancée, souligne le Dr Edward Pallab Rozario, responsable du projet de santé communautaire et de planning familial naturel de la Caritas bangladaise. Ce projet est lancé dans les huit bureaux régionaux de Caritas Bangladesh, afin d’assurer des soins médicaux, notamment sur la santé reproductive. « L’Inde voisine a voté une loi interdisant la détection du genre des enfants à naître, mais nous n’avons pas cela au Bangladesh. Du coup, beaucoup de couples mariés s’intéressent au sexe de leur futur enfant en utilisant l’échographie », confie le Dr Rozario, directeur médical de l’hôpital catholique Saint Jean-Marie Vianney de Dacca. Ce dernier dénonce une pratique immorale qui devient de plus en plus courante dans le pays, et conduisant à de nombreux avortements s’il s’agit d’une fille. « Certains proches et membres de la famille poussent les futures mères à demander le diagnostic prénatal. En général, dans une société patriarcale comme la nôtre, les familles sont heureuses d’apprendre la naissance d’un garçon, mais la naissance d’une fille est considérée comme un poids financier », regrette-t-il. Il ajoute que certaines mères subissent de multiples avortements dans l’espérance d’avoir un garçon, jusqu’à souffrir d’infertilité ou de déséquilibres hormonaux. Cela conduit souvent à des disputes familiales et à des divorces. « Une fois que le gouvernement définira une ligne directrice et une loi en réponse à la demande de la Cour Suprême, cela devrait être en accord avec les enseignements de l’Église. Tous les êtres humains sont créés par Dieu, et nous devons tous les accueillir comme tels, quel que soit leur genre. C’est notre responsabilité d’accueillir chaque enfant comme un don de Dieu. »
Changer les mentalités
Pour Rita Roselin Costa, militante catholique et mère de trois filles, la décision de la Cour Suprême est bienvenue, mais elle estime qu’il est encore plus important de changer les mentalités. « Dans notre société, tous, quelle que soit la religion – islam, hindouisme ou christianisme –, préfèrent avoir un fils aîné plutôt qu’une fille aînée. Cette pratique sociale, profondément enracinée, est due à notre système social patriarcal », explique Rita Costa, responsable du bureau des femmes de la conférence épiscopale bangladaise. « Les gens pensent que si j’ai un fils, mon clan pourra survivre, je n’aurai pas de problèmes et il pourra s’occuper de ses parents âgés. Ils pensent que le fils sera toujours avec eux et qu’il assurera leur sécurité », poursuit-elle. « Souvent, les parents pensent que s’ils éduquent leurs filles et qu’elles font des études supérieures jusqu’au niveau du master, elles se marieront et gagneront de l’argent, mais que cet argent restera dans la belle-famille. Notre société doit comprendre qu’aujourd’hui, les filles peuvent faire des études, réussir et gagner de l’argent tout en soutenant leurs parents. » Elle ajoute que les choses commencent à changer, mais que qu’il faudra encore du temps pour changer les esprits sur cette question. Elle estime que la décision de la Cour Suprême pourra servir d’exemple à long terme, pour favoriser un système de soutien pour les femmes contre les avortements sélectifs de filles.
(Avec Ucanews, Dacca)
CRÉDITS
Stephan Uttom / Ucanews
