Eglises d'Asie

Peshawar : la communauté musulmane ahmadi du Pakistan toujours visée par les persécutions

Publié le 20/03/2021




Le 17 mars à Lahore, la Commission nationale Justice et Paix de la Conférence épiscopale pakistanaise a organisé une rencontre sur les tendances et incitations à la haine religieuse au Pendjab. Amir Mehmood, de l’association Anjuman Ahmadiyya, qui défend les droits de la communauté ahmadi au Pakistan, est intervenu pour évoquer les discriminations visant la minorité religieuse dans le pays, où les ahmadis sont près de 5 millions. Ils sont visés par les sunnites pakistanais à cause de leur système de croyance, qui considère leur fondateur Mirza Ghulam Ahmad comme prophète et messie.

Au Pakistan, la minorité musulmane ahmadi fait l’objet de nombreuses discriminations, particulièrement dans la région de Peshawar, dans le nord du pays.

Amir Mehmood, chargé de presse de l’association Anjuman Ahmadiyya, qui défend les droits de la communauté musulmane ahmadi au Pakistan, évite d’utiliser la salutation traditionnelle de l’islam, « Assalamu alaykum », quand il prend la parole en public. « Je suis désolé, si je le fais, je risque d’être condamné à trois ans de prison. Ce genre de pratiques entraîne une fuite des cerveaux. Beaucoup d’ahmadis ont quitté le pays au cours des deux dernières décennies », a-t-il expliqué le 17 mars à Lahore, lors d’une rencontre organisée par la Commission nationale Justice et Paix de la Conférence épiscopale pakistanaise. « Il y a aussi des stickers anti-chiites, similaires à ceux qui visent notre communauté ahmadi, qui apparaissent dans de nombreuses boutiques. Demain, ces mêmes pratiques viseront les chrétiens ou les hindous. Cette haine qui nous détruit vous affectera vous aussi. Je vous recommande de prendre garde à cette tendance, dans votre propre intérêt », a-t-il ajouté. En parlant ainsi, Amir Mehmood évoque les stickers qui sont courants à l’entrée des restaurants et des commerces à travers le Pakistan, et qui interdisent l’entrée aux ahmadis. À la porte d’un fast-food situé face à la cathédrale du Sacré-Cœur de Lahore, on trouve ainsi un sticker semblable : « Attention ! Les ahmadis doivent d’abord se convertir à l’islam avant d’entrer dans cette boutique. »

5 millions d’ahmadis au Pakistan

La Commission Justice et Paix des évêques pakistanais a organisé la rencontre du 17 mars afin d’échanger sur les tendances et les incitations à la haine religieuse dans la province du Pendjab, dans le cadre d’un forum interreligieux créé il y a un an avec plusieurs minorités religieuses pakistanaises dont les ahmadis. Dans le pays, ces derniers sont souvent désignés avec des termes péjoratifs comme qadianis. Au Pakistan, les quelque 5 millions d’ahmadis sont confrontés à de nombreuses discriminations de la part des musulmans sunnites, majoritaires dans le pays. Selon la communauté ahmadi et les militants, ils sont attaqués à cause de leur système de croyance, qui considère leur fondateur Mirza Ghulam Ahmad comme prophète et messie. En 1974, considérant l’ahmadisme comme une hérésie, le Premier ministre Zulfikar Ali Bhutto les a désignés officiellement comme non musulmans via un amendement constitutionnel. Zia-ul-Haq, ancien général quatre étoiles et sixième président du Pakistan, a également promulgué un décret condamnant les ahmadis pratiquant l’islam. Depuis, la communauté ahmadi recommande à ses membres d’éviter les manifestations publiques et les apparitions médiatiques.

Persécution à Peshawar

Aujourd’hui, les ahmadis pakistanais sont toujours persécutés. Ainsi, la semaine dernière, trois foyers ahmadis de Bazid Khel, à Peshawar, ont été attaqués. Ces derniers mois, quatre ahmadis sont également décédés à Peshawar, la capitale de la province de Khyber Pakhtunkhwa. En février, une manifestation a été organisée à Peshawar afin de menacer les ahmadis et de leur demander de quitter la ville. Amir Mehmood, qui est également le porte-parole de la communauté locale ahmadi, confie son inquiétude face à ces appels à la haine, qui visent particulièrement la communauté de Peshawar. « Ces attaques entraînent un sentiment d’insécurité parmi les ahmadis de Peshawar, qui vivent dans la peur. Les coupables de ces attaques devraient être poursuivis en justice, et le gouvernement doit mettre fin à ces discours de haine. » Selon lui, les violences se sont encore aggravées en juillet dernier quand un adolescent a tué Tahir Nasim, un ahmadi d’origine américaine, dans un tribunal de Peshawar. Des juges et des membres de la police de Peshawar ont ensuite publié des selfies avec le meurtrier, qui a été rapidement encensé sur les réseaux sociaux pakistanais.

(Avec Ucanews, Lahore)


CRÉDITS

DR